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Mahé, le journal inatendu. En compagnie de Stephane Mahé, Parisien émancipé et ex-enfant terrible de Bourgogne, balade sur une planète foot chahutée par les violentes turbulences qu'elle mérite. Avenir Perso, retour symbolique de Loko vendredi dernier au Parc contre Strasbourg, furia autour de Patrick Viera... Le tout sur l'air de Foule sentimentale. Accessoirement, Stephane Mahé fredonne volontiers quelques acidités de Renaud, avec un net penchant pour le Sirop de la rue et ses douces émanations de l'enfance. Principalement, ce type de vingt-sept ans, arrière gauche de formation et stoppeur parisien par obligation, joue de la balle dans la capitale après onze ans dans la vitrine de l'AJA. On choisirait quant à nous plutôt Souchon pour le laisser musarder dans l'ère du temps, pour le faire s'éterniser sur sa situation personnelle comme sur les dispersions, du milieu qu'il fréquente. Pourquoi le foot ne générerait-il pas lui aussi les « Claudia Schiffer et Paul-Loup Sulitzer » qu'il mérite ? "Bien sûr, c'est kif-kif. Moi, je suis tranquille, je ne suis pas à la mode". Catapulté à Paris en ce début
de saison après avoir rué à maintes reprises dans
le patriarcat de Guy Roux, Mahé est devenu adulte seul, en Bourgogne,
"et surtout pas grâce à mon ex-entraineur,
dont l'intérêt n'est justement pas d'aider ses joueurs
à mûrir... " Un
petit garçon à couver, une famille comme point d'ancrage,
et les mêmes énigmes à résoudre que celles
de ses collègues footeux. "Voir
Pat Loko rejouer, c'est un profond plaisir pour moi. je partageais sa
chambre avant ce match contre Strasbourg. C'est un type bien, cool,
que j'ai connu en A', et à qui il est arrivé quelque chose
qui peut tomber sur la tête de tout le monde. Moi y compris. " "Pat reprend goût à la vie" Propre et libre dans son boulot, la tête balisée par ses propres repères ("Mon fils avant tout. S'il le faut, j'abandonne tout pour lui "), Mahé pratique aussi le respect tous azimuts. "C'est bizarre, peut-être, alors qu'aujourd'hui l'égoisme règne partout. Mais je ne veux pas juger, et j'espère que personne ne juge Loko. Nous avons fait ce qu'il fallait dans l'équipe pour qu'il aille mieux. Et lui assume. Il sait ce qu'il a vécu, il en a pris conscience. Pat reprend goût à la vie et j'en suis personnellement heureux." Heureux pour lui. Heureux pour les 33 000 personnes
au Parc, encore "foule sentimentale", qui ont longuement acclamé
l' ex-Nantais lorsqu'il a remplacé Dely Valdes, vendredi dernier
lors de la victoire parisienne sur le Racing. Pour quatorze minutes
de jeu. "Tout va vite. On s'est
dispersés après le match, comme d'habitude, sans contact
particulier, mais il souriait"
Chacun chez soi ? "Non, Paris
n'est pas le club déshumanisé que l'on prétend.
Ici, tu es considéré comme un adulte, on te responsabilise.
Rien à voir avec Auxerre, où l'on ne te voit même
pas mûrir, où l'on ne se rend même pas compte que
tu es devenu un homme. A Paris, Luis aime ses joueurs et mérite,
entre autres, qu'on le respecte pour cela." Aujourd'hui, Stephane Mahé s'accomode "d'une vie libre", tend encore à "se liberer semblablement dans le jeu" et n'oublie pas qu'à quatorze ans, alors qu'il épousait la vie trépidante de footballeur, le lait lui coulait encore des narines. "Quand je suis arrivé à Paris, je me sentais fier d'évoluer avec un gars comme Loko. Aujourd'hui, je le suis encore plus". Chic et sain, Stéphane Mahé. Ouf Damien RESSIOT
Le challenge de Loko Nouvelle étape pour Patrice Loko. Devant ses bonnes performances avec le PSG, Aimé Jacquet n'a pas hésité à le rappeler en équipe de France. L'ex-Nantais a la côte. Assis à une table, sous une tente installée dans le stade de Bayeux où se déroule le point presse des Bleus, Patrice Loko plonge à à nouveau dans l'environnement d'une rencontre internationale. Il en connaît les us et coutumes. A vingt-cinq ans, il compte huit sélections. Une pression légère flotte dans l'air autour de lui, souvenir d'un transfert à sensation et d'un été agité. Les questions portent naturellement sur sa présence en Normandie et son degré de forme. "Ça va très bien, dit-il, je suis content de reprendre ma place dans le groupe. Ces derniers temps, j'ai fait des matches intéressants, je suis de mieux en mieux et Aimé Jacquet a jugé utile de me retenir. " Une explication toute simple pour un retour que l'on n'attendait pas si rapide. Mais sous le maillot du PSG, Patrice a apporté la preuve en cinq semaines de ses progrès, atteignant un premier petit sommet à Glasgow contre le Celtic avec un doublé magistral, ce qui n'a pas échappé au sélectionneur national. "J'en ai discuté longuement avec Luis Fernandez, Patrice a retrouvé toutes ses sensations. Il manque juste un peu de compétition. A partir de là, compte tenu des prestations de qualité qu'il a toujours réussies en sélection, il m'a semblé que le moment était propice pour le retenir. C'est un garçon qui colle bien à notre jeu, à ce que je veux faire. Il est toujours en mouvement, en rupture, il ne se pose pas de question, il est sans calcul. En plus, il n'a pas la phobie du but. Il possède au contraire une générosité, une abnégation, une disponibilité souvent déterminantes. Et pour lui, c'est également un bon challenge. " Sept mois après son dernier match en équipe de France, à Nantes face à la Slovaquie, Patrice Loko dispose ainsi d'une belle chance de caracoler à la tête de l'attaque française, demain à Caen. A peine s'il avoue être "quelque peu surpris d'être là " et manquer encore de "confiance ", mais on sent que ses réponses il souhaite les donner sur la pelouse, non pas autour d'une table, dans le brouhaha d'une conférence de presse. Son dernier but avec l'équipe nationale, bien sûr il s'en rappelle, "aux Pays-Bas, en janvier", bien sûr il espère "jouer, même si l'important, c'est davantage la sélection " et comme il l'a confié à Marianne Mako, sur TF 1, il répète qu'il va maintenant "très, très bien ". Juste avant de se lever, signifiant la fin d'un entretien empreint d'une certaine émotion. Impatient ou trop fragile encore, il a hâte d'aller participer à un premier entraînement très ludique sur le terrain Henri-Jeanne de Bayeux. Seule chose qui l'intéresse. Ce qu'il a vécu en arrivant à Paris, il le garde enfoui au fond de lui-même, comme toute personne ayant traversé une période difficile. "Mais aucune précaution particulière n'est prise à son égard", précise le médecin des Bleus, Jean-Marcel Ferret, qui a reçu le feu vert du staff médical du Paris-SG. "Le fait qu'il en soit là aujourd'hui parle en sa faveur, c'est même fantastique. " Joueur comme un autre - "ce fait plaisir de le revoir, mais nous n'avons pas à le bichonner ", dit Marcel Desailly -, Patrice Loko doit maintenant franchir un nouveau cap dans sa jeune carrière. "C'est un peu une nouvelle naissance pour lui dans ce monde tellement agressif, confie Christian Karembeu. Il ne faut pas trop le bousculer, je le trouve un peu renfermé par rapport à avant, mais il va y arriver. " S'il joue d'entrée, ou s'il entre en cours de match au stade Micheld'Ornano, Patrice Loko sait déjà que sa neuvième sélection aura la même importance que la première. Jean-Marie LORAND
Loko : "Je commençais à trouver le temps long" Il n'avait plus marqué avec les Bleus depuis Pays-Bas - France, à Utrecht, le 18 janvier 1995. Dans la période trouble qu'il traverse avec le Paris-SG, ses deux buts contre la Grèce tombent à pic. Patrice Loko espère qu'ils lui donneront l'élan nécessaire pour réussir la fin de saison et tenir tous ses objectifs. Sur les Bleus, sur PSG, sur Nantes et sur son cas personnel, il s'est longuement confié à France Football. Patrice, vos deux buts contre la Grèce
ont dû vous faire un bien fou ? Vous avez marqué de la tête
et sur penalty, deux domaines dans lesquels vous ne vous exprimez pas
souvent... Vous étiez le tireur de penalty
désigné ? "On est plus sûr de nous qu'il y a un an" Vous n'aviez plus marqué en match
International depuis Pays-Bas-France... Une fois de plus, l'équipe de
France a bafouillé en première mi-temps... Vous appréhendez mieux désormais
ce rôle d'avant-centre ? Ca vous convient de jouer seul en pointe
? Vous êtes quand même obligé
de vous sacrifier ? Avez-vous touché plus de ballons
que face au Portugal ? L'attaque est un secteur où la
concurrence est encore ouverte. Pensez-vous avoir pris une longueur
d'avance sur les autres ? La France peut-elle gagner l'Euro ? Au PSG, vous découvrez un mode
de fonctionnement assez éloigné de celui de Nantes. Deux
défaites et hop, Michel Denisot pique un coup de sang et c'est
la crise... Pourtant, PSG est toujours leader du
classement ? "Mon jeu, ce n'est pas seulement de marquer" A Nantes, les défaites passaient
mieux ? On dirait qu'après le 5-0 contre
Nantes en décembre, PSG s'est vu trop tôt dans la peau
du champion ? Comment jugez-vous vos six premiers
mois sous le maillot parisien ? La pression qui règne au PSG
est-elle difficile à supporter ? Justement, avez-vous progressé
à Paris ? Avez-vous été obligé
de modifier certains aspects de votre jeu ? Avez-vous craint de ne pas avoir à
Paris le même rendement qu'à Nantes ? Il faut dire qu'avec 22 buts et un titre
de meilleur buteur, vous aviez placé la barre très haut
? Quel a été le match où
vous avez pris le plus de plaisir cette saison ? Vos deux buts à Glasgow ont-ils
constitué une étape décisive ? Après le succès fleuve
contre Nantes, auquel vous aviez contribué en inscrivant le troisième
but, Michel Denisot a déclaré que vous aviez la rage et
que vous auriez marqué même avec dix défenseurs
lancés à vos trousses. Vrai ? "Ouédec et Guyot m'ont aidé, point à la ligne" Vous avez fait le compte de vos amis
? En sortant des vestiaires pour l'échauffement,
Suaudeau vous a appelé et vous ne vous êtes pas arrêté.
Pourquoi ? Les problèmes rencontrés
par Nantes cette saison vous surprennent-ils ? Vous espérez revivre une saison
aussi idyllique ? On prétend que les attaquants
nantais ont du mal à s'épanouir dans un autre contexte
? "PSG sera champion" Qu'est-ce qui vous a étonné
au PSG ? Vous n'avez jamais décelé
d'impatience ? Et vous êtes désireux de
renvoyer l'ascenseur ? PSG va être champion ? Aucune équipe ne peut vous coiffer
sur la ligne d'arrivée ? Rémy LACOMBE
Loko a pris son pied L'attaquant parisien, malgré une cheville gauche douloureuse, a beaucoup pesé sur la défense espagnole. Et a libéré ses partenaires à l'heure de jeu. La douleur est là, sous cette chaussette rouge. Entorse de la cheville gauche. Pas vraiment grave. Pas vraiment bénigne. Simplement présente pour que Patrice Loko souffre un peu. Sur ses courses, sur ses frappes. Il le sait, il le sent. Jamais il ne laisse sa plante de pied s'enraciner dans une pelouse trop tendre pour être fidèle. Ce gazon maudit-là, il l'aborde félin, comme s'il avait des coussinets à la place des crampons. Pour autant, Patrice Loko ne se cache pas.
Bien sûr, il serre les dents en silence. Mais il veut aussi faire
un peu de mal à ceux qui sont en face. Voro, qui le materne virilement
dès qu'il approche du point de penalty, ou Ribera, qu'il croise
le plus souvent sur sa route. Les deux défenseurs de La Corogne
sont souvent mal orientés par des contrôles qui le sont
davantage. Malgré cela, aucune occasion ne se présente. Son quinzième but européen Mais la cheville de l'ancien Nantais tient les chocs. Il est là, à nouveau, en seconde période. Lui qui était "optimiste" deux jours avant la rencontre avait donc raison. On le voyait souffrir en silence, sortir la tête presque basse des vestiaires du camps des Loges. Et on se disait que c'était cuit, qu'il serait dans les tribunes, au mieux sur le banc. Luis Fernandez a finalement tranché et fait le bon choix. Loko le démontre peu avant l'heure de jeu. A la cinquante-neuvième minute exactement. Djorkaeff a le ballon. Voro a le regard divergent. Un oeil sur le maitre à jouer du Paris-SG, l'autre sur cet attaquant qu'il sait sur une cheville. Alors, quand Djorkaeff donne cette balle, le défenseur espagnol a choisi le mauvais côté. Un contre-pied dont profite l'ancien Nantais. Contrôle du droit. De ce côté-là, pas de pépin. Ça va partir. A ras de terre, des seize mètres, sur la gauche de Liano écartelé, mais pas assez. Peut-étre, le premier tir cadré des Parisiens. En tout cas, ce quinzième but de Loko dans une Coupe d'Europe, libère les 43965 spectateurs du Parc. Aimé Jacquet, qui devra se passer de Nicolas Ouédec pour l'Euro est certainement de ceux-là. Loko, lui, a été plus fort que sa douleur. Et gràce, à lui, Paris, cette fois, a pris son pied. Fabrice JOUHAUD
(analyse technique du jeu de l'équipe de France contre l'Espagne durant l'Euro 96. Il y est question du rôle de Patrice Loko) [...]Que peut-on reprocher à l'équipe
de France face à l'Espagne ? Mentalement, rien. Les joueurs français,
dans la récupération collective du ballon, sont tous de
plus en plus concernés. La Formule Un L'équipe de France a fait le choix de la "Formule Un". Que ce soit Dugarry ou Loko, un seul véritable attaquant qui doit fixer, dévier (Dugarry) ou créer des brèches, appâter sur des fausses pistes (Loko). Le problème face à l'Espagne qu'on a déjà évoqué, c'est le soutien le plus rapide possible à ce joueur "Formule Un". C'est difficile en jouant trop long trop vite à partir de derrière, c'est aussi difficile si le pressing-harcèlement, qui est une des très grandes forces de cette équipe, ne se fait pas assez haut. Devant l'Espagne, ou est venu quelquefois s'asseoir trop bas et plus on s'asseoit bas, plus il est difficile de se relever. [...] Claude LEROY
Bilan individuel des joueurs français à l'Euro 96 Loko Matchs joués : 5 (3 fois titulaires, 2 fois sorti, 2 fois remplaçant, 298 minutes) - Etoiles : 8 (3 notes) - Buts : 1 (Bulgarie) Il s'est totalement sacrifié dans d'incessants appels et un pressing constant sur les relanceurs adverses. C'est ce qu'on lui demande, mais dans ces conditions, il lui est difficile d'apporter plus. D'autant qu'il n'est pas vraiment un joueur de un contre un et aurait besoin d'appuis plus proches pour exprimer ses qualités "nantaises"
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