télécharger Acrobat Reader
pour consulter les interviews "hors-ligne" et les rendre imprimables

(version téléchargeable et imprimable - fomat PDF)

- 26 septembre 1995

Mahé, le journal inatendu.

En compagnie de Stephane Mahé, Parisien émancipé et ex-enfant terrible de Bourgogne, balade sur une planète foot chahutée par les violentes turbulences qu'elle mérite. Avenir Perso, retour symbolique de Loko vendredi dernier au Parc contre Strasbourg, furia autour de Patrick Viera... Le tout sur l'air de Foule sentimentale.

Accessoirement, Stephane Mahé fredonne volontiers quelques acidités de Renaud, avec un net penchant pour le Sirop de la rue et ses douces émanations de l'enfance. Principalement, ce type de vingt-sept ans, arrière gauche de formation et stoppeur parisien par obligation, joue de la balle dans la capitale après onze ans dans la vitrine de l'AJA. On choisirait quant à nous plutôt Souchon pour le laisser musarder dans l'ère du temps, pour le faire s'éterniser sur sa situation personnelle comme sur les dispersions, du milieu qu'il fréquente. Pourquoi le foot ne générerait-il pas lui aussi les « Claudia Schiffer et Paul-Loup Sulitzer » qu'il mérite ? "Bien sûr, c'est kif-kif. Moi, je suis tranquille, je ne suis pas à la mode".

Catapulté à Paris en ce début de saison après avoir rué à maintes reprises dans le patriarcat de Guy Roux, Mahé est devenu adulte seul, en Bourgogne, "et surtout pas grâce à mon ex-entraineur, dont l'intérêt n'est justement pas d'aider ses joueurs à mûrir... " Un petit garçon à couver, une famille comme point d'ancrage, et les mêmes énigmes à résoudre que celles de ses collègues footeux. "Voir Pat Loko rejouer, c'est un profond plaisir pour moi. je partageais sa chambre avant ce match contre Strasbourg. C'est un type bien, cool, que j'ai connu en A', et à qui il est arrivé quelque chose qui peut tomber sur la tête de tout le monde. Moi y compris. "
[...]

"Pat reprend goût à la vie"

Propre et libre dans son boulot, la tête balisée par ses propres repères ("Mon fils avant tout. S'il le faut, j'abandonne tout pour lui "), Mahé pratique aussi le respect tous azimuts. "C'est bizarre, peut-être, alors qu'aujourd'hui l'égoisme règne partout. Mais je ne veux pas juger, et j'espère que personne ne juge Loko. Nous avons fait ce qu'il fallait dans l'équipe pour qu'il aille mieux. Et lui assume. Il sait ce qu'il a vécu, il en a pris conscience. Pat reprend goût à la vie et j'en suis personnellement heureux."

Heureux pour lui. Heureux pour les 33 000 personnes au Parc, encore "foule sentimentale", qui ont longuement acclamé l' ex-Nantais lorsqu'il a remplacé Dely Valdes, vendredi dernier lors de la victoire parisienne sur le Racing. Pour quatorze minutes de jeu. "Tout va vite. On s'est dispersés après le match, comme d'habitude, sans contact particulier, mais il souriait" Chacun chez soi ? "Non, Paris n'est pas le club déshumanisé que l'on prétend. Ici, tu es considéré comme un adulte, on te responsabilise. Rien à voir avec Auxerre, où l'on ne te voit même pas mûrir, où l'on ne se rend même pas compte que tu es devenu un homme. A Paris, Luis aime ses joueurs et mérite, entre autres, qu'on le respecte pour cela."
[...]

Aujourd'hui, Stephane Mahé s'accomode "d'une vie libre", tend encore à "se liberer semblablement dans le jeu" et n'oublie pas qu'à quatorze ans, alors qu'il épousait la vie trépidante de footballeur, le lait lui coulait encore des narines. "Quand je suis arrivé à Paris, je me sentais fier d'évoluer avec un gars comme Loko. Aujourd'hui, je le suis encore plus". Chic et sain, Stéphane Mahé. Ouf

Damien RESSIOT

 

- 14 novembre 1995

Le challenge de Loko

Nouvelle étape pour Patrice Loko. Devant ses bonnes performances avec le PSG, Aimé Jacquet n'a pas hésité à le rappeler en équipe de France. L'ex-Nantais a la côte.

Assis à une table, sous une tente installée dans le stade de Bayeux où se déroule le point presse des Bleus, Patrice Loko plonge à à nouveau dans l'environnement d'une rencontre internationale. Il en connaît les us et coutumes. A vingt-cinq ans, il compte huit sélections. Une pression légère flotte dans l'air autour de lui, souvenir d'un transfert à sensation et d'un été agité. Les questions portent naturellement sur sa présence en Normandie et son degré de forme. "Ça va très bien, dit-il, je suis content de reprendre ma place dans le groupe. Ces derniers temps, j'ai fait des matches intéressants, je suis de mieux en mieux et Aimé Jacquet a jugé utile de me retenir. "

Une explication toute simple pour un retour que l'on n'attendait pas si rapide. Mais sous le maillot du PSG, Patrice a apporté la preuve en cinq semaines de ses progrès, atteignant un premier petit sommet à Glasgow contre le Celtic avec un doublé magistral, ce qui n'a pas échappé au sélectionneur national. "J'en ai discuté longuement avec Luis Fernandez, Patrice a retrouvé toutes ses sensations. Il manque juste un peu de compétition. A partir de là, compte tenu des prestations de qualité qu'il a toujours réussies en sélection, il m'a semblé que le moment était propice pour le retenir. C'est un garçon qui colle bien à notre jeu, à ce que je veux faire. Il est toujours en mouvement, en rupture, il ne se pose pas de question, il est sans calcul. En plus, il n'a pas la phobie du but. Il possède au contraire une générosité, une abnégation, une disponibilité souvent déterminantes. Et pour lui, c'est également un bon challenge. "

Sept mois après son dernier match en équipe de France, à Nantes face à la Slovaquie, Patrice Loko dispose ainsi d'une belle chance de caracoler à la tête de l'attaque française, demain à Caen. A peine s'il avoue être "quelque peu surpris d'être là " et manquer encore de "confiance ", mais on sent que ses réponses il souhaite les donner sur la pelouse, non pas autour d'une table, dans le brouhaha d'une conférence de presse. Son dernier but avec l'équipe nationale, bien sûr il s'en rappelle, "aux Pays-Bas, en janvier", bien sûr il espère "jouer, même si l'important, c'est davantage la sélection " et comme il l'a confié à Marianne Mako, sur TF 1, il répète qu'il va maintenant "très, très bien ". Juste avant de se lever, signifiant la fin d'un entretien empreint d'une certaine émotion. Impatient ou trop fragile encore, il a hâte d'aller participer à un premier entraînement très ludique sur le terrain Henri-Jeanne de Bayeux. Seule chose qui l'intéresse.

Ce qu'il a vécu en arrivant à Paris, il le garde enfoui au fond de lui-même, comme toute personne ayant traversé une période difficile. "Mais aucune précaution particulière n'est prise à son égard", précise le médecin des Bleus, Jean-Marcel Ferret, qui a reçu le feu vert du staff médical du Paris-SG. "Le fait qu'il en soit là aujourd'hui parle en sa faveur, c'est même fantastique. "

Joueur comme un autre - "ce fait plaisir de le revoir, mais nous n'avons pas à le bichonner ", dit Marcel Desailly -, Patrice Loko doit maintenant franchir un nouveau cap dans sa jeune carrière. "C'est un peu une nouvelle naissance pour lui dans ce monde tellement agressif, confie Christian Karembeu. Il ne faut pas trop le bousculer, je le trouve un peu renfermé par rapport à avant, mais il va y arriver. "

S'il joue d'entrée, ou s'il entre en cours de match au stade Michel­d'Ornano, Patrice Loko sait déjà que sa neuvième sélection aura la même importance que la première.

Jean-Marie LORAND

 

- 27 février 1996

Loko : "Je commençais à trouver le temps long"

Il n'avait plus marqué avec les Bleus depuis Pays-Bas - France, à Utrecht, le 18 janvier 1995. Dans la période trouble qu'il traverse avec le Paris-SG, ses deux buts contre la Grèce tombent à pic. Patrice Loko espère qu'ils lui donneront l'élan nécessaire pour réussir la fin de saison et tenir tous ses objectifs. Sur les Bleus, sur PSG, sur Nantes et sur son cas personnel, il s'est longuement confié à France Football.

Patrice, vos deux buts contre la Grèce ont dû vous faire un bien fou ?
Oui, disons que je me suis montré opportuniste. Nous avions une réelle envie de bien faire, mais le terrain ne nous a pas favorisés. D'où un nombre réduit d'occasions en première période. Avec l'apport de joueurs plus offensifs après le repos, on a pu évoluer plus haut. A l'arrivée, on a encore marqué trois buts. Pour la confiance, c'est excellent.

Vous avez marqué de la tête et sur penalty, deux domaines dans lesquels vous ne vous exprimez pas souvent...
C'est vrai. Mais j'évolue dans une position d'avant-centre et je dois être à l'affût. Comme sur le premier but, où je suis bien placé pour prolonger le ballon dans les filets. Sur le corner, j'ai senti que c'est là qu'il fallait être.

Vous étiez le tireur de penalty désigné ?
Non, c'était Youri Djorkaeff. Moi, je n'arrivais qu'en deuxième position. Comme Youri n'était plus sur le terrain... Zidane aurait également pu s'en charger, puisqu'il les tire à Bordeaux. Mais il venait de rentrer et n'était pas encore chaud.

"On est plus sûr de nous qu'il y a un an"

Vous n'aviez plus marqué en match International depuis Pays-Bas-France...
Je commençais à trouver le temps long. Un attaquant qui ne marque pas perd toujours un peu de sa confiance. En ce sens, j'espère que ma réussite aura des retombées positives au niveau de mon club. Physiquement, je subissais un petit contrecoup depuis le début de l'année. Ces deux buts devraient me relancer.

Une fois de plus, l'équipe de France a bafouillé en première mi-temps...
Oui, mais nous savons désormais que nous sommes capables de surmonter les moments difficiles. On est fort dans nos têtes, on ne se laisse pas abattre. On sait renverser des situations. Et ca, c'est un atout très important dans un tournoi comme l'Euro.

Vous appréhendez mieux désormais ce rôle d'avant-centre ?
J'essaie d'améliorer mon placement, de faire moins de courses inutiles afin d'être plus présent devant le but.

Ca vous convient de jouer seul en pointe ?
Je suis sans doute plus à l'aise et plus efficace avec un autre attaquant à mes côtés. Quand on est seul, on touche moins de ballons et on trouve moins facilement ses partenaires. Ce n'est pas seulement à moi, mais à toute l'équipe de s'adapter à ce système. Nous sommes sur la bonne voie. Mais on n'évoluera peut-être pas systématiquement dans ce schéma-là.

Vous êtes quand même obligé de vous sacrifier ?
On me dit que je cours beaucoup et que je touche peu de ballons. C'est mon rôle qui veut ca. L'idée est de renforcer le milieu de terrain, a fin d'avoir au maximum la maîtrise du jeu. Moi, le dois ouvrir des brèches pour les partenaires qui viennent de l'arrière.

Avez-vous touché plus de ballons que face au Portugal ?
Oui, peut-être. Mais cela tient en partie à la qualité de l'adversaire. Le Portugal était plus solide que la Grèce.

L'attaque est un secteur où la concurrence est encore ouverte. Pensez-vous avoir pris une longueur d'avance sur les autres ?
Non, en équipe de France, il faut démontrer son utilité à chaque match. Au moindre raté, on peut se retrouver sur la touche. Rien n'est joué.

La France peut-elle gagner l'Euro ?
On n'ira pas là-bas seulement pour participer. Ces moments sont trop rares pour que l'on n'en profite pas à fond. La France est capable de rivaliser avec les meilleurs. Même si elle a eu du mal à se qualifier, elle est invaincue depuis deux ans. C'est la preuve que les bases sont solides. Et puis l'équipe a progressé mentalement. Elle est beaucoup plus sûre d'elle qu'il y a un an.

Au PSG, vous découvrez un mode de fonctionnement assez éloigné de celui de Nantes. Deux défaites et hop, Michel Denisot pique un coup de sang et c'est la crise...
L'exigence est grande, effectivement. Vu nos performances avant la trêve et la qualité de notre effectif, ca fait désordre dès qu'on perd plusieurs matches de suite. On doit être à la hauteur en permanence. Et, actuellement, ce n'est pas le cas. Il est normal que le président mette la pression.

Pourtant, PSG est toujours leader du classement ?
Oui, mais on n'a plus de marge de sécurité comme avant. Cela dit, le problème n'est pas tellement le classement, mais le fait d'avoir perdu des matches en jouant mal. A l'automne, on ajoutait toujours la manière au résultat.

"Mon jeu, ce n'est pas seulement de marquer"

A Nantes, les défaites passaient mieux ?
La saison dernière, il n'était pas nécessaire de pousser des coups de gueule, puisque nous étions constamment en tête. Paris possède les meilleurs joueurs français. A partir de là, les résultats sont impératifs.

On dirait qu'après le 5-0 contre Nantes en décembre, PSG s'est vu trop tôt dans la peau du champion ?
Ça, c'était l'analyse des médias. Inconsciemment, elle s'est peut-être répercutée dans nos esprits. Vu notre potentiel, on a cru qu'il suffisait de se présenter sur le terrain pour gagner. Eh bien, non ! Même le PSG doit se battre à chaque match. Question engagement, on était moins présent ces derniers temps.

Comment jugez-vous vos six premiers mois sous le maillot parisien ?
Dans l'ensemble, ils sont conformes à ce que j'en attendais. Je suis quand même revenu assez rapidement, même si j'ai souffert physiquement au début. Mais l'équipe tournait tellement bien que mon intégration s'est faite en douceur.

La pression qui règne au PSG est-elle difficile à supporter ?
Non, parce que c'est exactement pour cela que je suis venu à Paris. Pour me remettre en question chaque week-end, connaître le haut-niveau, la Coupe d'Europe. Toutes les autres équipes attendent avec impatience un match dans la saison, celui qui les oppose au PSG. Nous sommes très attendus, ça, je l'ai vite constaté. Mais c'est aussi ce qui nous fait avancer, progresser.

Justement, avez-vous progressé à Paris ?
J'attendrai la fin de la saison pour faire le bilan et répondre à cette question. Pour l'instant, ça se passe plutôt bien. Déjà, le fait d'évoluer dans une équipe au style très différent de celui que je connaissais est une source d'enrichissement. Mais j'ai à cœur de m'améliorer. Je suis toujours persuadé que je peux faire mieux. Même après un match réussi, je me trouve des défauts.

Avez-vous été obligé de modifier certains aspects de votre jeu ?
Oui. A Nantes, on se connaissait tellement bien que les enchaînements se faisaient de façon automatique. Je n'avais pas besoin de lever la tête. A Paris, je regarde davantage mes partenaires afin d'anticiper leurs choix. On ne peut pas obtenir des réglages parfaits en l'espace d'un mois ou deux. Mais, avant la trêve, on réussissait déjà de très belles choses.

Avez-vous craint de ne pas avoir à Paris le même rendement qu'à Nantes ?
La saison dernière, on a beaucoup souligné mon efficacité devant le but. J'estime qu'on me juge trop à travers ca. Or, mon jeu, ce n'est pas seulement de marquer, même si, pour un attaquant, c'est toujours plus valorisant. A Paris, mon objectif était avant tout de m'intégrer dans un nouveau style de jeu, de m'y sentir à l'aise, d'apporter ma contribution.

Il faut dire qu'avec 22 buts et un titre de meilleur buteur, vous aviez placé la barre très haut ?
Je n'ai jamais dit que je voulais faire mieux. Je ne cherche pas à me mettre en valeur sur le plan individuel. En général, on obtient l'inverse du but recherché.

Quel a été le match où vous avez pris le plus de plaisir cette saison ?
Probablement celui contre Nantes au Parc. On a inscrit cinq buts, et on s'est créé énormément d'occasions. Mais c'est lors de notre double confrontation contre le Celtic Glasgow qu'on a vraiment pris conscience de nos possibilités. A cette époque, il ne pouvait rien nous arriver. Il faut absolument retrouver ces sensations.

Vos deux buts à Glasgow ont-ils constitué une étape décisive ?
Ce n'est pas ce que je retiens en priorité de ce match. Le plus impressionnant, ce soir-là, c'était notre force collective.

Après le succès fleuve contre Nantes, auquel vous aviez contribué en inscrivant le troisième but, Michel Denisot a déclaré que vous aviez la rage et que vous auriez marqué même avec dix défenseurs lancés à vos trousses. Vrai ?
Il y avait de ca. C'était la première fois que je jouais contre mon ancien club. Bon, tout le monde connaît les problèmes que j'ai eus cet été. Dans de telles circonstances, on aime bien être entouré. J'étais déçu de ne pas avoir eu plus de manifestations de soutien de la part des Nantais.

"Ouédec et Guyot m'ont aidé, point à la ligne"

Vous avez fait le compte de vos amis ?
Nicolas Ouédec et Laurent Guyot m'ont beaucoup aidé, point à la ligne. Je n'ai reçu aucune nouvelle des autres. Du coup, je ne suis pas allé tous les voir au Parc. Je voulais me concentrer sur le match.

En sortant des vestiaires pour l'échauffement, Suaudeau vous a appelé et vous ne vous êtes pas arrêté. Pourquoi ?
Là, il y a une erreur d'interprétation. Je n'ai pas dû l'entendre. Mais j'ai vu Coco juste avant le match. Nous nous sommes serré la main. Je n'ai jamais eu de problèmes avec lui et je n'ai rien contre lui. D'ailleurs, il avait pris de mes nouvelles par l'intermédiaire d'autres personnes.

Les problèmes rencontrés par Nantes cette saison vous surprennent-ils ?
On ne peut pas rééditer chaque année une saison aussi parfaite. Surtout quand des joueurs s'en vont et qu'il faut intégrer des jeunes. Si l'on prend la saison du titre comme référence, la critique est facile. Mais Nantes n'est pas si loin que ca au classement, et il sera européen. En Ligue des champions, l'équipe a réussi un très beau parcours et elle a les moyens d'aller encore plus loin.

Vous espérez revivre une saison aussi idyllique ?
Pourquoi pas ? Bon, avec le PSG, nous avons déjà perdu cinq matches contre un seul à Nantes. Mais l'objectif est de terminer en tête, pas de battre des records. Nantes dégageait une grande impression de facilité. Mais il a fallu beaucoup de travail pour en arriver là. Quand tout baigne, on ne se rend plus compte de la somme d'efforts à fournir. C'est pourquoi je voulais me remettre en cause.

On prétend que les attaquants nantais ont du mal à s'épanouir dans un autre contexte ?
On est peut-être désorienté parce que Nantes est l'un des clubs où le collectif est le plus affirmé. On se repose entièrement dessus. Alors, quand on arrive dans une équipe où il faut parfois faire la différence individuellement, cela nécessite un temps d'adaptation.

"PSG sera champion"

Qu'est-ce qui vous a étonné au PSG ?
L'esprit de famille. On emploie fréquemment ce terme pour certains clubs de province, jamais pour le PSG. Et pourtant, il existe bel et bien. Lorsque j'ai eu mes problèmes, j'ai trouvé des gens qui ont pensé à l'homme avant de penser au joueur. Je ne croyais pas que le PSG était un club aussi humain. Il a des principes, certes. Le professionnalisme, la rigueur, mais ce n'est pas que cela. Si j'ai pu revenir aussi vite, c'est parce qu'on ne m'a pas laissé tomber une seule minute. J'ai fait le bon choix en signant ici et j'espère y rester longtemps.

Vous n'avez jamais décelé d'impatience ?
Jamais. J'étais placé dans les conditions idéales. Aussi bien au niveau de ma famille que du club. Quand j'étais à Nantes, mon ami Paul Le Guen me parlait souvent du PSG. Il m'en disait beaucoup de bien, mais je n'imaginais pas y rencontrer autant de chaleur.

Et vous êtes désireux de renvoyer l'ascenseur ?
C'est évident. On m'a fait confiance et j'ai envie de donner le meilleur de moi-même.

PSG va être champion ?
Oui. L'écart sera peut-être moins important que prévu, mais on va être champion, c'est sûr. On n'est pas à Paris pour accrocher une place d'honneur.

Aucune équipe ne peut vous coiffer sur la ligne d'arrivée ?
Je ne crois pas. PSG est au-dessus du lot. Si les autres sont revenus, c'est parce qu'on s'est relâchés. En retrouvant toute notre détermination, on ne terminera sûrement pas deuxièmes.

Rémy LACOMBE

 

- 19 avril 1996

Loko a pris son pied

L'attaquant parisien, malgré une cheville gauche douloureuse, a beaucoup pesé sur la défense espagnole. Et a libéré ses partenaires à l'heure de jeu.

La douleur est là, sous cette chaussette rouge. Entorse de la cheville gauche. Pas vraiment grave. Pas vraiment bénigne. Simplement présente pour que Patrice Loko souffre un peu. Sur ses courses, sur ses frappes. Il le sait, il le sent. Jamais il ne laisse sa plante de pied s'enraciner dans une pelouse trop tendre pour être fidèle. Ce gazon maudit-là, il l'aborde félin, comme s'il avait des coussinets à la place des crampons.

Pour autant, Patrice Loko ne se cache pas. Bien sûr, il serre les dents en silence. Mais il veut aussi faire un peu de mal à ceux qui sont en face. Voro, qui le materne virilement dès qu'il approche du point de penalty, ou Ribera, qu'il croise le plus souvent sur sa route. Les deux défenseurs de La Corogne sont souvent mal orientés par des contrôles qui le sont davantage. Malgré cela, aucune occasion ne se présente.
Alors Loko pèse. De tout le poids que sa jambe droite l'autorise à mettre dans cette partie.
Le jeu est à gauche ? Il part à droite, ouvre des boulevards pour ses partenaires. Chaque fois ou presque, Voro plonge et part avec lui, nulle part. Ça ne suffit pas. Liano n'a toujours pas tremblé. Ses filets non plus.

Son quinzième but européen

Mais la cheville de l'ancien Nantais tient les chocs. Il est là, à nouveau, en seconde période. Lui qui était "optimiste" deux jours avant la rencontre avait donc raison. On le voyait souffrir en silence, sortir la tête presque basse des vestiaires du camps des Loges. Et on se disait que c'était cuit, qu'il serait dans les tribunes, au mieux sur le banc. Luis Fernandez a finalement tranché et fait le bon choix.

Loko le démontre peu avant l'heure de jeu. A la cinquante-neuvième minute exactement. Djorkaeff a le ballon. Voro a le regard divergent. Un oeil sur le maitre à jouer du Paris-SG, l'autre sur cet attaquant qu'il sait sur une cheville. Alors, quand Djorkaeff donne cette balle, le défenseur espagnol a choisi le mauvais côté. Un contre-pied dont profite l'ancien Nantais. Contrôle du droit. De ce côté-là, pas de pépin. Ça va partir. A ras de terre, des seize mètres, sur la gauche de Liano écartelé, mais pas assez.

Peut-étre, le premier tir cadré des Parisiens. En tout cas, ce quinzième but de Loko dans une Coupe d'Europe, libère les 43965 spectateurs du Parc. Aimé Jacquet, qui devra se passer de Nicolas Ouédec pour l'Euro est certainement de ceux-là. Loko, lui, a été plus fort que sa douleur. Et gràce, à lui, Paris, cette fois, a pris son pied.

Fabrice JOUHAUD

 

- 18 juin 1996

(analyse technique du jeu de l'équipe de France contre l'Espagne durant l'Euro 96. Il y est question du rôle de Patrice Loko)

[...]Que peut-on reprocher à l'équipe de France face à l'Espagne ? Mentalement, rien. Les joueurs français, dans la récupération collective du ballon, sont tous de plus en plus concernés.
Zidane le surdoué en panne momentanée d'expression de talent a joué contre nature mais pro-groupe, en taclant et gagnant ses duels. C'est qu'il n'est pas là pour ça, mais ce comportement ne trompe pas. Chacun cherche à donner le maximum de ses possibilités du jour. Patrice Loko, le marathonien des distances courtes, a proposé sans cesse des solutions par ses appels de balle, ses courses contrariées. Ses fausses pistes offrent des autoroutes à Youri. Il a manqué à l'équipe de France une deuxième vague de cylindrées pour venir s'y engouffrer. Peut-être cherche-t-on quelquefois trop vite devant alors que l'on a des joueurs au milieu pour mettre en place notre jeu. [...]

La Formule Un

L'équipe de France a fait le choix de la "Formule Un". Que ce soit Dugarry ou Loko, un seul véritable attaquant qui doit fixer, dévier (Dugarry) ou créer des brèches, appâter sur des fausses pistes (Loko). Le problème face à l'Espagne qu'on a déjà évoqué, c'est le soutien le plus rapide possible à ce joueur "Formule Un". C'est difficile en jouant trop long trop vite à partir de derrière, c'est aussi difficile si le pressing-harcèlement, qui est une des très grandes forces de cette équipe, ne se fait pas assez haut. Devant l'Espagne, ou est venu quelquefois s'asseoir trop bas et plus on s'asseoit bas, plus il est difficile de se relever. [...]

Claude LEROY

 

- 2 juillet 1996

Bilan individuel des joueurs français à l'Euro 96

Loko

Matchs joués : 5 (3 fois titulaires, 2 fois sorti, 2 fois remplaçant, 298 minutes) - Etoiles : 8 (3 notes) - Buts : 1 (Bulgarie)

Il s'est totalement sacrifié dans d'incessants appels et un pressing constant sur les relanceurs adverses. C'est ce qu'on lui demande, mais dans ces conditions, il lui est difficile d'apporter plus. D'autant qu'il n'est pas vraiment un joueur de un contre un et aurait besoin d'appuis plus proches pour exprimer ses qualités "nantaises"