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Interview
Patrice Loko
Ce second entretien de Patrice pour le site
a été réalisé le 31 août 1999 à
La Grande Motte, où le Montpellier-H.S.C. se trouvait en stage
de Thalasso-Thérapie. L'occasion de faire un bilan de son passage
à Lorient, des conditions de son transfert dans l'Hérault,
ainsi que sur d'autres sujets tout aussi sérieux. Interview
réalisée avec l'aide de Danouchka Flucklinger, à
l'époque Webmaster du Site du M.H.S.C., que nous remercions
une nouvelle fois ainsi que Jean-Louis Gasset, l'entraineur Montpellierain,
qui avait accordé la "permission de 14h00" à
Patrice, pendant que tout les autres joueurs étaient à
la sieste.
(version
téléchargeable et imprimable - fomat PDF)
Transfert
à Montpellier
Peux-tu nous raconter les conditions de
ton transfert à Montpellier ? On en a parlé, puis plus,
puis de nouveau, et entre temps, on a parlé de quelques clubs
à l'étrangers...
A la fin de ma saison avec Lorient, pas mal de clubs étaient
intéressés par ma venue, en Allemagne, en Hollande et
en Angleterre, même un club italien, ainsi que des clubs français.
Pour moi c'était bien, j'avais fait une bonne demi-saison avec
Lorient, j'avais mis 9 buts en six mois, donc c'était assez
normal qu'il y ait pas mal de clubs intéressés. Au départ,
j'étais davantage intéressé par l'étranger,
et j'avais laissé un peu de côté les offres françaises.
Mais je n'étais pas pressé, je voulais bien prendre
le temps de la réflexion ; comme j'étais en fin de contrat,
je n'avais pas tellement de pression à ce sujet. Et puis lors
du dernier mois à Lorient, mon fils est tombé malade
; il a passé une nuit à l'hôpital, avait beaucoup
de fièvre, et avec ma femme on a eu peur. Peur que la même
chose nous arrive à l'étranger, notamment en Espagne
ou en Italie ou la médecine n'est pas aussi au point qu'ici,
mais aussi à cause de la barrière du langage. Donc,
on a décidé de couper court à toutes les offres
étrangères, et d'attendre pour ça que les enfants
soient plus grands.
C'étaient des clubs de milieu de
tableau ?
Les clubs ont été cités... en Hollande
il y avait Vitesse Arnhem et Twente je crois, en Allemagne ca devait
être Stuttgart, Sheffield Wednesday en Angleterre, en Italie
c'était Cagliari... Je crois que tous ces noms ont été
cités dans les journaux. Donc, il me restait les clubs français
; Au départ il y en avait plusieurs, puis au fil du temps ne
sont restés que Bastia et Montpellier. J'ai choisi Montpellier.
Les deux clubs me tentaient, les objectifs à peu près
similaires. Les deux entraîneurs me voulaient absolument dans
leur groupe. Ce qui a fait pencher la balance c'est la présence
de Nico (ndw : Ouédec) et Raynald (ndw : Pédros )
Donc, cette "reformation" t'a
été présentée ?
Oui, Raynald avait signé. Et puis me retrouver dans
un club comme Montpellier, avec deux joueurs que je connaissais bien
et avec qui je m'entendais bien, ça a été déterminant.
Je pensais que pour mon adaptation dans ce club, ça n'en serait
que mieux. Mais sinon, les deux clubs pour moi se valaient. Montpellier
est peu être un tout petit peu plus médiatique, et peut
être un peu mieux classé habituellement que Bastia.
La dernière fois que nous nous sommes
vus, tu m'as dit ne pas être contre un retour à Paris
?...
Je n'aurais pas été contre un retour à
Paris, bien sûr. Ils ont été intéressé
à un moment donné. Ils ont appelé une fois. C'était
dans l'année. Et puis ils n'ont pas rappelé. Mais je
n'aurais pas été contre le fait de revenir. Au contraire.
J'ai toujours été content d'être passé
à Paris, et déçu d'être parti dans de telles
conditions.
Pourquoi, à ton avis, n'y a t-il
pas eu de clubs plus huppés, au moins en France, qui t'aient
contacté ?
Il y en a eu. Je ne donnerai pas les noms mais il y en a
eu. Des clubs plus connus et plus médiatiques que Montpellier.
Mais j'ai su, après ma signature ici, que certaines personnes
proches de ces clubs, m'ont dénigré auprès des
dirigeants. Quand on se renseigne sur un joueur, on essaie de savoir
pas mal de choses sur lui, c'est normal, mais ces personnes-la, ont
laissé entendre que je n'étais toujours pas bien dans
ma tête... C'est sur que si on ne donne pas une bonne image
d'un joueur, les clubs se posent des questions. Et c'est ce qui s'est
passé avec 3 clubs.
Tu ne veux pas dire lesquels ?
Non, ça ne sert à rien maintenant. Heureusement
que Bastia et Montpellier sont passés outre... Ils se sont
renseignés auprès d'autres personnes - les bonnes -
qui leur ont dit que j'allais très bien. C'est sur que j'ai
eu mes problèmes à Paris en 1995, mais depuis ca va
bien, surtout depuis un an et demi. Les gens qui me connaissent savent
que ça va très bien. Je ne comprends pas que des gens
qui ne m'ont pas vu depuis minimum un an et demi se permettent de
parler de moi comme ils l'ont fait. Dire que j'ai toujours mes problèmes
et que tout ça n'est pas arrangé. Je peux comprendre
que ceux qui ont pu me connaître il y a deux ans, alors que
je n'étais pas dans les meilleures conditions puissent avoir
une image négative de moi. Mais heureusement qu'on peut se
faire soigner ! Heureusement qu'on peut aller beaucoup mieux ! Donc
c'est dommage que ces gens que je n'ai pas vu depuis tout ce temps
aient pu me dénigrer auprès de dirigeants de clubs...je
ne serais peut-être pas à Montpellier aujourd'hui. J'ai
déjà eu l'occasion de dire cela à un journal,
ces personnes et ces clubs se reconnaîtront. Et ces derniers
se rendront peut être contre que leurs "informateurs "
n'étaient pas fiables. En tout cas, il y a toujours un retour
de manivelle, on paie toujours pour ce que l'on fait.

Lorsque l'on évoque le duo Loko/Ouédec,
tu rajoutes toujours Pedros. Maintenant que le trio est reconstitué
- ou presque - on sent un net regain de popularité...
J'ai toujours dit que c'était un trio et pas un duo.
Je maintiens. Je pense que les gens ici ont été heureux
d'apprendre que je venais, pareil quand Raynald est arrivé.
Et je pense aussi que c'est un plus pour l'équipe, et pour
nous-mêmes.
(Question à Danoucka, du web MHSC)
Le ressens-tu au niveau du site Internet, du courrier, et dans l'entourage
du club ?
Oui; Ce qui se passe, c'est qu'il n'y a pas vraiment de
noms, de stars à Montpellier...Il y a eu Bakayoko, Gravelaine...mais
c'est surtout depuis l'arrivée de Patrice que c'est sensible...Il
y a une sorte de "lokomania ". Le courrier est très
sympa, il y a même eu un poème. C'est Patrice un peu
la locomotive (sans jeu de mot) du club... Par exemple, pendant l'Intertoto,
les journalistes allemands appelaient pour demander des infos sur
le club, sur les grands joueurs...Avant c'était difficile à
dire ; Mais quand on leur dit Patrice Loko, ils situent tout de suite.
A chaud, quel bilan tu tires de tes deux
premiers mois à Montpellier.
J'ai trouvé ici un bon groupe, de bons joueurs, de
bons jeunes, qui pratiquent un bon football. Les résultats
sont mitigés, c'est vrai. En championnat, avant dernier du
classement avec quatre points ce n'est pas très glorieux...Maintenant
on savait que le début serait très difficile parce qu'on
rencontre plusieurs des favoris du championnat, hormis Strasbourg.
En coupe d'Europe, c'est vraiment extra. Je suis venu ici avec l'envie
de jouer la coupe d'Europe au mois de septembre. C'est une joie de
retrouver l'Europe...Ca fait plusieurs saisons que je la joue à
chaque fois à cette période.
Nous sommes fin août, l'équipe
a fait une douzaine de match en un mois, soit beaucoup plus que la
plupart des autres équipes françaises. Votre préparation
a commencée très tôt et a été tronquée...N'as-tu
pas peur d'une fatigue prématurée, morale ou physique
?
Physiquement, c'est évident que ce n'est pas évident
à gérer... Nos fin de matchs délicates en championnat
étaient dues à la répétition de ces matchs...On
partait toujours fort, mais on levait le pied en fin de rencontre
et on ne gardait pas nos résultats. Mais nous avons 10 jours
de récupération (ndw - trêve due aux qualifications
pour l'Euro 2000). Je ne pense pas qu'il y aura des séquelles.
Et ça va repartir.
Depuis hier (31/08), deux nouveaux joueurs
(Decroix et Gourvennec) vous ont rejoint...
On avait besoin de nouveaux joueurs. Dès le départ
on savait que Raynald serait absent un bout de temps...Depuis il y
a eu la blessure de Nenad (Djodic - NDW), un défenseur qui
en a pour au moins un mois. Ca fait deux joueurs clef de l'effectif.
On se devait d'avoir des joueurs de talents comme Eric et Jocelyn.
Mais ce sont les conditions de leur venue
qui m'intéressent...Decroix part de l'OM à peine arrivé...Gourvennec
qui est un très bon joueur est écarté, on ne
sait pas trop pourquoi...Il ne nous appartient pas de juger...mais
quel est ton avis sur ce genre de péripéties ?
Je ne connais pas les histoires de chacun...J'ai lu pas
mal de choses la dessus, je suis un peu comme tout le monde, c'est
à dire surpris...surtout en ce qui concerne Eric qui venait
d'arriver. Je ne pense pas qu'on ait pu le juger en trois matchs...Je
n'ai pas lu dans les journaux qu'il avait été mauvais.
Maintenant, s'il n'entrait plus dans les schémas tactiques
de l'entraîneur, il valait mieux pour lui qu'il parte, surtout
dans un club ou on le désirait vraiment. Je crois qu'il ne
se trompe pas en venant à Montpellier. On avait besoin d'un
joueur comme lui...Tant mieux pour nous.
En janvier, tu m'avais dit que cela ne te
déplairait pas de jouer à Marseille...Tu parlais des
clubs français ou les effectifs ne tournaient pas assez et
à Marseille, il y avait un réel turn-over...
Qu'est-ce que j'ai dit la dernière fois ?
On avait parlait de ton avant-dernière
année à Paris, où la concurrence n'existait pas,
et du turn-over instauré par Courbis l'an passé. Dans
ces conditions, tu estimais que Marseille pouvais t'intéresser...Et
comme tu es malgré tout parisien de cur, je me permets
de te reposer la question, à la lumière de ce qui se
passe en ce moment...
Ah oui d'accord...Bon, Marseille c'est un des plus grands
clubs français, comme Paris, Monaco, peut-être Lyon maintenant...C'est
vrai que beaucoup de joueurs aimeraient y jouer. Moi, ça ne
me poserait pas de problème d'y aller si on me recrutait, à
partir du moment ou j'ai la certitude de ne pas être remplaçant
en permanence. Maintenant, c'est vrai que je suis passé à
Paris, et ce n'est pas évident pour un joueur qui a porté
le maillot parisien un moment de se retrouver dans le sud, surtout
à Marseille ; d'abord pour lui, parce qu'il va être plus
attendu, sans doute sifflé au début ; Et puis pour les
supporters ensuite, qui comprennent difficilement qu'on recrute un
ancien parisien...Il y en a eu, Patrick Colleter par exemple, pour
qui ça ne s'est pas trop mal passé. Mais c'est malgré
tout assez rare. Dans mon cas, c'est encore plus délicat, parce
que comme tout le monde le sait, j'ai toujours porté Paris
dans mon cur. Moi je suis joueur de football professionnel.
Jouer dans les meilleurs clubs, c'est un objectif. Si un jour cela
doit passer par Marseille, j'irais à Marseille.
Tu te doutes bien que ma question soit plus
vicieuse que cela...Aller à Marseille en ce moment, alors que
Courbis recrute Diatta, qui reste quelques jours puis est transféré
à Rennes, Decroix fait trois matchs puis s'en va...
L'entraîneur a sa façon de manager l'équipe.
Il a ses objectifs, et un effectif. Il gère l'un en fonction
de l'autre. Bon, c'est vrai que ce qui se passe est un peu surprenant.
Ca arrive, la preuve. Tant que le championnat n'est pas parti, on
peut recruter et transférer, et ça donne lieu à
des situations aberrantes. C'est effectivement curieux de prendre
des joueurs et de les faire partir de suite. Mais bon, maintenant,
le foot c'est comme ça. Peut-être que l'entraîneur
de Marseille n'est pas sur, il pense s'être trompé. En
plus il y a maintenant la pression des supporters, qui s'attendaient
à une autre défense. Ils voulaient peut être voir
un libero renommé plutôt que Eric Decroix - pourtant
bien connu en France - arrivant de Nantes.

Bilan
de la dernière saison
Quel bilan tires-tu de ton passage à
Lorient ? On a pu lire ici ou la, qu'une des raisons de la descente
de Lorient, est l'esprit "mercenaire " qui animé
certains joueurs...T'es-tu senti visé par ces critiques ?
Ca s'est dit ?
Oui, plusieurs fois.
Non, je ne me sens pas du tout concerné par ça.
On est venu me chercher à Paris, pour aider l'équipe
à remonter ; ils étaient derniers ou avant-derniers
à l'époque. Et je voulais absolument une équipe
qui pratiquait un beau jeu pour me relancer, utiliser au mieux mes
qualités, marquer et faire gagner. A ce niveau je ne me suis
pas trompé, j'ai fait le maximum à chaque match, et
j'ai vraiment été très déçu que
l'on soit relégué à la dernière journée
pour un but. Pour mon cas personnel, je n'avais pas de raison de m'en
faire. Je savais qu'au vu de la demi-saison faite là-bas, j'aurais
des clubs intéressés. Et tout le monde savait que je
ne venais que jusqu'à la fin de la saison. Mais cette descente
m'a fait mal. On méritait plus que d'autres de rester en première
division, ne serait-ce que par le jeu pratiqué. Toutes les
équipes qui nous affrontaient étaient d'accord la dessus.
Les jours qui ont suivit le dernier match, j'étais vraiment
triste de ça. Triste pour les supporters, l'entraîneur,
les dirigeants, le président qui faisait de gros efforts...
Si j'avais marqué un but de plus, on se serait peut-être
maintenu. Mais si on en avait pris moins avant que j'arrive aussi
(sourires)... Donc, je ne me sens pas concerné par ces attaques.
J'ai tout donné, je ne sais pas ce que l'on peut vraiment me
reprocher. J'ai marqué 9 buts en 20 matchs, pour un attaquant
ce n'est pas trop mal, je n'ai jamais été blessé,
jamais suspendu. J'ai fait le maximum. Peut-être que d'autres
joueurs recrutés en début de saison ? ...
Ton opinion sur le parcours du PSG l'an
passé ?
Le fait d'avoir changé d'entraîneur en cours
de saison, c'est très mauvais pour tout le monde. Trop de pression
dans le club. Après j'ai vécu ça de loin, mais
ça ne s'est pas arrangé. Cette année, ils sont
partis sur des bases plus saines, les gens ont pris du recul. C'est
bien. Je suis content pour les gens qui suivent le club.
Après ton départ en novembre
98, Artur Jorge, qui n'a rien fait pour te retenir, a réclamé
des joueurs "forts dans leur tête ". Et sont arrivés
Gravelaine, Rodriguez et Madar. As-tu l'impression de ne pas être
"fort dans ta tête ". On te laisse partir, un mois
plus tard, on recrute des joueurs, qui sont de bons footballeurs,
mais qui intrinsèquement ne sont pas meilleurs que toi...
Ca c'est toi qui le dit ! (rires) Je n'ai pas à porter
un jugement sur tel ou tel joueur, ni même juger leurs qualités.
Ce n'est pas la ou je voulais en venir...
On te laisse partir, et on réclame des joueurs mentalement
costauds...Ca veut donc dire que tu n'en fait pas parti...Pourtant,
tu es revenu au plus haut niveau après tes divers problèmes;
ça dénotent de grosses ressources mentales, non ? Quand
tu retrouve le PSG sur ta route, on ne t'entend pas dans la presse,
mais tu leur mets deux buts. D'autres anciens joueurs se sont montré
plus bavards ... A la même époque, on met Pierre Ducrocq
sur la touche. A côté de ça, on recrute trois
nouveaux joueurs. Mais quand Paris rencontre Nantes en coupe de France,
c'est Pierre Ducrocq qui égalise à 5 minutes de la fin,
c'était le seul à encore y croire...alors que c'est
Bruno Rodriguez qui échoue lors du dernier tir au but... Dernier
exemple, après une saison sur le banc, c'est toi qui te retrouve
dernier tireur face à Ramé en finale de la coupe de
la ligue, et c'est toi qui fait gagner Paris... Vois-tu où
je veux en venir ?
Oui, d'accord. Je n'ai pas tout lu concernant toutes ces histoires.
Je suis parti parce que l'entraîneur ne me faisait pas confiance.
Nicolas est parti aussi. Ils devaient donc recruter à nouveau.
Que l'on recherche un certain profil de joueurs pour qu'ils s'adaptent
le plus vite possible à l'équipe, soit. Mais des joueurs
"forts dans leur tête", pour moi ça ne veut
rien dire...
Comme tu le disais à l'instant, j'ai eu pas mal de problèmes
dans ma vie, et je suis revenu à mon niveau. Je me suis toujours
relevé. Si des gens doutent encore de ça, tant pis,
mais moi je sais où j'en suis. Si je n'avais pas été
fort dans ma tête, je ne pense pas que j'en serais où
j'en suis actuellement. C'est déjà tellement difficile
d'être footballeur... Sans me lancer des fleurs, je sais que
je suis assez costaud. Grâce à ma femme c'est vrai, à
mes amis, ma famille.

Problèmes
personnels au P.S.G.
Donc tout ce qu'on peut lire ou entendre
: " Patrice Loko est un joueur fragile ", "patrice
Loko super footballeur mais ne supporte pas la concurrence ",
"Loko ne supporte pas la pression ", "Loko était
bon à Nantes... " ?
Ca se dit ça ?
Oui, ce sont des discours qui reviennent
régulièrement dans la bouche de certaines personnes.
Les gens mettent ce qui m'est arrivé sur le compte
du football...On est nerveux, on a la pression, donc les gens font
vite l'amalgame. Mais ce qui m'est arrivé est un problème
PERSONNEL. La pression existe dès les premiers pas d'un jeune
footballeur, et va crescendo ensuite. A tous les étages elle
existe. Ce qui m'est arrivé en 1995, tout le monde veut l'expliquer
par le football. Mais ça serait trop simple...
Je crois que dans l'esprit des gens, ce
qui t'est arrivé en 1997 a également beaucoup compté...Quand
Paris a recruté Maurice et Simone... Et du coup, on en a conclu
que tu ne supportais pas la concurrence...Et que tu étais fragile...
Pour moi, en 1995, tout le monde a dit que j'avais pété
les plombs, que c'était lié au football. C'est un peu
de ça que les gens parlent. Mais en 1997, il y avait la concurrence,
c'est vrai, mais elle n'était pas saine. On ne m'a pas essayé,
je n'ai jamais pu montrer mes qualités. A partir du moment
ou on ne me faisait pas confiance, je n'avais aucune raison de rester.
A l'intersaison 1997/1998, en tout début
de championnat, tu as eu d'autres problèmes, et les gens ont
fait le lien, à tort ou à raison, je ne sais pas...
Moi je voulais partir, pour les raisons que je viens d'évoquer.
Je crois que nous en avions parlé la dernière fois ensemble
en janvier. En début de saison, on m'avait dit "Patrice
on compte sur toi ". Dans ces conditions, pas de problèmes.
On a recruté deux nouveaux attaquants, et c'était pour
les faire jouer. Je savais qu'il n'y aurait pas de vraie concurrence.
J'ai donc demandé à partir. Et ce n'était pas
possible, parce qu'on comptait sur moi quand même, parce qu'on
veut plusieurs bons joueurs, surtout à Paris, au cas où
l'un se blesse ou est fatigué...Dans ces conditions ça
ne m'intéressait pas.
Pardon d'insister, mais quand j'évoquais
des problèmes à cette époque, je parlais d'autres
problèmes personnels...
Oui, oui, mais ça n'avait rien à voir. J'avais
un traitement depuis plus d'un an, et il n'a pas tenu. J'ai dû
recommencer un autre traitement. C'est tombé dans ces moments
la. Mais ce n'est pas lié du tout au football. Pour moi c'était
assez malheureux, parce que le fait de ne pas avoir le bon dosage
m'a énormément retardé. En plus, comme à
l'époque je voulais partir, et j'avais des clubs sur moi, du
coup, ça a tout fait capoter. Sans ces problèmes, je
serais parti. Donc à cause de ça je suis resté,
et quand je suis revenu c'était trop tard. Et ça se
passait comme je le pensais, c'est à dire que l'on ne me faisait
pas jouer. C'est de ça dont tu parlais ?
Oui, tout à fait. Après tes
problèmes de 95, la "rechute" a, je crois, beaucoup
fait dans le jugement qu'ont porté certains sur toi...
Je n'avais pas compris. Mais ça n'avait rien à
voir avec le football. Dans mon esprit, c'est totalement dissocié.
Je comprends mieux les gens maintenant. Effectivement, on peut se
dire que je ne supporte pas la concurrence et tout le reste. Je comprends
mieux. La raison elle est là.
Mais pourquoi n'en as-tu jamais parlé
auparavant ?
Déjà parce qu'on ne me l'a pas demandé. Ensuite,
parce que quand ça m'est arrivé, je n'avais pas envie
d'en parler, de remettre ça. Quand j'ai commencé à
rejouer, je voulais que l'on me parle du football. J'avais envie de
bien jouer. Alors si dans mes interviews il fallait que je revienne
sur mes problèmes...J'écartais toujours ces questions
la...Maintenant je peux plus facilement en parler. C'est du passé,
même si les gens s'en souviennent.
Oui, mais tu disais tout à l'heure
que sans certaines personnes qui t'ont dénigré, tu serais
peut-être dans un plus gros club, ça a forcément
rapport avec ça, donc ça t'a nuis...
Je comprends que l'on se soit renseigné sur moi,
plus encore que sur un autre joueur... Et je n'ai su que bien après
ce qui s'est dit à mon sujet...
Quelles sont les autres conséquences
de tes problèmes, sur ta carrière ?
Partir de Paris, dans ces conditions, c'était forcément
un coup d'arrêt, surtout pour aller à Lorient qui n'est
pas un club médiatique. Si je n'avais pas eu ces problèmes,
je serais sans doute aller ailleurs si j'avais continuer à
jouer à Paris. Mais un an avant je pense...
(Danouchka Flucklinger) Oui mais c'est bien
aussi d'aller dans un club moins côté... Après
tout, c'est toi qui devient un peu le fer de lance de Montpellier.
Le joueur phare. C'est flatteur et c'est aussi un challenge de réussir
quelque chose avec une équipe considérée comme
moyenne. Ici, il se passe quelque chose autour de toi...
Moi j'ai commencé ma carrière à Nantes. Et je
me suis toujours dit "je veux jouer dans les meilleurs clubs
possibles ", comme tous les joueurs pros. Ensuite je suis allé
à Paris, qui était un club beaucoup plus médiatique,
plus important. Et après Paris, où j'ai fais de bonnes
choses malgré quelques mois ou je n'ai pas joué, je
voulais aller dans un club encore plus important, à l'étranger.
C'est normal, tout joueur de foot a envie de gravir des échelons.
Donc, c'est sur que de partir à Lorient, les gens ont pu dire
que je régressais. On peut le voir comme ça. Mais je
suis allé à Lorient parce que 6 mois ou un an avant
je ne suis pas parti de Paris. J'aurais dû quitter le club avant.
A la fin de ma troisième année en fait. Parce qu'ils
voulaient que je reste. Il me faisait confiance. Avec le recul, j'aurais
dû partir après la troisième année, j'avais
fait quelques matchs, finale de la coupe de la ligue, en championnat,
en coupe...
Ceci dit, la semaine qui a suivi la finale
de la coupe de la ligue, les médias ont beaucoup parlé
de toi ; je me souviens de trois pages dans "l'Equipe Magazine
" notamment...
Bien sur, on m'avait oublié puisque je ne jouais
pas. On disait "Loko est fini ", "on ne voit plus Loko
". Bien sur, on ne me faisait pas jouer ! Moi ça me faisait
mal, on ne risquait pas de voir ce que je valais ! Bref, c'est après
ça que j'aurais du partir, en plus il ne me restait qu'un an
de contrat, donc pour le club c'était aussi le moment. Mais
on m'a demandé de rester. Mais avec ce qui m'était arrivé
quelques mois avant, effectivement, j'aurais sans doute été
vendu sous ma valeur réelle. Après, ça s'est
mal passé. Quand Artur Jorge est arrivé, je ne jouais
plus. " Vous avez besoin de moi ? bah non ", "je peux
partir ? Bah oui ! " (rires). Ca ne s'est pas passé réellement
comme ça, je te l'avais dit. C'était plutôt "Patrice
t'es bon. Je vais peut-être avoir besoin de toi, mais je ne
sais pas quand", "vous n'avez pas besoin de moi ? ",
" Si, si ", "si je pars, ça ne vous ennuie pas
? " " bah...non ". Et je suis parti. (rires). Enfin,
pour en finir avec les conséquences que cela a pu avoir, bien
évidemment il y a l'équipe de France. Il y a eu un coup
d'arrêt. Pour moi c'est vraiment dommage, je ne suis pas sorti
de du groupe à cause de ma valeur...Parce que sur mon niveau
juste avant la Coupe du Monde, je sais que je ne devais pas être
loin. Avec le recul...
Tu penses encore à réintégrer
les bleus ?
Oui, j'y pense comme tout attaquant français. J'y
suis passé, je sais ce que c'est, et j'ai envie d'y retourner.
Si je suis bon avec Montpellier, pourquoi pas ? Après tout,
d'autres joueurs sont appelés, pourquoi pas moi ? Je pense
que ce sont les meilleurs appelés à chaque fois, donc
pourquoi pas moi ?

Les
médias
Je souhaiterai que l'on parle un peu des
médias, de la presse écrite en particulier. ; de la
manière dont sont abordés les clubs... Par exemple des
16 pages sur la dernière saison du PSG dans France Football,
avec pleins de petites anecdotes plus ou moins objectives ; Des 16
pages sur la finale de l'OM l'an passé à comparer au
traitement de la finale du PSG il y a 3 ans ; du lynchage médiatique
de Lyon après le match contre Maribor et à côté
de ça des titres dithyrambiques sur Paris actuellement... Egalement
de la manière dont on a parlé de toi à une époque...
Un journaliste doit faire son travail, dire ce qu'il pense
éventuellement. Malheureusement, je trouve que certains confondent
un peu leurs opinions personnelles, les différents et les affinités
qu'ils peuvent avoir avec tel ou tel club ou joueur... Et les gens
qui lisent ça pensent lire la vérité, alors que
ce ne sont que les sentiments du journaliste... Concernant le PSG,
et j'ai déjà eu l'occasion de te le dire, les journalistes
en général - pas tous - sont obligés de parler
de la vie interne du club. Et les impressions ne sont jamais mitigées.
Si on parle de Paris c'est toujours d'un extrême à l'autre.
Très bon ou très mauvais. Dans d'autres clubs, c'est
différent...il y a peut-être moins de journaux. Les journalistes
à Paris ne sont pas amis avec le club. Ils doivent écrire
pour vendre le papier. Marseille c'est peut être similaire.
Moi, il m'est arrivé plein de trucs, tout a été
écrit dans les journaux. Loko, que tout le monde aimait bien,
qui était super fort, quand il a eu ses problèmes le
regard avait changé...
Tu as lu beaucoup de choses à ce
sujet ?
Oui, tout et n'importe quoi. Qu'est-ce que je peux dire
? Pour traîner quelqu'un dans la boue, il y a toujours quelqu'un
pour le faire. Et pour en rajouter. Maintenant, quand j'ai repris
le foot et que ça allait bien, il y a aussi eu du monde pour
le dire. Certains ont raconté l'inverse de ce qu'ils écrivaient
un an plus tôt... C'est comme ça. Le but c'est de vendre
du papier. Et les articles du début de saison sur Lyon "recrutement
brillant ", "club de l'an 2000 ", et les titres cette
semaine (31/08/99 - ndw) après l'élimination en ligue
des champions ? On en revient au même : il faut chercher l'accroche,
le sensationnel. Lyon "super staff, super président, supers
joueurs " un mois après, ce sont tous des minables...
Pourtant le club n'a pas changé en un mois. Lyon cette saison,
ça se rapproche de Paris l'an passé.
Pour toi, tous les journalistes se valent
?
Non, pas tous. Je connais beaucoup de journalistes, certains
sont très bien, et font les papiers comme ils doivent être
faits. On ne demande pas de mettre de la pommade. Je demande à
ce que les articles transcrivent la réalité d'un match,
d'une interview... C'est tout. Et ce n'est pas toujours le cas.
Et le traitement médiatique sur la
reconstitution du "trio " ? Tu n'as pas trouvé que
les gens en faisaient trop ? Tu as trouvé ça bien ?
Oui, oui, ce que j'ai lu avait l'air pas mal.
Mais tu n'as pas peur que si en janvier,
Montpellier n'est plus européen, 16eme au classement, que ce
genre d'article revienne mais avec des opinions totalement inverses
?
Ah mais si, bien sûr ! Je suis venu à Montpellier
parce que je m'entendais bien avec Raynald et Nico quand j'étais
à Nantes. Et que pour l'intégration ça serait
plus facile. A Bastia, ça aurait été plus ardu.
Maintenant je sais que médiatiquement, c'est du 50/50. Si ça
marche on dira "normal" "bravo Nicollin " ; et
si ça ne marche pas "c'était couru ", "ils
ne pouvaient pas faire ce qu'ils ont fait il y a 4 ans ". Mais
si je suis venu, c'est que j'y crois. Je vois comment ça se
passe ici. Même sans Raynald c'est pas mal, alors quand il va
revenir ça sera encore mieux.
Tes rapports avec les journalistes ont changés
depuis tes problèmes ?
Oui. Quand j'étais à Nantes, ça se
passait bien, j'étais bon, pas de problèmes avec les
journalistes...En dix ans, de la nationale aux pros, ça s'est
toujours bien passé. J'en demandais pas tant. A Paris, avec
tout ce qui m'est arrivé, j'ai vu de quoi été
capable la presse...Il n'y a pas d'état d'âme à
avoir. Même avec un journaliste qui va avoir de la sympathie
pour toi ; s'il donne un article plat sur Patrice Loko, on va lui
dire "c'est ton dernier ", "au revoir ", "si
c'est pour me faire ça ce n'est pas la peine, je vais mettre
quelqu'un d'autre ". Ca je l'ai compris. Je sais qu'avec certains
il n'y aura pas de problèmes. Dernièrement, un journaliste
que je ne connaissais pas m'interviewe pour faire un article. J'ai
réussi à avoir l'article avant parution...Il met deux
phrases de moi, deux conneries.
Ca te gène de le raconter ?
Non, non. C'était avant
le match contre Monaco je crois. En tout cas avant un match à
la Mosson. Il me fait un article pour parler de mon début de
saison avec Montpellier. On discute comme on est en train de le faire.
Et puis il aborde le fait que je sois à Montpellier, après
être passé à Paris, sous-entendant que Montpellier
n'est pas un club terrible...
Il s'est quand même fait le miroir
de l'opinion de pas mal de gens sans doute...
Peut-être. Donc il dénigre un peu la réputation
de Lorient, de Montpellier. C'est sur que Montpellier ne joue pas
le titre, mais ce n'est pas rien en France tout de même ! C'est
un club de haut du tableau, ce n'est pas un club comme Le Havre qui
lutte toujours pour le maintient... Moi je lui dis qu'effectivement
ça peut paraître curieux comme choix, mais je n'ai pas
à le regretter. Et je termine en disant "moi je ne me
suis jamais pris pour un autre, et ce n'est pas maintenant que ça
va commencer ". " Montpellier je m'y sens très bien
". Parce que je suis Patrice Loko je ne devrais pas joueur à
Lorient ou à Montpellier ? Il voulait sans doute que je lui
dise ça. Puis il me redit un autre truc sur le club, ça
m'a un peu énervé. Bref, il fait son article. Nous,
on part au vert, et Nico Ouedec qui connaît un journaliste à
Paris se retrouve au téléphone avec lui. Il nous dit
"on vient juste de recevoir un article sur Patrice ". Je
demande à ce qu'il nous le faxe. Pour le lire avant qu'il paraisse
dans la presse. Le gars nous dit qu'il n'a pas le droit de faire ça.
Par contre, il accepte de nous le lire. Et puis à un moment,
dans l'article, il lit des propos qui me sont prêtés
: " maintenant, je ne me prends plus pour un autre ". Je
lui fais répéter "je ne me prends plus pour un
autre ". Je lui dis que jamais je n'ai prononcé cette
phrase, en plus il me connaît, même lui ça le choque
un peu. Du coup, il accepte de changer la phrase en question et de
mettre ce que j'avais réellement dit. Sur une autre phrase
aussi il a décalé les mots, et la signification changeait.
Je n'ai plus la phrase en tête. Ensuite, j'ai eu le journaliste,
je lui fais comprendre que ne le connaissant pas, j'accepte malgré
tout qu'il m'interviewe et il me fait n'importe quoi. Donc ça
ne va pas. Il s'est excusé. Mais il n'était pas content
que l'article ait été retouché ; Si on n'avait
pas pu le changer, j'aurais eu l'air de quoi ? C'est lui qui serait
passé pour un con ou moi ? Il m'aurait fait un erratum le lendemain
? Ca ne marche pas ça. J'aurais même pu faire un procès
si j'avais voulu. Mais bon, pour te dire que l'on est toujours obligé
de se méfier. Même moi qui fait très attention,
tu vois, je me fais piéger. J'aurais eu l'air de quoi au sein
de mon club s'il avait mis tout ce qu'il voulait ?

Divers
Comment as-tu vécu les différents
"feuilletons de l'été ", l'affaire Anelka,
le transfert de Vieri ? ... As-tu l'impression que le football a beaucoup
changé depuis tes débuts ?
C'est surtout que les enjeux sont de plus en plus importants.
Il y a de plus en plus d'investisseurs. Il y a eu une accélération.
Et médiatiquement, maintenant, tout est dit, tout est montré...
Tu ne crois pas qu'il y aura un retour de
bâton, qu'on est allé trop loin ? Quand on voit qu'un
joueur de 20 ans vaut plus de 200 millions de francs ?
Non, il y a une inflation. C'est l'offre et la demande.
Peut-être qu'un jour on mettra moins d'argent sur les joueurs.
Je ne sais pas. En tout cas, un club qui achète un joueur tel
prix veut le revendre et faire une plus value. Le problème
est pour les clubs qui n'ont pas d'argent. Mais je ne pense pas que
ça va changer outre mesure. Si tous les joueurs prennent trop
de valeurs ou demandent trop chers, il n'y aura pas assez de clubs
riches pour les payer, et il y aura peut-être trop de joueurs
par rapports aux places dans les clubs. Je veux dire par rapport aux
prétentions financières de jeunes joueurs qui éclateront
vite. C'est peut-être la qu'il y aura un problème.
Et voir Lyon, club plutôt formateur
qui recrute pour très cher ? Un club qui change de catégorie.
C'est normal, c'est la deuxième ou troisième
ville de France. Et des gros investisseurs arrivent. Donc c'est une
évolution logique. Et ça génère plus de
pression aussi, donc c'est plus délicat à vivre.
Concernant Nantes qui vient de vous battre
3/0, penses-tu qu'ils puissent avoir un parcours similaire a l'équipe
que tu as connu, dans le contexte actuel, où dès qu'un
jeune joueur est repéré, il s'en va très vite...
Ils ont toujours eu un très bon niveau, il y aura
toujours de bons jeunes. Et le fait d'avoir le même groupe est
un gage de continuité. Ils ont eu bonne équipe, mais
je ne crois pas qu'il puisse devenir champion en l'état actuel
des choses. Sans prétention, je pense qu'il y avait plus de
talent dans notre équipe. Peut-être avec quelques années
de plus. Mais je pense que les meilleurs partiront. Dans assez peu
de temps. C'est comme ça maintenant. Dans notre équipe,
plus de joueurs avaient le niveau pour s'exporter, d'ailleurs on l'a
vu. Actuellement, il y en a trois ou quatre qui sont vraiment plus
forts que les autres.

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