Pascal LOKO, père de Patrice et de William LOKO

L'idée de rencontrer les parents de Patrice Loko nous "trottait" dans la tête depuis pas mal de temps. C'était la suite logique de notre démarche. Monsieur Pascal Loko évolue dans le monde du football - bien avant la naissance de ses deux fils, Patrice et William - mais à sa source, celle de la formation des plus jeunes. C'est lui qui a transmis le "virus" à ses enfants, lui qui est à la base de leur carrière. Retour donc sur les tous premiers pas de footballeur de Patrice Loko.
Avec la participation de Mme Pascal Loko.
Interview réalisée en septembre 2000

(version téléchargeable et imprimable - fomat PDF)

Est-ce que vous pouvez nous parler des débuts de Patrice ? A partir de quel âge est-ce que Patrice s'est intéressé au football ?
Patrice est né en 1970. J'étais éducateur au club de Sully-sur-Loire, pendant 7 ans. Quand j'allais aux entraînements, j'emmenais mes enfants avec moi, Patrice d'abord, puis ensuite William. Patrice devait avoir 3 ou 4 ans au début. J'entraînais les grands et lui donnais un ballon; il s'amusait comme ça. Mais quand il a eu 5 ans, nous avons fait une section débutant à Sully, et il y est venu avec les plus petits. C'est un collègue, Michel Rognien qui s'en occupait ; je le faisais aussi parfois, les mercredi après-midi. C'est comme ça que Patrice est venu au football.
A cette époque, il aimait bien jouer, mais quand je regardais des matchs à la télé, ça ne l'intéressait pas. J'en ai trop vite déduit qu'il n'aimait pas le foot autant que moi et j'en étais vraiment désolé.

Vous aviez joué au football personnellement ?
J'ai joué en CFA avec Orléans pendant longtemps, en 3eme division, puis comme stagiaire à Strasbourg, mais je n'ai jamais été pro. J'ai eu un problème au genou, et je suis revenu à Orléans au bout de 6 mois. Quant à ma femme, elle n'est pas du tout issue d'un milieu sportif donc le foot ne l'a jamais vraiment intéressé, surtout au début.
Quand je regardais des matchs à la télé, Patrice ne restait jamais avec moi et rejoignait sa mère qui repassait... ça me faisait mal au cœur ! (rires).
Patrice a donc commencé à Sully sur Loire, en poussin puis en pupille... il était déjà très fort. Ca lui arrivait de partir seul de derrière avec le ballon et d'aller marquer tout seul ! On a été champion du Loiret en minimes avec Sully, ce qui était vraiment bien pour une petite ville comme la notre, à côté d'Orléans, de Montargis ou d'Amilly qui possédaient les équipes les plus fortes du département. Et ça principalement parce qu'on avait un joueur qui était plus fort que les autres dans sa tranche d'âge. Il était très très doué.

C'est amusant, parce que Patrice est plutôt reconnu comme un joueur très collectif...
Il l'était déjà, mais quand il voyait que son équipe perdait, il faisait tout pour aller marquer.
Je me souviens d'avoir fait quelques films avec mon beau-père ; quand je les revois, je me dis "que de chemin parcouru !"
Patrice est resté jusqu'en minimes; puis j'ai eu des problèmes avec Sully, je suis donc parti entraîner à Amilly ; j'ai bien sur été obligé d'emmener mes enfants avec moi.
Patrice était toujours très fort à Amilly. Quand on faisait des concours de jeunes footballeurs, des tournois, je faisais parti du jury, mais je ne voulais pas participer, parce que je savais que Patrice était le plus fort.
Il comprenait tous les exercices facilement, il faisait tout facilement.
En cadet première année, à Amilly, nous avions beaucoup de bons jeunes et une bonne équipe, entraînée par mon ami Jean-François Laurent, qui s'occupe actuellement des jeunes au Paris Saint-Germain et auparavant à Auxerre.
Bref, dans cette équipe, outre Patrice, il y avait également Franck Gava.
Tous deux faisait partie de l'équipe des cadets du Loiret, avec les meilleurs jeunes du département.

C'est vous qui l'avez poussé à faire ça ou il était demandeur ?
Patrice, enfant, n'était pas demandeur. Il était très bon élève, (il avait même sauté une classe). le football n'était pas une priorité, ce n'était qu'un divertissement.
C'est donc plutôt moi qui l'ai poussé, parce qu'étant "de la partie", je voyais bien qu'il avait des possibilités, mais je n'avais jamais pensé au foot professionnel, ce monde m'apparaissait trop inaccessible.

Sochaux

En 1984, je travaillais à la société Peugeot dont le siège est à Sochaux. Un jour je tombe sur une publicité pour un stage de football là-bas : une semaine payante mais dont les frais seraient remboursés pour les meilleurs éléments repérés...
Le prix de ce stage était pour nous une somme importante, mais...on fait un effort, et Patrice y est allé. Il en est revenu avec une lettre "passe partout" remise sans doute à tous les enfants; il était bon, mais "à revoir"...tu parles (rires). Bref, il n'ont pas remboursé les frais ! (rires)
j'avais été très déçu qu'il n'ait pas une lettre personnalisée. Les gars de Sochaux ne l'avaient donc pas remarqué alors qu'il était déjà très bon. Est-ce que je me trompais ?

Nantes

Début 1985, nous recevons une lettre de Nantes nous demandant s'il serait possible que Patrice vienne faire un stage chez eux, ainsi qu'un autre bon joueur si j'en connaissais un. Naturellement, j'ai proposé Franck Gava.
Ils y passèrent 3 ou 4 jours pendant les vacances de fevrier.
Une seconde lettre de Nantes nous parvient nous disant qu'il trouvait Patrice très bon et qu'ils allaient le suivre. Pour Franck ils ne donnèrent pas de suite. "En revenant de Nantes" ils étaient pleins d'espoirs sur une eventuelle carrière qu'ils n'avaient même jamais osé esperer...ils avaient été remarqué par un grand club de football !
Puis ils regagnèrent leur lycée Sport-Etude à Gien ou ils retrouvèrent leur excellent prof de gym, M. Gasperoni, "Gaspé", actuel président du Tours F.C.. il les faisait bien travailler. Ses exercices étaient vraiment très bien, très intelligents, très adaptés.

Nancy

Le père de Platini, Aldo, qui recrutait pour Nancy, est ensuite venu les voir jouer avec l'équipe des sports-étude de Gien. Il me dit après le match : "les deux gamins (Patrice et Franck) je les prends les yeux fermés !". Quel excellent recruteur lui aussi ! Il avait tout de suite senti leur potentiel, il ne s'était pas trompé...On est donc allé à Nancy avec la famille Gava pour voir les installations et...un match de professionnels. Nous avons été très bien reçus. Quelques temps après, Franck signait à Nancy. Nous, nous pensions toujours à Nantes et souhaitions ardemment que le club se manifeste.

Vichy

Aux vacances de Pâques 1985 , il y eut la Coupe Nationale des Cadets à Vichy. Maintenant elle se passe à Clairefontaine.
Patrice et Franck étaient sélectionnés (bien évidemment ... ) avec l'équipe du Centre. Tous les meilleurs cadets internationaux de France y étaient réunis. Les recruteurs aussi... Cette coupe se manifestait par un mini-championnat. Je n'y suis pas allé, travail oblige... et même, pour nous c'était une manifestation sportive comme les autres, rien de plus, une manifestation comme toutes celles auxquelles participait Patrice depuis longtemps. A aucun moment nous n'avons pensé que la vie de Patrice allait basculer.

Tous les soirs nous recevions des coups de fil, Nice, Monaco, St-Etienne, PSG, Lens, Auxerre, etc, etc, tiens, même Sochaux ?... une quinzaine de clubs ... parfois même tard le soir « est-ce que votre fils peut venir chez nous ? », ça n'arrêtait pas ! Je n'y croyais pas. Je savais que Patrice était plus fort que les autres, à Sully, à Amilly, mais je me disais, s'il pouvait jouer à Orléans ça serait déjà formidable. J'y avais mon vieux copain Jacky Lemée (entraîneur/joueur de l'USO lors de la Coupe de France en 1980). Curieusement Orléans ne prospectait pas au niveau régional. Ils sont passés d'ailleurs à côté de beaucoup de bons joueurs. Je ne pensais donc pas que le gamin avait le niveau national. Là, j'étais fixé. A Vichy, Patrice flambe ...
Je fais le tri parmi tous ces clubs et en choisis 5. Puis je dis à Patrice » on va rester en contact avec ces 5 là, qu'est-ce que tu en penses ?

Lens

Concrètement c'est Lens qui s'est manifesté le premier. M.AGUIRUDIS, Directeur Sportif de Lens à l'époque vint en personne à la maison. Quel honneur pour nous. Ne voulant pas brûler les étapes, nous préférons réfléchir, et cela malgré les arguments de M. Aguirudis très tentants pour nous, mais pas suffisants pour avoir l'agrément de Patrice. Compte-tenu de la pression qu'il nous fit subir pendant plusieurs semaines, au téléphone, il avait pressenti avant tout le monde la valeur de Patrice et il savait qu'en prenant Patrice à 15 ans, il faisait une affaire pour Lens. L'avenir nous dira que c'était donc un excellent recruteur.

Auxerre

Guy Roux est venu également chez nous un soir. A l'époque, Amilly était dans la même poule qu'Auxerre, mais pourtant lors du premier match, l'entraîneur des jeunes d'Auxerre n'avait remarqué ni Franck, ni Patrice. Ce n'est qu'à Vichy, que Guy Roux en a connaissance. II vient donc dîner un soir avec nous et nous confirme qu'il est très intéressé par Patrice...
Il part donc quelques jours là-bas. A cette époque il y avait les frères Boli, Vahiruha...Guy Roux avait installé notre fils dans la chambre des frère Boli ! (rires). Bref, Patrice revient à la maison enthousiasmé.

Monaco

Lorsque Monaco nous a téléphoné pour aller faire un stage chez eux, ma femme a refusé Monaco, c'est trop loin, on ne pourra jamais aller le voir. Ils ont eu des arguments. et nous sommes allés à Monaco, voir les installations. Ça n'engageait à rien. Ils nous ont donc payé l'avion et nous ont invités à passer 3 jours à l'hôtel pour accompagner Patrice et signer le contrat ...
Le centre de formation était flambant neuf (les stagiaires venaient juste d'emménager). Dans les couloirs, pas un bruit. Les pas résonnent. Patrice n'est pas très à l'aise. On demande à visiter les chambres. On était tout près ... on nous fait entrer dans l'une d'elle. Quel luxe, toilettes, douche individuelles, fenêtre donnant sur la mer ... formidable, pour nous les parents. Pas formidable du tout pour Patrice : l'atmosphère est trop calme, (et pourtant Patrice n'est pas du genre; c'est tout dire) par rapport à Nantes ou Auxerre dont les centres sont tout aussi beaux, mais où semble-t-il on a pensé que l'on a affaire à des adolescents, et que le confort des ados, ce n'est pas forcément celui des adultes. Il y avait plus de distractions, et l'ambiance qui apparaissait au premier venu, semblait moins « coincée », on entendait de la musique, des rires, quelques chahuts de jeunes... la vie quoi ... De plus à Auxerre, je me souviens que les jeunes semblaient très apprécier le couple (dont j'ai oublié malheureusement le nom) qui s'occupait du centre et qui remplaçait un peu les parents durant tout le temps qu'ils passaient au centre, loin de leur famille. Pour ces adolescents de 15 à 18 ans, c'est très très important d'être en confiance avec des adultes quand on est loin de ses proches.

Donc le soir, Patrice nous dit « je ne pourrai pas rester ici, je préfère Nantes ou Auxerre : à la Jonelière et à Auxerre, c'est la campagne, il y a de la verdure, la rivière... à Monaco, il y a la mer, c'est vrai, mais on n'est pas là pour faire du tourisme... on est entouré de béton (le centre est situé à côté du stade Louis II avec toutes les autres structures sportives de Monaco), en théorie, c'est sans doute bien, mais pour y vivre ... les terrains d'entraînement ne sont pas sur place...
Bref, par politesse, car nous avions été très bien reçus, on dit aux responsables de Monaco « on va réfléchir et on vous rappelle dans une semaine » et on rentre bien vite chez nous.

Le choix

Comme nous étions déjà en fin de saison, on en vient à jouer le dernier match de l'année l'A.J. Auxerre à Auxerre ... Quelques jours avant le match, Nantes nous avait rappelé pour nous informer qu'ils souhaitaient venir nous voir...
Le jour du match à Auxerre nous devions donc donner une réponse à Guy Roux. Celui-ci avait envoyé une lettre aux dirigeants d'Amilly pour dire qu'après le match, tout le monde était invité à une petite réception., sans doute pour fêter la signature du contrat de Patrice.

Dans la voiture avant de partir pour Auxerre, je dis à Patrice "Maintenant, tu dois me dire où tu veux aller. On a vu les 5 clubs, désormais tu dois choisir." Je ne voulais pas influencer mon gamin sur sa destination, c'était à lui de faire le choix. Si ça avait été pour l'argent, c'est clair que c'était plus intéressant à Lens... le club me plaisait bien... mais pas le climat. Et les sommes mises pour un gamin de 14 ans ça ne me semblait pas normal, et je trouvais ça pas bien pour le gamin. Il restait deux clubs dans notre tête, Nantes et Auxerre.
Lens lui plaisait bien mais le climat beaucoup moins. Nancy aussi, mais le centre était "vieillot". restaient Nantes et Auxerre.
Patrice était vraiment embêté, il hésitait. Mais il finit par me dire "Je vais à Nantes". Je voulais vraiment que ce soit son choix. J'avais présélectionné les meilleures équipes. Mais je ne voulais pas qu'il me reproche quoi que ce soit plus tard.
Nous partons donc à Auxerre, nous faisons match nul là-bas, un bon résultat parce que c'était les gosses du centre de formation de l'AJA; nous n'étions pas un centre de formation.
Les meilleurs, bien sûr, c'était Patrice et Franck. Ils font un super match, surclassant les gars d'Auxerre.
Après le match, nous sommes reçus la où sont reçus d'ordinaire les pro. Il y avait à manger, à boire...Guy Roux me prend en aparté dans son bureau... Il commence à me demander notre décision... Je lui dis "excusez-moi Monsieur Guy Roux, mais le gosse veut aller à Nantes". Là, le masque ! Il était très très déçu... Quand on est revenu dans la salle de réunion, l'ambiance s'était nettement refroidie... Bon, ça s'est tassé depuis avec Guy Roux, c'est resté un copain, quand je le vois, on discute bien. Je connais d'ailleurs pas mal de monde là-bas : Marlet, un gars de Pithiviers, Diomède de Montargis... Ils ont joués quelques années à Auxerre.

Et Nantes ?
Quelques jours après le match d'Auxerre, comme convenu, Robert Budzinsky vient à la maison pour la signature d'un pré-contrat. Il dîna lui aussi avec nous à la même place qu'avait occupé quelques semaines avant M. Aguirudis et M. Guy Roux. Tout s'est passé de manière très correctes à Nantes... Tout s'est passé simplement. Patrice signe en juin 1985 au FC Nantes.
Il y avait Suaudeau, directeur du centre et entraîneur, Denoueix éducateur, Blazevic l'entraîneur yougoslave est arrivé un ou deux ans après.
Au départ, Patrice a joué avec les cadets deuxièmes année. Tous les samedis c'était la bagarre, c'était terrible pour les gamins... le vendredi on faisait les équipes, en réserve (3eme division), parfois même sur le banc avec les pro. Donc certains étaient sélectionnés, d'autres pas. Au début, Patrice piaffait d'impatience. J'avais demandais à Denoueix, qui m'avait répondu "non, c'est trop tôt pour Patrice, il ne faut pas brûler les étapes. D'autres sont arrivés avant". A l'époque il y avait les Deschamps, Desailly, qui avaient deux ans de plus que lui.
Comme j'étais éducateur, ça m'intéressait de voir comment ça se passait là-bas, j'y allais parfois en début de saison, je prenais des notes que j'appliquais avec les gamins que j'entraînais.

A Nantes, les formateurs m'avaient tous dit que Patrice avait des qualités. Qu'il comprenait vite. Mais il y avait des étapes à franchir à Nantes. Centre de formation, équipes inférieures, puis réserve, puis entraînement avec les pro, puis apparition en équipe première, et ainsi de suite.
Patrice a joué régulièrement avec la réserve nantaise je crois au bout de deux ans; Une année, ils terminent champion de l'Ouest. A la fin de la saison, on lui dit : "l'année prochaine, tu t'entraîneras avec les pro. Tu reprendras avant les autres". La dessus, la réserve nantaise fait les éliminatoires du "championnat des champions de régions", je ne me souviens plus de l'appellation exacte, et Patrice se blesse.
Au lieu de rester avec ses copains pour le dernier match, il se dit que comme il ne jouait pas, il pouvait partir en vacances avant les autres. Il trouvait ça normal, puisqu'il reprenait plus tôt. Mais il ne m'en parle pas. Il va voir Denoueix et Suaudeau, leur dit ça. Mais les deux lui répondent "ah bon ? C'est comme ça ? OK, pars en vacances". Patrice revient chez nous. Mais une lettre de Nantes arrive peu de temps après, disant en substance "Patrice a voulu partir en vacances avant ses copains. Il devait reprendre l'entraînement avec les pro... il pourra rester plus longtemps en vacances et reprendra avec les autres du centre de formation, comme d'habitude."
Quand j'ai vu la lettre, j'ai engueulé Patrice ! "Tu as la possibilité d'être professionnel, et simplement pour être en vacances plus tôt, tu t'exclues de ton équipe ! Il faut que tu fasses une lettre d'excuse !"
Sa mère lui fait une lettre d'excuse, qu'il recopie. Bon, il était gamin c'est vrai, mais les entraîneurs lui faisaient confiance et lui n'en faisait qu'à sa tête. Donc il envoie sa lettre, mais les coaches maintiennent leur position, normal.
Patrice reprend donc avec le centre de formation, heureusement au bout de deux mois, comme il était toujours bon en CFA, ils l'ont intégrés en pro.
Mais il était déjà têtu Patrice... un autre aurait pu perdre sa carrière comme ça.

(Mme Loko intervient) Il faut dire que Patrice, depuis qu'il était à Nantes, faisait toujours partie de les sélections nationales de jeunes. Si bien que quand ses copains repartaient chez eux aux petites vacances, lui avait des tournois, et ne rentrait quasiment jamais. Donc il se réjouissait à l'avance de passer enfin quelques jours à la maison où il faut bien admettre qu'il ne venait plus que très rarement.

Quand Nantes venait jouer à Paris ou à Auxerre, Budzinski me donnait des places, j'allais voir les joueurs à l'entraînement ou à l'hôtel. Je me souviens d'une fois ou il y avait Deschamps, Desailly et Kombouaré... Je demande des nouvelles de Patrice à Antoine, et il me répond "M. Loko, Patrice va bientôt jouer avec nous ! Il s'entraîne avec nous, ça ne va pas tarder !". J'étais le plus heureux des hommes !

Comment avez-vous vécu son premier match en D1 ?
Je n'étais pas au courant, mais ce jour-là je vois un copain à Orléans, qui me dit "ton fils est remplaçant ce soir avec Nantes"... C'était contre Bordeaux. Aussitôt j'achète le journal, je vois ça ! Je rentre vite chez moi pour avertir ma femme.

Patrice ne vous avez pas prévenu ?
Non ! Il ne nous l'avait même pas dit ! Rien du tout ! J'ai vu ça totalement par hasard.
Nous n'avions pas Canal Plus à l'époque. Donc j'appelle un copain ici à Sully, Renard, je lui dis que nous venons le soir voir le match chez lui parce que Patrice est remplaçant. Nous n'étions pas sûr qu'il joue. On devait être 5/6 copains. Effectivement, Patrice rentre a 10 minutes de la fin... on l'a vu sur le banc, puis s'échauffer... Et puis rentrer vers la fin du match ! J'ai pleuré ! J'étais très heureux !
Après il a joué plus régulièrement.
Au début à Nantes, ils te mettent 5 mn, 10 mn, 15 mn... c'est très progressif.
Comme ensuite il jouait plus souvent, puis tout le temps, j'allais le voir jouer quand Nantes venait à Paris ou à Auxerre, avec mes copains de Sully, on débarquait à 15/20 ! Comme Patrice était le "régional de l'étape", quand il venait à Auxerre, les autres joueurs lui donnait leurs invitations.

Quelle était son équipe préférée quand il était petit ?
Ca a toujours été Paris. Quand Patrice était gamin, j'avais un copain à Paris Saint-Germain qui s'appelait M'Pelé, François M'Pelé qui venait souvent nous voir ici à Sully...
Ici j'avais un autre copain commerçant qui était supporter de Paris ; à chaque match de Paris, il emmenait toujours des gamins, dont Patrice. Son joueur préféré c'était Susic, de loin.
Paris, ça a toujours été son équipe. Même au centre de formation de Nantes il avait l'écharpe de Paris dans sa chambre ! (rires) Je trouvais ça bizarre, mais on ne lui disait rien pour ça...

Et quand il a signé à Paris, comment ça s'est passé ? Vous m'avez laissez entendre que ça s'est mal terminé avec Nantes…
Au début, c'était très bien à Nantes. Ils étaient très corrects, on était bien reçu. Budzinski, Suaudeau me recevait toujours très bien, les gamins étaient bien traités...
Mais la dernière année, Patrice voulait s'en aller, eux ne voulaient pas. Donc ils ont fait pleins de petites choses pour l'en empêcher. Il ne restait qu'une année de contrat, ils avaient donc tout intérêt de le vendre...
Et puis, il s'est passé des histoires bizarres là-bas, qu'on a connu qu'après, quand Patrice a "disjoncté". C'était terrible. Pour nous c'était très dur à vivre. On avait peur pour notre fils. Et on avait des journalistes en permanence sur le dos.

Comment vous avez ressenti tout ce qui a pu être dit sur lui à l'époque ?
J'ai appris la nouvelle en voiture, en allant voir un client. Je suis retourné illico chez moi, j'ai appelé le club pour prendre des nouvelles...
Ils ont été très bien Paris. Ils m'ont mis en contact avec leur avocat. Ils se sont bien comportés.
C'était vraiment difficile à vivre. On lisait ou on entendait n'importe quoi. Ils ont alimenté leurs journaux avec des trucs orduriers. Maintenant que Patrice est guéri, ça va, mais quand tu es parent et que tu entends des trucs comme ça sur ton gamin, c'est très douloureux à vivre.
Comme on entendait trop de bêtises sur Patrice, un jour j'ai pris mon courage à deux mains, et je me suis dit qu'il fallait parler.
Je me suis assis dans mon couloir devant le téléphone et j'ai répondu à tout le monde. On a eu des coups de fils de toute la France..."comment il était quand il était jeune" patati patata...
La 2 est même venu filmer ici... (pensif)
Durant cette période, je suis toujours resté calme, mais c'était très difficile...
Maintenant, c'est du passé, il s'en est bien remis. On a vraiment cru le perdre.
Paris a vraiment été très bien. Le matin il se soignait, l'après-midi, un entraîneur de Paris allait le voir, lui faisait faire un petit entraînement... Toko, Bats y sont allés. Ils m'ont donné des conseils, mis en relation avec leur avocat... On a fait plein de petites démarches.

A votre avis, quelles ont été les conséquences sur la carrière de Patrice ?
Ce qu'on voit actuellement, qu'il ne trouve pas de clubs pour quitter Montpellier, c'est la conséquence de ça. Il a fait une belle saison a Montpellier malgré la descente... Mais des clubs pensent qu'il est encore malade... Son image est meilleure maintenant, mais son histoire lui a fait du tord. Il est bien revenu, il a fait des efforts pour bien revenir parce qu'à cause des médicaments il avait grossi.

Et sa 3eme année à Paris ?
Si Ricardo avait fait tourner l'effectif, il aurait sans doute participé à la coupe du Monde, parce Patrice tenait sa place en équipe de France. Mais il l'a perdu avec ses nouveaux problèmes de l'été 97, et puis ensuite parce que Ricardo préférai Florian Maurice qui devait être vendu le plus cher possible. Ca a lui fait du tord, beaucoup de tord. Quand tu ne joues pas dans ton club, tu peux pas jouer en équipe de France. Dommage, parce qu'à la fin, en coupe de la ligue, il a surclassé tout le monde. Mais ensuite, j'en voulais à Ricardo, parce que l'équipe tournait mal et Patrice aurait pu apporter quelque chose.
Mais avec le recul, Patrice a toute fois fait une belle carrière à Nantes puis à Paris, il a fait l'Euro avec l'équipe de France. Il a fait tout ce que veut faire un jeune joueur quand il rêve de sa carrière; amateur, pro, international...
Il a été dans toutes les équipes nationales de jeunes... cadet, junior, espoir, A', A.. Meilleur buteur du championnat de France... Mais c'est sur que son histoire lui a porté préjudice... à tord...

Pensez-vous qu'il puisse repartir dans une équipe ambitieuse ?
Oui, c'est pour cela que j'aimerai qu'il aille à l'étranger; en Angleterre, un gars qui joue bien il a son contrat jusqu'à 35 ans. S'il fait une bonne saison, il peut se montrer...


Monsieur Pascal Loko et Guy Roux en 96/97


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Patrice en 1980 dans l'équipe des
jeunes de Sully-sur-Loire

les benjamins de Sully-sur-Loire en 1980

les minimes de Sully-sur-Loire,
Champion du Loiret en 1983
(Patrice accroupi au centre, tenant la pancarte, Pascal Loko débout à l'extrème-droite de la photo)
(cliquez pour agrandir)

Patrice (debout, 5eme en partant de la gauche),
Patrice Gasperoni (debout à l'extrème-gauche)
Franck Gava (accroupi, 5eme en partant de la gauche),
et l'équipe d'Amilly en 1984.