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Pascal
LOKO, père de Patrice et de William LOKO
L'idée de rencontrer les parents de
Patrice Loko nous "trottait" dans la tête depuis pas
mal de temps. C'était la suite logique de notre démarche.
Monsieur Pascal Loko évolue dans le monde du football - bien
avant la naissance de ses deux fils, Patrice et William - mais à
sa source, celle de la formation des plus jeunes. C'est lui qui a
transmis le "virus" à ses enfants, lui qui est à
la base de leur carrière. Retour donc sur les tous premiers
pas de footballeur de Patrice Loko.
Avec la participation de Mme Pascal Loko.
Interview réalisée en septembre 2000
(version
téléchargeable et imprimable - fomat PDF)
Est-ce que vous pouvez nous parler des débuts
de Patrice ? A partir de quel âge est-ce que Patrice s'est intéressé
au football ?
Patrice est né en 1970. J'étais éducateur
au club de Sully-sur-Loire, pendant 7 ans. Quand j'allais aux entraînements,
j'emmenais mes enfants avec moi, Patrice d'abord, puis ensuite William.
Patrice devait avoir 3 ou 4 ans au début. J'entraînais
les grands et lui donnais un ballon; il s'amusait comme ça.
Mais quand il a eu 5 ans, nous avons fait une section débutant
à Sully, et il y est venu avec les plus petits. C'est un collègue,
Michel Rognien qui s'en occupait ; je le faisais aussi parfois, les
mercredi après-midi. C'est comme ça que Patrice est
venu au football.
A cette époque, il aimait bien jouer, mais quand je regardais
des matchs à la télé, ça ne l'intéressait
pas. J'en ai trop vite déduit qu'il n'aimait pas le foot autant
que moi et j'en étais vraiment désolé.
Vous aviez joué au football personnellement
?
J'ai joué en CFA avec Orléans pendant longtemps,
en 3eme division, puis comme stagiaire à Strasbourg, mais je
n'ai jamais été pro. J'ai eu un problème au genou,
et je suis revenu à Orléans au bout de 6 mois. Quant
à ma femme, elle n'est pas du tout issue d'un milieu sportif
donc le foot ne l'a jamais vraiment intéressé, surtout
au début.
Quand je regardais des matchs à la télé, Patrice
ne restait jamais avec moi et rejoignait sa mère qui repassait...
ça me faisait mal au cur ! (rires).
Patrice a donc commencé à Sully sur Loire, en poussin
puis en pupille... il était déjà très
fort. Ca lui arrivait de partir seul de derrière avec le ballon
et d'aller marquer tout seul ! On a été champion du
Loiret en minimes avec Sully, ce qui était vraiment bien pour
une petite ville comme la notre, à côté d'Orléans,
de Montargis ou d'Amilly qui possédaient les équipes
les plus fortes du département. Et ça principalement
parce qu'on avait un joueur qui était plus fort que les autres
dans sa tranche d'âge. Il était très très
doué.
C'est amusant, parce que Patrice est plutôt
reconnu comme un joueur très collectif...
Il l'était déjà, mais quand il voyait
que son équipe perdait, il faisait tout pour aller marquer.
Je me souviens d'avoir fait quelques films avec mon beau-père
; quand je les revois, je me dis "que de chemin parcouru !"
Patrice est resté jusqu'en minimes; puis j'ai eu des problèmes
avec Sully, je suis donc parti entraîner à Amilly ; j'ai
bien sur été obligé d'emmener mes enfants avec
moi.
Patrice était toujours très fort à Amilly. Quand
on faisait des concours de jeunes footballeurs, des tournois, je faisais
parti du jury, mais je ne voulais pas participer, parce que je savais
que Patrice était le plus fort.
Il comprenait tous les exercices facilement, il faisait tout facilement.
En cadet première année, à Amilly, nous avions
beaucoup de bons jeunes et une bonne équipe, entraînée
par mon ami Jean-François Laurent, qui s'occupe actuellement
des jeunes au Paris Saint-Germain et auparavant à Auxerre.
Bref, dans cette équipe, outre Patrice, il y avait également
Franck Gava.
Tous deux faisait partie de l'équipe des cadets du Loiret,
avec les meilleurs jeunes du département.
C'est vous qui l'avez poussé à
faire ça ou il était demandeur ?
Patrice, enfant, n'était pas demandeur. Il était
très bon élève, (il avait même sauté
une classe). le football n'était pas une priorité, ce
n'était qu'un divertissement.
C'est donc plutôt moi qui l'ai poussé, parce qu'étant
"de la partie", je voyais bien qu'il avait des possibilités,
mais je n'avais jamais pensé au foot professionnel, ce monde
m'apparaissait trop inaccessible.

Sochaux
En 1984, je travaillais à la société
Peugeot dont le siège est à Sochaux. Un jour je tombe
sur une publicité pour un stage de football là-bas :
une semaine payante mais dont les frais seraient remboursés
pour les meilleurs éléments repérés...
Le prix de ce stage était pour nous une somme importante, mais...on
fait un effort, et Patrice y est allé. Il en est revenu avec
une lettre "passe partout" remise sans doute à tous
les enfants; il était bon, mais "à revoir"...tu
parles (rires). Bref, il n'ont pas remboursé les frais ! (rires)
j'avais été très déçu qu'il n'ait
pas une lettre personnalisée. Les gars de Sochaux ne l'avaient
donc pas remarqué alors qu'il était déjà
très bon. Est-ce que je me trompais ?
Nantes
Début 1985, nous recevons une lettre de
Nantes nous demandant s'il serait possible que Patrice vienne faire
un stage chez eux, ainsi qu'un autre bon joueur si j'en connaissais
un. Naturellement, j'ai proposé Franck Gava.
Ils y passèrent 3 ou 4 jours pendant les vacances de fevrier.
Une seconde lettre de Nantes nous parvient nous disant qu'il trouvait
Patrice très bon et qu'ils allaient le suivre. Pour Franck
ils ne donnèrent pas de suite. "En revenant de Nantes"
ils étaient pleins d'espoirs sur une eventuelle carrière
qu'ils n'avaient même jamais osé esperer...ils avaient
été remarqué par un grand club de football !
Puis ils regagnèrent leur lycée Sport-Etude à
Gien ou ils retrouvèrent leur excellent prof de gym, M. Gasperoni,
"Gaspé", actuel président du Tours F.C.. il
les faisait bien travailler. Ses exercices étaient vraiment
très bien, très intelligents, très adaptés.
Nancy
Le père de Platini, Aldo, qui recrutait
pour Nancy, est ensuite venu les voir jouer avec l'équipe des
sports-étude de Gien. Il me dit après le match : "les
deux gamins (Patrice et Franck) je les prends les yeux fermés
!". Quel excellent recruteur lui aussi ! Il avait tout de suite
senti leur potentiel, il ne s'était pas trompé...On
est donc allé à Nancy avec la famille Gava pour voir
les installations et...un match de professionnels. Nous avons été
très bien reçus. Quelques temps après, Franck
signait à Nancy. Nous, nous pensions toujours à Nantes
et souhaitions ardemment que le club se manifeste.
Vichy
Aux vacances de Pâques 1985 , il y eut la
Coupe Nationale des Cadets à Vichy. Maintenant elle se passe
à Clairefontaine.
Patrice et Franck étaient sélectionnés (bien
évidemment ... ) avec l'équipe du Centre. Tous les meilleurs
cadets internationaux de France y étaient réunis. Les
recruteurs aussi... Cette coupe se manifestait par un mini-championnat.
Je n'y suis pas allé, travail oblige... et même, pour
nous c'était une manifestation sportive comme les autres, rien
de plus, une manifestation comme toutes celles auxquelles participait
Patrice depuis longtemps. A aucun moment nous n'avons pensé
que la vie de Patrice allait basculer.
Tous les soirs nous recevions des coups de fil,
Nice, Monaco, St-Etienne, PSG, Lens, Auxerre, etc, etc, tiens, même
Sochaux ?... une quinzaine de clubs ... parfois même tard le
soir « est-ce que votre fils peut venir chez nous ? »,
ça n'arrêtait pas ! Je n'y croyais pas. Je savais que
Patrice était plus fort que les autres, à Sully, à
Amilly, mais je me disais, s'il pouvait jouer à Orléans
ça serait déjà formidable. J'y avais mon vieux
copain Jacky Lemée (entraîneur/joueur de l'USO lors de
la Coupe de France en 1980). Curieusement Orléans ne prospectait
pas au niveau régional. Ils sont passés d'ailleurs à
côté de beaucoup de bons joueurs. Je ne pensais donc
pas que le gamin avait le niveau national. Là, j'étais
fixé. A Vichy, Patrice flambe ...
Je fais le tri parmi tous ces clubs et en choisis 5. Puis je dis à
Patrice » on va rester en contact avec ces 5 là, qu'est-ce
que tu en penses ?

Lens
Concrètement c'est Lens qui s'est manifesté
le premier. M.AGUIRUDIS, Directeur Sportif de Lens à l'époque
vint en personne à la maison. Quel honneur pour nous. Ne voulant
pas brûler les étapes, nous préférons réfléchir,
et cela malgré les arguments de M. Aguirudis très tentants
pour nous, mais pas suffisants pour avoir l'agrément de Patrice.
Compte-tenu de la pression qu'il nous fit subir pendant plusieurs
semaines, au téléphone, il avait pressenti avant tout
le monde la valeur de Patrice et il savait qu'en prenant Patrice à
15 ans, il faisait une affaire pour Lens. L'avenir nous dira que c'était
donc un excellent recruteur.
Auxerre
Guy Roux est venu également chez nous un
soir. A l'époque, Amilly était dans la même poule
qu'Auxerre, mais pourtant lors du premier match, l'entraîneur
des jeunes d'Auxerre n'avait remarqué ni Franck, ni Patrice.
Ce n'est qu'à Vichy, que Guy Roux en a connaissance. II vient
donc dîner un soir avec nous et nous confirme qu'il est très
intéressé par Patrice...
Il part donc quelques jours là-bas. A cette époque il
y avait les frères Boli, Vahiruha...Guy Roux avait installé
notre fils dans la chambre des frère Boli ! (rires). Bref,
Patrice revient à la maison enthousiasmé.
Monaco
Lorsque Monaco nous a téléphoné
pour aller faire un stage chez eux, ma femme a refusé Monaco,
c'est trop loin, on ne pourra jamais aller le voir. Ils ont eu des
arguments. et nous sommes allés à Monaco, voir les installations.
Ça n'engageait à rien. Ils nous ont donc payé
l'avion et nous ont invités à passer 3 jours à
l'hôtel pour accompagner Patrice et signer le contrat ...
Le centre de formation était flambant neuf (les stagiaires
venaient juste d'emménager). Dans les couloirs, pas un bruit.
Les pas résonnent. Patrice n'est pas très à l'aise.
On demande à visiter les chambres. On était tout près
... on nous fait entrer dans l'une d'elle. Quel luxe, toilettes, douche
individuelles, fenêtre donnant sur la mer ... formidable, pour
nous les parents. Pas formidable du tout pour Patrice : l'atmosphère
est trop calme, (et pourtant Patrice n'est pas du genre; c'est tout
dire) par rapport à Nantes ou Auxerre dont les centres sont
tout aussi beaux, mais où semble-t-il on a pensé que
l'on a affaire à des adolescents, et que le confort des ados,
ce n'est pas forcément celui des adultes. Il y avait plus de
distractions, et l'ambiance qui apparaissait au premier venu, semblait
moins « coincée », on entendait de la musique,
des rires, quelques chahuts de jeunes... la vie quoi ... De plus à
Auxerre, je me souviens que les jeunes semblaient très apprécier
le couple (dont j'ai oublié malheureusement le nom) qui s'occupait
du centre et qui remplaçait un peu les parents durant tout
le temps qu'ils passaient au centre, loin de leur famille. Pour ces
adolescents de 15 à 18 ans, c'est très très important
d'être en confiance avec des adultes quand on est loin de ses
proches.
Donc le soir, Patrice nous dit « je ne pourrai
pas rester ici, je préfère Nantes ou Auxerre : à
la Jonelière et à Auxerre, c'est la campagne, il y a
de la verdure, la rivière... à Monaco, il y a la mer,
c'est vrai, mais on n'est pas là pour faire du tourisme...
on est entouré de béton (le centre est situé
à côté du stade Louis II avec toutes les autres
structures sportives de Monaco), en théorie, c'est sans doute
bien, mais pour y vivre ... les terrains d'entraînement ne sont
pas sur place...
Bref, par politesse, car nous avions été très
bien reçus, on dit aux responsables de Monaco « on va
réfléchir et on vous rappelle dans une semaine »
et on rentre bien vite chez nous.
Le
choix
Comme nous étions déjà en
fin de saison, on en vient à jouer le dernier match de l'année
l'A.J. Auxerre à Auxerre ... Quelques jours avant le match,
Nantes nous avait rappelé pour nous informer qu'ils souhaitaient
venir nous voir...
Le jour du match à Auxerre nous devions donc donner une réponse
à Guy Roux. Celui-ci avait envoyé une lettre aux dirigeants
d'Amilly pour dire qu'après le match, tout le monde était
invité à une petite réception., sans doute pour
fêter la signature du contrat de Patrice.
Dans la voiture avant de partir pour Auxerre,
je dis à Patrice "Maintenant, tu dois me dire où
tu veux aller. On a vu les 5 clubs, désormais tu dois choisir."
Je ne voulais pas influencer mon gamin sur sa destination, c'était
à lui de faire le choix. Si ça avait été
pour l'argent, c'est clair que c'était plus intéressant
à Lens... le club me plaisait bien... mais pas le climat. Et
les sommes mises pour un gamin de 14 ans ça ne me semblait
pas normal, et je trouvais ça pas bien pour le gamin. Il restait
deux clubs dans notre tête, Nantes et Auxerre.
Lens lui plaisait bien mais le climat beaucoup moins. Nancy aussi,
mais le centre était "vieillot". restaient Nantes
et Auxerre.
Patrice était vraiment embêté, il hésitait.
Mais il finit par me dire "Je vais à Nantes". Je
voulais vraiment que ce soit son choix. J'avais présélectionné
les meilleures équipes. Mais je ne voulais pas qu'il me reproche
quoi que ce soit plus tard.
Nous partons donc à Auxerre, nous faisons match nul là-bas,
un bon résultat parce que c'était les gosses du centre
de formation de l'AJA; nous n'étions pas un centre de formation.
Les meilleurs, bien sûr, c'était Patrice et Franck. Ils
font un super match, surclassant les gars d'Auxerre.
Après le match, nous sommes reçus la où sont
reçus d'ordinaire les pro. Il y avait à manger, à
boire...Guy Roux me prend en aparté dans son bureau... Il commence
à me demander notre décision... Je lui dis "excusez-moi
Monsieur Guy Roux, mais le gosse veut aller à Nantes".
Là, le masque ! Il était très très déçu...
Quand on est revenu dans la salle de réunion, l'ambiance s'était
nettement refroidie... Bon, ça s'est tassé depuis avec
Guy Roux, c'est resté un copain, quand je le vois, on discute
bien. Je connais d'ailleurs pas mal de monde là-bas : Marlet,
un gars de Pithiviers, Diomède de Montargis... Ils ont joués
quelques années à Auxerre.

Et Nantes ?
Quelques jours après le match d'Auxerre, comme convenu,
Robert Budzinsky vient à la maison pour la signature d'un pré-contrat.
Il dîna lui aussi avec nous à la même place qu'avait
occupé quelques semaines avant M. Aguirudis et M. Guy Roux.
Tout s'est passé de manière très correctes à
Nantes... Tout s'est passé simplement. Patrice signe en juin
1985 au FC Nantes.
Il y avait Suaudeau, directeur du centre et entraîneur, Denoueix
éducateur, Blazevic l'entraîneur yougoslave est arrivé
un ou deux ans après.
Au départ, Patrice a joué avec les cadets deuxièmes
année. Tous les samedis c'était la bagarre, c'était
terrible pour les gamins... le vendredi on faisait les équipes,
en réserve (3eme division), parfois même sur le banc
avec les pro. Donc certains étaient sélectionnés,
d'autres pas. Au début, Patrice piaffait d'impatience. J'avais
demandais à Denoueix, qui m'avait répondu "non,
c'est trop tôt pour Patrice, il ne faut pas brûler les
étapes. D'autres sont arrivés avant". A l'époque
il y avait les Deschamps, Desailly, qui avaient deux ans de plus que
lui.
Comme j'étais éducateur, ça m'intéressait
de voir comment ça se passait là-bas, j'y allais parfois
en début de saison, je prenais des notes que j'appliquais avec
les gamins que j'entraînais.
A Nantes, les formateurs m'avaient tous dit que
Patrice avait des qualités. Qu'il comprenait vite. Mais il
y avait des étapes à franchir à Nantes. Centre
de formation, équipes inférieures, puis réserve,
puis entraînement avec les pro, puis apparition en équipe
première, et ainsi de suite.
Patrice a joué régulièrement avec la réserve
nantaise je crois au bout de deux ans; Une année, ils terminent
champion de l'Ouest. A la fin de la saison, on lui dit : "l'année
prochaine, tu t'entraîneras avec les pro. Tu reprendras avant
les autres". La dessus, la réserve nantaise fait les éliminatoires
du "championnat des champions de régions", je ne
me souviens plus de l'appellation exacte, et Patrice se blesse.
Au lieu de rester avec ses copains pour le dernier match, il se dit
que comme il ne jouait pas, il pouvait partir en vacances avant les
autres. Il trouvait ça normal, puisqu'il reprenait plus tôt.
Mais il ne m'en parle pas. Il va voir Denoueix et Suaudeau, leur dit
ça. Mais les deux lui répondent "ah bon ? C'est
comme ça ? OK, pars en vacances". Patrice revient chez
nous. Mais une lettre de Nantes arrive peu de temps après,
disant en substance "Patrice a voulu partir en vacances avant
ses copains. Il devait reprendre l'entraînement avec les pro...
il pourra rester plus longtemps en vacances et reprendra avec les
autres du centre de formation, comme d'habitude."
Quand j'ai vu la lettre, j'ai engueulé Patrice ! "Tu as
la possibilité d'être professionnel, et simplement pour
être en vacances plus tôt, tu t'exclues de ton équipe
! Il faut que tu fasses une lettre d'excuse !"
Sa mère lui fait une lettre d'excuse, qu'il recopie. Bon, il
était gamin c'est vrai, mais les entraîneurs lui faisaient
confiance et lui n'en faisait qu'à sa tête. Donc il envoie
sa lettre, mais les coaches maintiennent leur position, normal.
Patrice reprend donc avec le centre de formation, heureusement au
bout de deux mois, comme il était toujours bon en CFA, ils
l'ont intégrés en pro.
Mais il était déjà têtu Patrice... un autre
aurait pu perdre sa carrière comme ça.
(Mme Loko intervient) Il faut dire
que Patrice, depuis qu'il était à Nantes, faisait toujours
partie de les sélections nationales de jeunes. Si bien que
quand ses copains repartaient chez eux aux petites vacances, lui avait
des tournois, et ne rentrait quasiment jamais. Donc il se réjouissait
à l'avance de passer enfin quelques jours à la maison
où il faut bien admettre qu'il ne venait plus que très
rarement.
Quand Nantes venait jouer à Paris ou à
Auxerre, Budzinski me donnait des places, j'allais voir les joueurs
à l'entraînement ou à l'hôtel. Je me souviens
d'une fois ou il y avait Deschamps, Desailly et Kombouaré...
Je demande des nouvelles de Patrice à Antoine, et il me répond
"M. Loko, Patrice va bientôt jouer avec nous ! Il s'entraîne
avec nous, ça ne va pas tarder !". J'étais le plus
heureux des hommes !

Comment avez-vous vécu son
premier match en D1 ?
Je n'étais pas au courant, mais ce jour-là
je vois un copain à Orléans, qui me dit "ton fils
est remplaçant ce soir avec Nantes"... C'était
contre Bordeaux. Aussitôt j'achète le journal, je vois
ça ! Je rentre vite chez moi pour avertir ma femme.
Patrice ne vous avez pas prévenu
?
Non ! Il ne nous l'avait même pas dit ! Rien du tout
! J'ai vu ça totalement par hasard.
Nous n'avions pas Canal Plus à l'époque. Donc j'appelle
un copain ici à Sully, Renard, je lui dis que nous venons le
soir voir le match chez lui parce que Patrice est remplaçant.
Nous n'étions pas sûr qu'il joue. On devait être
5/6 copains. Effectivement, Patrice rentre a 10 minutes de la fin...
on l'a vu sur le banc, puis s'échauffer... Et puis rentrer
vers la fin du match ! J'ai pleuré ! J'étais très
heureux !
Après il a joué plus régulièrement.
Au début à Nantes, ils te mettent 5 mn, 10 mn, 15 mn...
c'est très progressif.
Comme ensuite il jouait plus souvent, puis tout le temps, j'allais
le voir jouer quand Nantes venait à Paris ou à Auxerre,
avec mes copains de Sully, on débarquait à 15/20 ! Comme
Patrice était le "régional de l'étape",
quand il venait à Auxerre, les autres joueurs lui donnait leurs
invitations.
Quelle était son équipe préférée
quand il était petit ?
Ca a toujours été Paris. Quand Patrice était
gamin, j'avais un copain à Paris Saint-Germain qui s'appelait
M'Pelé, François M'Pelé qui venait souvent nous
voir ici à Sully...
Ici j'avais un autre copain commerçant qui était supporter
de Paris ; à chaque match de Paris, il emmenait toujours des
gamins, dont Patrice. Son joueur préféré c'était
Susic, de loin.
Paris, ça a toujours été son équipe. Même
au centre de formation de Nantes il avait l'écharpe de Paris
dans sa chambre ! (rires) Je trouvais ça bizarre, mais on ne
lui disait rien pour ça...
Et quand il a signé à Paris,
comment ça s'est passé ? Vous m'avez laissez entendre
que ça s'est mal terminé avec Nantes
Au début, c'était très bien à
Nantes. Ils étaient très corrects, on était bien
reçu. Budzinski, Suaudeau me recevait toujours très
bien, les gamins étaient bien traités...
Mais la dernière année, Patrice voulait s'en aller,
eux ne voulaient pas. Donc ils ont fait pleins de petites choses pour
l'en empêcher. Il ne restait qu'une année de contrat,
ils avaient donc tout intérêt de le vendre...
Et puis, il s'est passé des histoires bizarres là-bas,
qu'on a connu qu'après, quand Patrice a "disjoncté".
C'était terrible. Pour nous c'était très dur
à vivre. On avait peur pour notre fils. Et on avait des journalistes
en permanence sur le dos.
Comment vous avez ressenti tout ce qui a
pu être dit sur lui à l'époque ?
J'ai appris la nouvelle en voiture, en allant voir un client.
Je suis retourné illico chez moi, j'ai appelé le club
pour prendre des nouvelles...
Ils ont été très bien Paris. Ils m'ont mis en
contact avec leur avocat. Ils se sont bien comportés.
C'était vraiment difficile à vivre. On lisait ou on
entendait n'importe quoi. Ils ont alimenté leurs journaux avec
des trucs orduriers. Maintenant que Patrice est guéri, ça
va, mais quand tu es parent et que tu entends des trucs comme ça
sur ton gamin, c'est très douloureux à vivre.
Comme on entendait trop de bêtises sur Patrice, un jour j'ai
pris mon courage à deux mains, et je me suis dit qu'il fallait
parler.
Je me suis assis dans mon couloir devant le téléphone
et j'ai répondu à tout le monde. On a eu des coups de
fils de toute la France..."comment il était quand il était
jeune" patati patata...
La 2 est même venu filmer ici... (pensif)
Durant cette période, je suis toujours resté calme,
mais c'était très difficile...
Maintenant, c'est du passé, il s'en est bien remis. On a vraiment
cru le perdre.
Paris a vraiment été très bien. Le matin il se
soignait, l'après-midi, un entraîneur de Paris allait
le voir, lui faisait faire un petit entraînement... Toko, Bats
y sont allés. Ils m'ont donné des conseils, mis en relation
avec leur avocat... On a fait plein de petites démarches.
A votre avis, quelles ont été
les conséquences sur la carrière de Patrice ?
Ce qu'on voit actuellement, qu'il ne trouve pas de clubs
pour quitter Montpellier, c'est la conséquence de ça.
Il a fait une belle saison a Montpellier malgré la descente...
Mais des clubs pensent qu'il est encore malade... Son image est meilleure
maintenant, mais son histoire lui a fait du tord. Il est bien revenu,
il a fait des efforts pour bien revenir parce qu'à cause des
médicaments il avait grossi.
Et sa 3eme année à Paris ?
Si Ricardo avait fait tourner l'effectif, il aurait sans
doute participé à la coupe du Monde, parce Patrice tenait
sa place en équipe de France. Mais il l'a perdu avec ses nouveaux
problèmes de l'été 97, et puis ensuite parce
que Ricardo préférai Florian Maurice qui devait être
vendu le plus cher possible. Ca a lui fait du tord, beaucoup de tord.
Quand tu ne joues pas dans ton club, tu peux pas jouer en équipe
de France. Dommage, parce qu'à la fin, en coupe de la ligue,
il a surclassé tout le monde. Mais ensuite, j'en voulais à
Ricardo, parce que l'équipe tournait mal et Patrice aurait
pu apporter quelque chose.
Mais avec le recul, Patrice a toute fois fait une belle carrière
à Nantes puis à Paris, il a fait l'Euro avec l'équipe
de France. Il a fait tout ce que veut faire un jeune joueur quand
il rêve de sa carrière; amateur, pro, international...
Il a été dans toutes les équipes nationales de
jeunes... cadet, junior, espoir, A', A.. Meilleur buteur du championnat
de France... Mais c'est sur que son histoire lui a porté préjudice...
à tord...
Pensez-vous qu'il puisse repartir
dans une équipe ambitieuse ?
Oui, c'est pour cela que j'aimerai qu'il aille à
l'étranger; en Angleterre, un gars qui joue bien il a son contrat
jusqu'à 35 ans. S'il fait une bonne saison, il peut se montrer...

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