LA FIN DE L’AVENTURE PARISIENNE

Photo officielle du PSG 1998/1999 (Photo : Ch. Gavelle - PSG)

PSG – 1998/1999

Peux-tu maintenant nous raconter tes derniers mois à Paris ?
Je voulais partir pour ne pas revivre une saison comme la précédente avec Ricardo. Mais Giresse m’a affirmé compter sur moi. Nico Ouédec devait arriver. Je devais jouer côté droit de l’attaque, le projet m’enthousiasmait.

Tu pensais que c’était ta dernière saison ? C’était en tout cas ta dernière année de contrat…
Effectivement, c’était ma dernière année de contrat, et surtout je voulais faire une bonne dernière saison pour quitter le club sur une meilleure note.

On a commencé la saison, sur huit matchs j’ai dû en faire cinq (NDLR : Patrice ne compte pas les matchs où il n’a pas été titulaire. Il a bien joué tous les matchs entrainés par Alain Giresse, huit comme titulaire, un comme remplaçant), les résultats n’ont malheureusement pas suivi. On n’a pas laissé le temps à Alain de mettre en place l’équipe – les ambitions du club étaient de gagner le titre – et il a été débarqué après la huitième journée, après une défaite au Parc face à Lens.

J’ai eu quelques échos internes. Alain Giresse et son staff semblaient convaincus qu’avec cet effectif, et vu le contexte, accrocher l’Europe serait déjà un excellent résultat…
Je n’en n’ai pas eu connaissance. Pour moi, jouer au PSG, c’est viser le titre, rien d’autre. Manifestement, les attentes de la direction étaient également de cet ordre.

Dans ce club, l’entourage n’a-t-il pas une influence néfaste, avec d’un côté l’association PSG, de l’autre Canal + ? On a l’impression qu’il y a des luttes d’influences incessantes…
C’est normal que tous les gens investis dans le club aient des solutions à proposer si ça ne fonctionne pas. Tout le monde veut aider et personne n’a les mêmes idées. Lorsque les attentes sont trop fortes et que les résultats ne suivent pas, c’est l’entraîneur qui trinque en premier. Alain Giresse dans le cas présent. Pourtant, je pense que le problème venait de nous, des joueurs, même s’il a forcément sa part de responsabilité. C’est vrai qu’à la fin, avec la pression qu’il peut y avoir dans ce genre de situation, il ne savait plus trop comment s’y prendre dans les entrainements, tactiquement également. Mais ceux qui n’ont pas bien fait le travail, ce sont les joueurs, en ne trouvant pas de solutions collectives sur le terrain.

TdC 1998 - Loko/Ouédec en pointe...

TdC 1998 – Loko/Ouédec en pointe…

Tu regrettes de ne pas avoir été davantage associé à Nicolas Ouedec ?
On n’a jamais joué ensemble !

Oui, justement…
Quand Nico est arrivé à Paris, Giresse comptait nous associer. Nico Ouédec et moi devant, Marco Simone dans une position un peu plus reculée.

Mais Bietry a ensuite recruté Okocha, qui lui est un numéro dix…
Dans une équipe avec Okocha, Simone, Loko, Ouedec, et Adailton, tout le monde ne peut pas jouer en même temps, c’est évident.

On peut néanmoins reparler de la « saine » concurrence au sein d’un groupe, on peut parler de la qualité du banc de touche, c’est aussi le discours d’Artur Jorge…
Je conçois la concurrence comme l’entend Rolland Courbis, on en parlait tout à l’heure. On a bien vu comment Artur Jorge la conçoit, lui. Comment veux-tu qu’un mec se défonce à l’entraînement s’il sait que le samedi il sera, au mieux, sur le banc ? Attendre qu’un joueur se blesse pour prendre sa place ? Très motivant…

Cette saison, à Paris, seul Marco Simone marquait. On disait à ton propos que tu faisais plein de courses inutiles, que tu ne tirais pas au but, que tu ratais le peu d’occasions que tu te procurais…
Je n’ai pas marqué avec Alain Giresse. Je ne cherche pas d’excuse. Mais j’ai eu très peu d’occasions, parce qu’on ne jouait pas assez collectivement, et pas assez offensivement. On ne prenait pas le jeu
à notre compte. J’ai fait ce que je sais faire, c’est à dire courir, faire des appels de balles, créer de fausses pistes pour libérer des espaces. Mes amis me disaient, « C’est bien ce que tu fais, mais ça profite à Marco, pas à toi ». Alors, on me conseillait d’être plus égoïste, de tenter ma chance, de jouer pour moi en fait… Mais ce n’est pas mon style de jeu. J’ai préféré tenter d’apporter quelque chose au collectif au lieu de chercher à faire la différence individuellement. Ce que j’apportais à l’équipe, je le faisais à mon détriment.

Ca ne te faisait pas un peu mal de lire que tu n’étais le buteur dont Paris avait besoin, que tu manquais de réalisme…
J’ai lu ce que rapportait la presse, sur mes courses prétendument inutiles par exemple. Sans commentaire. Certains ont pu se dire « il ne marque pas, on peut donc le changer ». C’est évident que lire des articles que l’on estime injustes est très déplaisant. À Paris, un attaquant doit marquer. Je ne marquais plus. Personne n’a trop cherché à comprendre pourquoi et il fallait bien que quelqu’un trinque. D’ailleurs, avec Artur Jorge, j’étais tout le temps sur le banc et j’ai dû entrer en jeu une seule fois, pour jouer dix minutes en fin de match contre Montpellier.

Lors d’une interview à Europe 1, alors qu’il y avait des rumeurs de transfert te concernant, j’ai posé cette question au standard : « Que comptez-vous faire avec Patrice Loko ?« . Il a répondu « il s’entraîne bien, on va essayer de faire quelque chose avec lui… »
Oui, j’avais écouté… Artur Jorge ne me parlait pas, ou alors simplement pour me dire « c’est bien Patrice, continue, c’est bien », en me tapotant l’épaule…

Quand il demande des joueurs « forts dans leur tête » à Paris ?…
Ce sont des conneries ça !

PSG 1998/1999

PSG 1998/1999

Oui, on le sait ça, mais quel est ton avis ?
Fort dans la tête, ça veut dire faire abstraction de ce qu’il y a autour du terrain et notamment ce qui est écrit dans la presse. Et puis à Paris, on sait que toutes les équipes vont être sur-motivées à l’idée de battre le club de la capitale. Une fois que le problème est posé, ce n’est pas bien sorcier, on se retrouve sur les mêmes terrains que les autres. Pour Artur Jorge, tout est simple : c’est un bon entraineur, et si l’équipe ne tourne pas, c’est que les joueurs sont mauvais ou pas « forts dans leurs têtes ».

Quand il est arrivé, tu pensais partir ou avoir ta chance ?
Je ne vais pas dire que j’étais heureux d’être sur le banc, mais l’équipe a changé d’entraîneur pour améliorer des résultats jusqu’ici décevants. Artur arrivait et devait faire des essais. Je l’ai parfaitement accepté sans faire d’esclandre.

Alors, ton transfert à Lorient maintenant, comment ça s’est décidé ?
Je suis allé voir Artur Jorge pour lui demander ce qu’il comptait faire de moi. Il m’a répondu « Ne t’en fait pas, tu es bon, je vais t’utiliser. Dans une semaine ou un mois, je ne sais pas. Si je te dis que tu joues samedi et que tu ne joues pas, tu vas être déçu… » Il ne pouvait pas prendre le risque de déclarer qu’il ne voulait plus de moi. Il préférait me pousser à demander un transfert, ce que j’ai fait. Vis à vis des médias, c’est moins compliqué aujourd’hui pour lui de dire « c’est lui qui a demandé à partir » si on lui fait remarquer que je marque à nouveau.

L’année où Weah brillait en Champion’s League avec le PSG de Fernandez, un journaliste avait demandé à Artur Jorge pourquoi il ne lui faisait plus confiance les derniers temps lorsqu’il entraînait encore le club parisien. Sa réponse fut : « Il ne travaillait pas assez à l’entraînement »…
Artur Jorge a réponse à tout.

Comment vois-tu la suite de la carrière parisienne d’Okocha, avec Artur Jorge aux commandes ?
Jay-Jay est un super gars, doté d’un très bon état d’esprit. Et c’est surtout un super joueur. Mais il n’y a pas de fond de jeu au Paris-Saint-Germain actuellement. Dans un cas comme ça, chacun joue sa partition dans son coin, comme il pense être le mieux… S’il n’y a pas de ligne directrice, ça ne peut pas marcher. Jay-Jay est meneur de jeu, mais s’il n’y a pas d’appel de balle, il va forcément tenter de faire la différence seul, car il est techniquement au dessus de la moyenne.
Maintenant ça peut repartir rapidement, mais je ne les vois pas rattraper la saison maintenant. C’est à dire être au moins Européen.

Tu es en fin de contrat avec le PSG à la fin de la saison. Lorsque tu reviendras de prêt, si un nouvel entraineur débarque à Paris et te propose de resigner ?
Ça dépendra aussi des propositions que j’aurai à côté, mais oui, pourquoi pas ? Quand j’ai joué dans ce club, j’étais bien. Toujours.

Est-ce que Paris restera pour toi une expérience inachevée ?
J’ai eu les problèmes que l’on sait, qui m’ont tenu éloigné des terrains par deux fois et pendant un certain temps. Mais lorsque j’ai joué, j’ai bien joué. J’aurais évidemment préféré partir de Paris dans d’autres circonstances et aller dans un bon club étranger. Ça aurait été l’idéal. Mais ça ne s’est pas déroulé comme ça.

TRANSFERT À LORIENT

Lorient, hiver 1999/2000

Lorient, hiver 1999/2000

Lorient, c’est « reculer pour mieux sauter » ? Ou est-ce un « pis-aller » ?
Non, non. Moi j’ai signé un contrat de sept mois avec Lorient. C’est clair avec les dirigeants. Je viens pour aider Lorient à rester en première division, et pour rebondir aussi. Faire une bonne fin de saison avec Lorient. Et retrouver un autre club au mois de juin.

Ta motivation est-elle aussi forte que pour les autres joueurs, sachant que tu sais que tu ne seras plus là à la fin de la saison ?
Je pense que oui. Je suis venu ici pour « rebondir », et ce n’est pas en étant mauvais que je vais y arriver. Si Lorient marche bien, je marcherai bien, parce que je suis un attaquant. Je suis là pour marquer des buts, en faire marquer, faire gagner Lorient. Mon objectif personnel est quand même de retrouver un bon club à la fin de la saison, donc de bien jouer.

Malgré la bonne réputation de cette équipe quant à son style de jeu, tu ne t’es pas dit que tu prenais un risque de venir dans un club qui lutte pour le maintien ?
Il fallait que je joue. A Paris, ce n’était plus possible. De toutes les équipes qui s’intéressaient à moi (elles étaient toutes en seconde partie de classement), c’était celle qui pratiquait le meilleur football à mon sens. Je pensais que c’est là que je m’adapterai le mieux. Et le challenge m’intéressait, parce que quand je suis arrivé, l’équipe était dernière.

C’est tout de même une équipe de bas de tableau. Vous venez d’encaisser cinq buts à Auxerre. Si les défaites s’accumulent, comment cela va-t-il se passer pour toi et pour l’équipe ?
On n’a certainement pas la meilleure équipe du monde, mais on a un vrai bon fond de jeu, et même si en ce moment on peine un peu, je suis sûr que cela va repartir. Je suis persuadé que l’on va se maintenir. J’en suis persuadé.

Comment se comportent tes coéquipiers à ton égard ? Tu arrives dans un club modeste, avec un statut d’international, venant du PSG, avec un salaire sans communes mesures avec le leur…Y a t-il un sentiment de jalousie latent, de défiance à ton égard ?
J’ai été vraiment bien accueilli ici, autant par les dirigeants que par les joueurs et les supporters. Je me suis fait remarquer d’une bien mauvaise façon avec tous les problèmes que j’ai eu à Paris, et j’ai été médiatisé pour ça, alors que c’est très éloigné de ma personnalité. Ça s’est passé, et je ne peux pas revenir dessus. C’est vrai aussi que j’arrive d’un des plus gros clubs français, que je suis international, mais les gens ici ont bien vu que je suis quelqu’un de normal, que j’ai un caractère tranquille et réservé. Et surtout que je fais ce qu’il faut sur le terrain.

Ça ne fait pas bizarre, venant de Paris, de s’entraîner sur un petit stade près de la mer, de faire des séances de musculations dans des algécos ?
Non, je savais pertinemment en arrivant ici que les conditions et les structures seraient très différentes de celles du PSG. Le club s’est retrouvé en D1, alors que les infrastructures, elles, ont du retard. Chacun, du bénévole au joueur, se donne à fond et j’apporte ma contribution. Quand j’ai signé, le club était dernier, donc c’était vraiment en toute connaissance de cause.

PPDF

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