LE PARIS SAINT-GERMAIN

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PSG / Nantes 1995/1996

Parlons de Paris maintenant. Tu étais donc supporter du PSG depuis tout jeune…
Absolument. Mes parents habitaient à côté d’Orléans. Un de leurs amis, abonné au Parc, m’emmenait régulièrement avec lui lorsque j’étais gamin. Le PSG, c’était mon équipe. J’attendais les joueurs à la sortie, je leur demandais des autographes… Jamais je n’aurais imaginé fouler la pelouse du Parc, c’était un rêve inaccessible ! Alors quand j’ai su que Paris s’intéressait à moi, il n’y avait plus d’autre club qui comptait.

Tu avais été contacté par des clubs étrangers ?
Quelques un, mais pas des clubs véritablement de haut de tableau. Quoiqu’il en soit, je ne voulais pas griller les étapes et je ne me voyais pas passer directement de Nantes à un club étranger, à cause de la barrière de la langue, de la concurrence plus importante. Je voulais franchir un pallier dans un grand club français, et Paris était pour moi une étape obligatoire.

Quand tu es arrivé au P.S.G., Luis Fernandez t’a-t-il demandé de changer quelque chose à ton jeu ?
Non. L’entraîneur a pris les joueurs avec les qualités de chacun, il connaissait les miennes et voulait que je fasse la même chose qu’à Nantes. Mais avec des joueurs différents. Donc pour un résultat diffèrent. À Paris, s’il y avait Rai, Youri et Dely-Valdès, il n’y avait pas d’équivalent à Reynald Pedros sur le flanc gauche. C’est lui qui donnait quasiment tous les ballons à Nantes. J’en reviens à ce dont nous parlions tout à l’heure, à savoir la difficulté de retrouver le même genre d’automatismes en arrivant dans une autre équipe. A Nantes, je faisais beaucoup d’appel, à droite, à gauche. J’ai rapidement vu, à Paris, que je devais faire évoluer mon jeu car on me demandait d’être plus axial. Il fallait donc changer mes courses, frapper un peu plus au but, dribbler davantage, être un peu plus égoïste – on me l’a régulièrement répété – jouer un peu plus direct. Et je crois avoir parfaitement réussi à m’adapter à Paris, aussi bien avec Luis qu’avec Ricardo, même si ce dernier ne m’a pas fait jouer lors de sa dernière saison.

But de "Panagoal" - St-Etienne 12/1995

But de « Panagoal » – St-Etienne 12/1995

Comment vois-tu, rétrospectivement, ton association avortée avec Julio César Dely-Valdès ?
Nous n’avons pas assez été aligné ensemble. Je pense qu’on aurait pu être un peu plus patient avec
lui pour le mettre en confiance quand il a eu une baisse de régime. Autant on a été indulgent avec Florian Maurice quand il n’était pas bon, autant les critiques ont été très dures envers Dely. Mais c’était un très bon joueur. Il avait mis treize buts lors de ses quatre premiers mois à Paris, ce qui était exceptionnel, et c’est vrai qu’il a plongé après la trêve hivernale.

On présente souvent Paris comme un club inhumain pensant avec son porte-monnaie… Comment le club a-t-il été avec toi quand tu as eu tes ennuis personnels ?
J’ai eu les problèmes que tout le monde connaît, et qui ont duré un moment. Ils auraient pu me laisser tomber, et attendre que je revienne. Après tout, ils m’avaient acheté… Cela n’a pas été le cas. On est toujours venu me voir lorsque j’étais en clinique. Ma femme et moi avons toujours été soutenus, tout le monde prenait des nouvelles. Tout a été fait pour que je revienne dans les meilleures conditions, ils n’ont jamais montré d’impatience.

N’ont-il pas essayé de te faire revenir trop vite au départ ? Je me souviens d’un petit article dans France Football intitulé « le spectacle continue ».
Non, au contraire. A ce moment là, j’étais bien revenu, mais j’ai rechuté. Cela venait de moi et de mon traitement. Ce n’est pas que j’étais mal soigné, simplement pas assez. Je suis retourné un peu en clinique, c’était beaucoup mieux ensuite.

Pat et la C2 - 8/05/1996

Pat et la C2 – 8/05/1996

Comment ont été vécues les différentes crises dans le groupe ? L’écroulement en 1996 par exemple…
On a gagné la Coupe de Coupes cette année là quand même ! (Petit sourire satisfait)

D’accord, mais l’équipe écrase tout jusqu’à la trêve, met 5/0 au champion sortant, a 10 points d’avance sur le deuxième. Et vous revenez, incapables de faire la loi au Parc, Montpellier vous met trois buts en dix minutes, Lille et Metz vous battent, Martigues, dernier, vient faire match nul alors que vous pouviez reprendre la tête et la garder…
Oui, c’est vrai. Je retiens principalement la Coupe de Coupes. Maintenant, il faut que je me remette dans le contexte (il réfléchit)… Inconsciemment, on a certainement pensé qu’on serait champion avec l’effectif que nous avions. Nous étions au dessus du lot, l’équipe jouait très bien… Je suppose que nous nous sommes relâchés mentalement après la trêve, et nous n’avons pas pris nos contre- performances au sérieux.

LE CONTEXTE PARISIEN ET LES AFFAIRES

Quelles étaient les relations avec la presse au PSG ?
(Il coupe presque) Pas bonnes du tout. C’était excessif dans les deux sens. Un bon résultat et nous étions portés aux nues ; un match nul et tout était à jeter. Alors une défaite (rires)… Il y a eu des critiques très dures et particulièrement injustes avec certains joueurs. À la longue, cela influe fatalement sur les performances.

Et le discours des supporters quand une équipe ne marche pas, du genre « on veut des joueurs qui aient le respect du club, qui mouillent le maillot, pas des starlettes payées de millions qui ne courent pas ! » ?
Ce n’est pas le salaire qui fait courir un joueur plus ou moins rapidement, mais je comprends que les supporters aient envie de voir leur équipe bien jouer et gagner.

Mais quand ton club est ridiculisé à domicile par la Juventus de Turin, et qu’après ça la boutique des supporters est incendiée, les joueurs pris à partie ?
Ce jour-là, on a basculé dans l’irrationnel. On en avait pris combien, cinq ?

6/1 ! Tu ne peux pas avoir oublié !
On n’a pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. On revenait de stage à la Réunion pour se préparer, on arrive en plein hiver sur un terrain gelé, face à une équipe qui n’avait pas du tout envie de plaisanter (pensif). Je ne sais pas s’il m’était déjà arrivé de me prendre six buts au cours de ma carrière… Ils étaient toujours plus vite, plus forts que nous… Chaque action amenait presque un but… Il me semble qu’on n’avait pas pris un mauvais départ, mais on a pris un but « casquette », je crois et
après ça… Prendre six buts en coupe d’Europe, c’est impardonnable. Surtout avec l’équipe que l’on avait.

Et les débordements ? La violence, l’incendie de la boutique ?
Les supporters à Paris sont ainsi. Ils vont nous supporter très bien et très fort, mais quand ça va moins, ils ne vont pas forcément laisser le temps à l’équipe de se remettre dans le « droit chemin »… Certains vont employer des moyens qui vont à l’encontre des joueurs, pour leur faire peur : s‘en prendre à leurs voitures, les menacer physiquement. Un peu comme à Marseille.

Que penses-tu de « l’affaire Anelka », à la même époque que le match contre la Juve, avec en creux l’idée que Paris ne laisse pas leur chance aux jeunes de son centre de formation ?
À l’époque, j’ai trouvé son comportement un peu étrange et j’estimais qu’il brûlait les étapes. Au même âge, j’attendais mon tour. Lui a voulu aller plus vite et être titulaire tout de suite. On ne passe pas, à dix-sept ans, du centre de formation à un statut de titulaire dans une équipe européenne en deux mois ! Finalement, il a bien fait puisque ça c’est bien passé pour lui par la suite. Mais il faut remarquer qu’il a très peu joué avec Arsenal au départ, c’est venu par la suite.
Concernant les joueurs du centre de formation, dans le groupe pro parisien, il y a Fabrice Kelban, Didier Domi – qui vient de partir en Angleterre – Gregory Paisley, Pierre Ducroq, Jérôme Leroy… Il y a cinq jeunes issus du centre de formation dans le groupe cette année, moins Domi. On fera toujours venir de grands joueurs de l’extérieur au Paris Saint-Germain car il y a une exigence de résultats immédiats, et ça sera toujours plus dur pour les jeunes. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas. S’il y a de bons jeunes joueurs, ils joueront. Pour en revenir à Nicolas, il faisait partie d’un groupe de joueurs très prometteurs qui auraient pu percer à Paris. Avec ses qualités, il se serait obligatoirement imposé comme titulaire, c’est évident.

Patrice, félicité par "Capitaine" Rai (Photo : Ch Gavelle - PSG)

Patrice et « Capitaine » Rai – 1997

Y a t-il eu un joueur avec lequel tu t’es particulièrement bien entendu sur le terrain, au PSG ?
Il n’y a pas eu de joueurs avec lesquels j’avais les mêmes automatismes qu’avec Nico ou Reynald. Mais je me sentais bien dans cette équipe, avec Youri, Vincent Guérin, Paul Le Guen, Raï et Leonardo… C’était un bloc très solide, une équipe très exigeante, avec laquelle on a fait de grandes choses.

Comment était l’ambiance au PSG, au sein du groupe ? On a parfois l’impression, vu de l’extérieur, que c’est une grosse machine, un peu froide…
(Il coupe) Vu de l’extérieur, peut-être, mais ce n’était pas du tout le cas.

Je voulais étayer ma question avec l’anecdote concernant votre match en coupe de France contre Clermont-Ferrand. On a présenté, TF1 en tête, les joueurs de Paris comme des stars imbues d’elle-même, refusant d’aller signer des autographes à la France du football, hormis peut-être des « grands professionnels  » comme Rai ou Lama…
Ce sont des journalistes de Clermont-Ferrand qui ont monté cette affaire en épingle. Les gens de l’Equipe, de TF1 l’ont repris. C’est bien de le dire, ça passe bien à la télé… Les grands clubs doivent montrer l’exemple, se mettre à la portée des petites équipes, très bien. Les Clermontois imaginaient peut-être qu’on passerait une heure et demie à signer des autographes et à nous faire prendre des photos ! Mais nous avons préparé ce match exactement comme on le fait habituellement et nous n’étions pas à leur disposition ! C’est pour ça que notre bus s’est garé devant les vestiaires et pas dehors pour rencontrer les supporters clermontois. Nos dirigeants nous ont autorisés à signer quelques autographes, pas à parader, et une fois fait, c’était préparation et concentration.

Et l’argument qui vous a été opposé : « vous faites un métier public, c’est grâce aux supporters que vous êtes payés grassement » ?
Notre métier ce n’est pas de signer des autographes ! Si les gens viennent à l’entraînement, les joueurs signent autant d’autographes qu’ils veulent ! Le jour du match, c’est autre chose.

De quoi te souviens-tu au sujet de la rencontre en elle-même ?
(Pensif) Le match c’est autre chose… C’est bien, bravo à eux… Je me souviens être sorti avec Benoit Cauet, on menait 3/0 ? 3/1 ?

4/1. Tu venais d’inscrire le quatrième…
Peut-être, oui. Donc, on est sortis en se disant que le match était plié. On est allé prendre notre douche, et on entendait le public qui poussait, qui poussait. On se demandait ce qui se passait et

quand les autres sont rentrés aux vestiaires : prolongations ! Finalement, on s’est fait sortir aux tirs aux buts…

But pour le P.S.G. - 1996/1997 (photo : Christian Gavelle - PSG)

96/97 : la meilleure saison parisienne de Pat’

Peux-tu nous raconter maintenant comment s’est passé ton intersaison 97/98 ? Est-ce que tu pensais être associé avec Maurice ? Comment as-tu vécu l’arrivée de Simone ?
Je venais de faire une grosse saison avec le club, qui avait recruté deux attaquants pour près de quatre-vingt millions de francs. Aucun entraîneur ne m’a dit comment l’équipe allait évoluer dorénavant, dans quelles dispositions tactiques… J’ai vite compris que si Paris avait recruté ces deux joueurs-là, c’était pour les faire jouer, et moi je n’avais plus ma place comme titulaire. J’avais de bonnes propositions à ce moment-là, j’ai donc demandé à partir. Je voulais jouer, et de préférence à Paris. Mais à vingt-sept ans, international, je ne me voyais pas remplaçant au P.S.G.

Tu ne t’es pas dit : « La saison va être longue, on va jouer la champion’s league » ? On sait que dans le football moderne, les gros clubs doivent être capables d’aligner deux équipes avec leur effectif…
Je ne vois pas les choses comme ça. Un entraîneur fait jouer les meilleurs, il ne fait pas tourner. Quand tu es bon, tu joues, quand tu n’es pas bon, tu sors. Si tu dois attendre cinq mois que le mec soit un peu fatigué, ça ne m’intéresse pas. Ça n’intéresse personne !

En ce moment, chacun loue le turnover instauré par Courbis… Son argument est « Quand je vois Michael Jordan encourager ses équipiers depuis le banc de touche, c’est que ça ne doit pas être difficile de faire cohabiter Ravanelli, Pirès, Dugarry et Maurice…« 
C’est vrai. Il fait tourner, ça marche. Mais c’est l’exception. Les mecs sur le terrain sont toujours bons, ils sont certains de jouer tous les deux trois matchs… Mais dans la majorité des clubs, le discours est toujours « ne t’en fait pas, il me faut du monde pour jouer, la saison est longue ». Mais au final, tu retrouves toujours les mêmes titulaires, même s’il y a quelques changements à la marge.

La suite t’a donné raison…
Évidemment, je sentais vraiment le coup venir.

Faisons un peu de fiction : A la fin de la saison, Courbis t’appelle, te dit que Dugarry ou Ravanelli s’en va, et qu’il te veut dans l’effectif. Est-ce que tu y vas ?
Avec ce que Courbis préconise, on peut plus facilement aller à Marseille que dans un autre club.

Donc, sous cette condition, tu es prêt à aller dans une équipe qui a un effectif pléthorique ?
Oui. Mais de toute façon, à l’étranger, c’est comme ça. Les joueurs jouent. Quand l’un connaît une baisse de forme, il sort et un autre prend sa place, c’est pour ça que les effectifs sont conséquents. En France c’est différent. On a des effectifs plus réduits, on ne sort pas facilement un joueur que l’on a payé cher. La concurrence me semble moins saine.

Avec la Coupe de la Ligue 98

Avec la Coupe de la Ligue 98

Penses-tu que la concurrence a été saine, notamment avec Florian Maurice ? Pourquoi n’as-tu pas joué davantage ?
La concurrence était faussée. J’aime bien Flo, c’est un mec bien. Mais à part au début de la saison, son année à Paris n’a pas été bonne. Je suis bien revenu à l’automne et je n’ai pas eu ma chance avant le mois d’avril. Des gens du club m’ont clairement dit « Tu ne joues pas parce qu’il faudra vendre Flo, et pour le vendre, il faut qu’il joue, qu’il soit sur le terrain« . Je ne sais pas pour combien il est parti..

Un petit peu moins que ce qu’il a été acheté, à en croire la presse sportive…
Je vais caricaturer à grands traits, mais s’il ne joue pas, on le vend quinze millions de francs, s’il joue, on va le vendre trente. Le calcul était vite fait : on allait me vendre moins cher que lui. Il valait donc mieux le mettre dans de bonnes conditions. À mon détriment.

Tu veux dire qu’un grand club de football privilégie davantage l’aspect financier que sportif, en pleine saison ? Persister à faire jouer un joueur qui a un faible rendement dans le but principal de ne pas déprécier sa valeur ?
La preuve… Mais après tout, peut-être que Ricardo et Bats (les entraîneurs parisiens) ont pensé que Flo était meilleur que moi à l’entraînement et méritait davantage sa place que moi ?

Es-tu amer vis-à-vis de quelqu’un à Paris ? Ricardo, par exemple, qui a pourtant tenu des propos élogieux sur toi après ton match en finale de la Coupe de la Ligue ?
Bien sûr que je suis amer envers Ricardo. C’est bien qu’il ait reconnu ma bonne performance, mais c’est lui qui voyait ce que je faisais à l’entraînement, lui qui ne m’a pas donné ma chance quand un autre joueur enchaînait les matchs moyens. Aujourd’hui, il est dans un autre club et moi j’ai perdu six mois très importants. Mais, je suis passé à autre chose depuis, fort heureusement.

PPDF

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