UN NOUVEL ÉTÉ INDÉCIS

À nouveau libre de tout contrat, Patrice espère donc ne pas revivre une longue période d’indécision quant à son avenir et celui de sa famille. En effet, son futur club n’aura pas d’indemnités de transfert à régler.
Troyes, Sedan et Lille souhaitent l’enrôler pour renforcer significativement leur ligne d’attaque. Ces trois clubs présentent plusieurs points communs. En passe d’être européens (par le tour préliminaire de la ligue des champions pour les Lillois et via l’intertoto pour les deux autres), leurs budgets respectifs en dépendent. D’autre part, ils attendent tous certains départs dans leurs effectifs pour pouvoir recruter.
À cause évidemment de leur éventuelle participation à la Ligue des Champions, Les « dogues » sont la priorité d’un Patrice Loko habitué au très haut niveau que représentent les joutes européennes. L’exigeant entraîneur lillois, Vahid Halilodzic, souhaite la venue d’un joueur expérimenté, cadrant parfaitement avec l’état d’esprit « commando » qu’il insuffle à ses équipes. Mais il semble que certains cadres de l’effectif nordiste aient craint en interne que la venue de l’ancien international ne bouscule l’équilibre du vestiaire… Le LOSC recrutera finalement l’attaquant danois Mikkel Beck[xviii].
Patrice est également approché par un club saoudien, qui lui propose une pige de six mois financièrement très intéressante, et par les écossais d’Aberdeen. Les supporters des « Dons » s’enflamment pour l’ancien des J3 d’Amilly et inondent son site internet de messages de sympathie réclamant sa venue. Patrice, qui souhaite se stabiliser après deux années difficiles, ne s’entend pas avec les dirigeants écossais. Ces derniers ne lui proposent qu’une seule année de contrat, lui table sur deux.
Hésitant entre Sedan et Troyes, c’est conjointement la présence de Frédéric Danjou, qui dispose du même agent que lui, et surtout la réputation d’excellence et d’exigence de l’entraîneur Alain Perrin, qui vont faire pencher la balance en faveur du club aubois. Malgré une ultime relance sedanaise, Patrice Loko rejoint un ESTAC tout juste admis en coupe de l’UEFA, dans les derniers instants du mercato d’été 2001.

LE SOLEIL SE LÈVE À L’EST

L'ESTAC - 2001/2002

L’ESTAC – 2001/2002

Véritable meneur d’hommes, Alain Perrin a fait passer le club de National 2[xix] à la première division en six saisons seulement. Le système offensif qu’il met en place convient immédiatement au joueur formé à Nantes. Auteur d’un doublé d’entrée contre le (modeste) club de Ruzumberok en UEFA, l’intégration de Loko aux côtés de Samuel Boutal, Jérôme Rothen et autre Raifik Saïfi est immédiate. Il se rappelle aux bons souvenirs d’une France du football qui l’avait peut-être un peu vite oublié. La présence de l’ancien international, évoluant à niveau auquel on ne l’attendait plus, braque les projecteurs médiatiques sur la région champenoise lors d’un automne où il est irrésistible. L’Équipe fait sa Une du samedi avec « l’épatant » troyen Loko, France 3 se fend d’un sujet et Stade 2 diffuse un long reportage à sa gloire.
C’est lui qui donne à l’ ESTAC l’espoir d’une qualification en coupe de l’UEFA, en signant un magistral doublé contre Leeds United à Ellan Road, la pelouse mythique des années Don Revie. Troyes s’incline finalement 4 buts à 2, mais peut rêver d’un renversement de situation au match retour… qui n’arrivera finalement pas. En battant 3 à 2 les anglais, l’ESTAC sort cependant avec les honneurs. Patrice a la qualification au bout du pied, mais un faux rebond lui fait expédier la balle de match au dessus de la transversale.
Les hommes d’Alain Perrin donnent la leçon aux « Girondins » en terre bordelaise et signent une victoire probante (3 à 2), emmenés par un Patrice transcendant qui inscrit un but d’anthologie face à Ulrich Ramé.
L’ESTAC perd une pièce maîtresse au mercato d’hiver en la personne de Jérôme Rothen transféré à l’A.S. Monaco. Mais il va confirmer son excellent parcours en terminant à nouveau septième et se qualifie pour la coupe Intertoto. Les dernières semaines sont en revanche un peu confuses. Alain Perrin entretient le flou sur son avenir et certains joueurs, dont Patrice, attendent en vain une prolongation de contrat. Au terme de la saison, et après neuf années à la tête de l’équipe première, le coach champenois décide de relever le challenge marseillais et quitte les bords de l’Aube. Jacky Bonnevay, récemment élu par ses pairs « meilleur entraineur de D2 » avec Beauvais, le remplace. Patrice quitte le club et accepte très rapidement de revenir au F.C. Lorient, trois ans après son départ.

RETOUR CHEZ LES MERLUS…

Pat échappe au Caennais Dumas

Pat échappe au Caennais Dumas

Les « merlus » connaissent une situation assez paradoxale : s’ils n’ont pu éviter la relégation au cours d’une saison mouvementée[xx], ils ont brillamment remporté la Coupe de France grâce à leur entraineur récidiviste Yvon Pouliquen[xxi], et sont qualifiés de fait en coupe de l’UEFA.
Patrice, dont l’épouse est originaire de la région, y dispose d’une résidence, et c’est avec plaisir qu’il accepte de revenir… « Parce que c’est le F.C. Lorient », tout simplement.

L’objectif fixé à Yvon Pouliquen est simple : la remontée immédiate en Ligue 1 (nouvelle appellation de la D1 depuis cette saison). L’effectif est, pour l’antichambre de l’élite, assez impressionnant. Outre l’ancien international, on note la présence du brésilien Luis Robson, de l’excellent Pascal Bedrossian, des virevoltants Guel et Esceth-N’Zi[xxii]  et du solide défenseur Richard Martini…
Le jeu rigoureux et défensif pratiqué par les hommes de Pouliquen présente assez peu de points communs avec celui pratiqué « historiquement » au Moustoir, mais il semble taillé pour les âpres joutes de la deuxième division. De fait, avec 29 buts encaissés, les Merlus vont achever la saison seconde meilleure défense du championnat, mais à la plus mauvaise des places : la quatrième. Côté européen, ils sont éliminés dès le premier tour par les turcs du Denizlisport[xxiii]. Patrice, de son côté, s’affirme comme un homme de base du collectif morbihannais. Il réalise une saison solide, disputant l’intégralité du championnat et inscrivant onze réalisations. Exit les espoirs de remontée, exit aussi l’entraîneur finistérien. Retour de Christian Gourcuff, qui rentre d’une expérience d’une année au Qatar après l’échec de son aventure rennaise.

[xviii] Il disputera avec Lille trente trois matchs en une saison et demie pour cinq buts inscrits.
[xix] L’équivalent de la quatrième division.
[xx] L’emblématique Christian Gourcuff, parti relevé le défi rennais, est remplacé par l’argentin Angel Marcos. Les résultats s’avérant catastrophique, celui-ci est très rapidement évincé au profit d’Yvon Pouliquen, qui, s’il ne peut éviter la relégation, conduit les Merlus à la victoire en coupe de France.
[xxi] Il a auparavant remporté le trophée en 2001 avec le R.C. Strasbourg. L’année de la victoire en coupe de France avec Lorient, le club breton accède également à la finale de la Coupe de la Ligue.
[xxii]
Nicolas Esceth N’Zi, natif d’Amboise dans la région Centre, a eu comme entraîneur Jean-François Laurent en équipe de jeunes à l’U.S. Orléans. Il est, avec Didier Martel, le footballeur le plus doué techniquement dont le formateur a eu à s’occuper.
[xxiii] 3/3 sur l’ensemble des deux rencontres, les turcs ayant inscrit un but au Moustoir

PPDF

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