REFORMATION VIRTUELLE DU « TRIO MAGIQUE »

Avec Reynald Pedros et Nicolas Ouédec à Montpellier, été 1999 (Photo : D.R.)

Avec Pedros et Ouedec, Montpellier juillet 1999

Très déçu, libre de tout contrat, Patrice s’apprête à quitter le Morbihan. Stuttgart en Bundesliga allemande, Sheffield Wednesday en Premier League anglaise, Twente et Arnhem en Euridivie hollandaise, Cagliari en Serie A italienne et plusieurs écuries de première division françaises le suivent… L’étranger – et notamment l’Angleterre – est au départ sa priorité. Mais un événement à priori anodin va modifier la donne : Johan, le fils du couple Loko, tombe malade. Très attachés au système de santé français, les époux Loko reconsidèrent leur exil. L’intérêt des enfants prime[xiv] sur les choix de carrière de leur footballeur de père. La décision de rester dans l’hexagone est donc rapidement prise.
Patrice jouit encore d’une belle cote auprès des connaisseurs du ballon rond, surtout après ses six mois Lorientais. Plusieurs équipes de haut de tableau le suivent. Malheureusement, ses ennuis personnels passés conduisent certaines personnes pas toujours très bien intentionnées à mettre en doute sa fiabilité, et les clubs les plus huppés restent en retrait. Qu’à cela ne tienne, ils reviendront à la charge dans quelques mois. Restent le S.C. Bastia et le Montpellier H.S.C., dont il est la priorité absolue du recrutement voulu par l’entraîneur maison Jean-Louis Gasset.
La présence de Nicolas Ouédec, arrivé du P.S.G. six mois plus tôt, et le recrutement de Reynald Pedros, vont rapidement faire pencher la balance en faveur du club héraultais, dans lequel Patrice signe au début de l’été.

Fête chez Louis Nicollin au Mas St Gabriel - sept. 1999

Fête chez Louis Nicollin – sept. 1999

Le trio magique du F.C. Nantes est reconstitué… mais sur le papier seulement. « Reynaldinho » Pedros, le magicien gaucher, arrivé sérieusement blessé à la cuisse, va manquer les six premiers mois de la saison. Celle-ci débute très tôt du fait de la participation du club à la Coupe Intertoto, qu’il va remporter et qui va lui permettre de disputer la Coupe de l’UEFA.
Les premiers matchs confirment la bonne disposition de l’effectif et l’entente entre Patrice et Nicolas Ouédec (victoire à Lyon pour l’ouverture du championnat, succès probant face à l’OM à la Mosson…). Mais la préparation physique estivale tronquée et l’enchaînement précoce des matchs de haut niveau font plonger l’équipe physiquement à la fin de l’été. Le MHSC ne gagne plus, les courtes défaites succèdent aux matchs nuls. Offensivement, les productions héraultaises sont loin d’être ridicules, mais l’équipe encaisse des buts évitables. Elle n’arrive ni à tenir un résultat, ni à se révolter lorsqu’elle est mise en difficulté. Le talentueux Jean-Louis Gasset, « l’enfant du club »[xv], est remplacé par l’emblématique Michel Mézy après une ultime défaite face au PSG.
Celui-ci récupère un groupe très atteint psychologiquement, et par ailleurs toujours privé de celui qui aurait dû être l’artificier numéro un de l’équipe, Reynald Pedros. Si Patrice et Nicolas n’ont pas eu l’opportunité de réellement exprimer l’étendue de leurs possibilités conjointes, les choix tactiques du nouveau responsable technique ne vont rien faire pour arranger la situation : Ouédec est régulièrement invité à jouer en équipe réserve, Patrice est également écarté à l’occasion d’un match contre l’A.S. Monaco. Mais ces mesures radicales ne provoquent pas le « choc psychologique » escompté, et la vedette du recrutement estival demeure l’argument offensif principal du MHSC. Il se retrouve régulièrement associé au portugais Rui Pataca[xvi], le très remuant milieu de terrain Philippe Delaye complétant judicieusement la doublette.
Malgré le retour progressif de Reynald Pedros au début de l’année 2000, la reformation du « trio magique » qui aura tant fait saliver journalistes et amateurs de football sera morte avant d’avoir vécu. Les trois amis n’auront pas disputé la moindre minute ensemble.
L’équipe est condamnée à la deuxième division à la sortie de l’hiver. Michel Mézy remanie profondément son onze de départ pour préparer la saison suivante. Les « stars » nantaises n’en feront pas partie et Patrice n’évoluera plus qu’à la marge avec l’équipe première lors des dix dernières journées.

UNE INTERSAISON EN POINTILLÉS

Relégué, Montpellier cherche à se débarrasser de certains salaires peu en rapport avec un budget de deuxième division.
L’Olympique Lyonnais, qui souhaite associer Patrice au brésilien Sonny Anderson, s’entend rapidement avec lui dès la fin de saison. Mais le club ne s’accorde pas avec Montpellier sur le prix de la transaction. Les Rhodaniens engagent finalement l’auxerrois Steve Marlet (un autre natif du Loiret).
Sedan et Lille se mettent ensuite sur les rangs, mais les propositions financières ne sont pas non plus en rapport avec les attentes héraultaises.
Peu avant la fin du mercato, Patrice est contacté par le Charlton Athletic, club anglais promu en Premier League anglaise. Il visite leurs installations, dispute un match amical et s’entend avec eux sur un contrat de deux ans. Son rêve d’évoluer en Angleterre et ses stades pleins est très près d’une concrétisation. Las, l’argent reste la pierre d’achoppement de ce transfert entre les « Addicks » et Montpellier.
Patrice reste donc sur les bords de la Méditerranée. Il reprend la saison en s’entraînant la semaine avec le groupe professionnel du MHSC et reste chez lui le week-end, hormis deux petites entrées en jeu début novembre en seconde division.

L’OLYMPIQUE LYONNAIS, QUAND MÊME

Coupe de France 2001 face à l'A.S.S.E. (Photo : Arthur Hagopian - OL)

OL / ASSE – 01/2001

Cette situation ne pouvait pas durer éternellement. Patrice, à nouveau contacté par l’Olympique Lyonnais, rallie les bords du Rhône en janvier 2001 en même temps que le défenseur brésilien Caçapa. Le montant du transfert, les conditions salariales ne sont évidemment pas les mêmes qu’à l’été précédent. Mais c’est surtout son statut dans l’effectif qui diffère désormais. Il n’arrive pas avec le costume d’un titulaire en puissance. L’attaque, désormais menée par le brésilien Sonny Anderson et Steve Marlet, est complétée par le jeune espoir du centre de formation de Tola Vologe, Sydney Govou, qui explose littéralement cette saison. Le recrutement d’un joueur du niveau de Patrice crée une situation de concurrence inhabituelle à Lyon. « Reboostés » par son arrivée, les « tauliers » habituels de l’entraîneur Jacques Santini n’ont pas de raisons objectives d’être sortis du onze de départ. Malgré des entrainements impeccables, des entrées en jeu solides et une titularisation convaincante dans le derby face à l’A.S.S.E. en coupe de France (but de la victoire à la clef), Patrice ne peut prétendre déloger ces trois excellents joueurs,

Vice-champions de France et vainqueurs de la coupe de la Ligue, les Lyonnais entameront la saison suivante un long règne de sept années sur le football hexagonal, auquel Patrice ne s’associera pas : le club lui propose une prolongation de contrat, conditionnée à la (non) signature de Peggy Luyindula[xvii]. À trente et un ans, il sait que ses années au plus haut niveau sont comptées et souhaite en profiter pleinement. Il refuse donc et quitte les bords du Rhône pour se ressourcer dans sa famille sur les bords de la Loire.

[xiv] Johan a alors presque six ans, la petite Vanille trois seulement.
[xv] Son père, Bernard Gasset est l’un des fondateurs du club avec Louis Nicollin. Jean-Louis y a effectué toute sa carrière de joueur et de technicien jusqu’à son éviction.
[xvi] Arrivé en janvier 2000 lors du mercato d’hiver
[xvii] Il est d’ailleurs amusant de constater qu’après Steve Marlet, c’est un autre footballeur très lié au département du Loiret qui contrarie la carrière lyonnaise de Patrice : né à Kinshasa au Zaïre mais d’origine congolaise, Luyindula arrive dans le Loiret à l’âge de deux ans et débute le football à Gien. Il entrera ensuite au centre de formation des Chamois Niortais par l’entremise de Pascal Loko (un ami de son père) et de Jean-François Laurent…

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