CONFIRMATION AU PARIS SAINT-GERMAIN

But face au Celtic - 11/1995

But face au Celtic – 11/1995

Il réintègre progressivement le groupe professionnel à la fin de l’été et fait ses véritables débuts avec le PSG en entrant en jeu au Parc des Princes contre Strasbourg le 22 septembre 1995, acclamé par les virages Boulogne et Auteuil. Son premier but sous ses nouvelles couleurs est inscrit face à Rennes deux semaines plus tard. Mais c’est lors du 8e de finale de la Coupe des Coupes contre le Celtic Glasgow le 2 novembre au Celtic Park qu’il signe définitivement son retour au plus haut niveau : il claque un doublé lors d’un match d’anthologie des parisiens qui s’achève sur le score de 0/3, sous les applaudissements des supporters écossais.
Le retour en forme de Patrice tombe au meilleur moment, puisqu’il participe au dernier match de la campagne qualificative de l’équipe de France pour l’Euro 1996. Son entrée en jeu face à Israël donne du peps à l’attaque tricolore, qui ouvre le score peu après et valide définitivement son billet pour l’Angleterre.

Auxerre double le PSG en tête du championnat dans les ultimes journées. Les Bleu et rouge, leaders la plupart du temps, ont compté jusqu’à treize points d’avance à la trêve. S’ils échouent dans la conquête du titre national, ils remportent néanmoins la Coupe des Coupes face au Rapid de Vienne le 8 mai 1996 à Bruxelles. Patrice a pris une part active dans l’épopée européenne des sangermanois : outre son doublé au Celtic Park, il marque contre Parme en quart de finale retour et oblitère le ticket pour la finale en demie contre La Corogne au Parc des Princes, malgré une cheville endolorie.

But pour le P.S.G. - 1996/1997 (photo : Ch. Gavelle - PSG)

But parisien – 96/97 (photo : C. Gavelle)

La saison suivante débute par un heureux événement : Muriel et Patrice accueillent la petite Vanille au sein de leur foyer en août. Côté sportif, le PSG caracole en tête après un été convaincant. Il faut attendre la neuvième journée pour voir l’équipe encaisser son premier but. Sacrés champion d’automne, les parisiens cèdent le fauteuil de leader (définitivement) dès l’entame des matchs retour.
Pour Patrice, c’est sans doute la saison la plus accomplie en bleu et rouge : il dispute l’intégralité du championnat à la pointe de l’attaque, inscrivant seize buts en championnat[viii], dont un quadruplé implacable au Parc contre l’O.G.C.Nice. En coupe d’Europe, il commet quatre réalisations, dont un triplé en quart de finale sur le terrain de l’AEK Athènes. À l’aller, son équipe, en panne d’inspiration, avait concédé un piteux nul au Parc. Les parisiens atteignent la finale de la Coupe des Coupes pour la deuxième année d’affilée, face au F.C. Barcelone. Ils cèdent sur un penalty du « fenomeno » Ronaldo. Patrice est injustement signalé hors-jeu après avoir éliminé le portier blaugrana Vitor Baia.

À l’issue d’une saison faste d’un point de vue personnel, il dispute alors ses derniers instants avec le maillot tricolore : il entre en jeu lors des vingt dernières minutes de France/Angleterre comptant pour le tournoi de France, revue d’effectif et répétition générale à un an de la Coupe du Monde organisée dans l’hexagone.

DES NUAGES AU DESSUS DU PARC DES PRINCES

L’intersaison 1997 voit le Paris Saint-Germain rebattre les cartes au sein de son attaque. Michel Denisot dégaine le chéquier de Canal +  et recrute l’attaquant du Milan A.C. Marco Simone pour 36 millions de francs. Le buteur lyonnais Florian Maurice signe contre 38 millions, accompagné de son « pourvoyeur officiel de caviars » sur les bords du Rhône, Franck Gava. Personne ne relève à l’époque l’ancienne proximité du nouveau milieu gauche parisien avec Patrice… Ce dernier comprend très vite que ce recrutement onéreux change de fait son statut dans l’équipe et envisage alors un départ. On l’annonce même un temps à l’Olympique de Marseille…
Mais cet été 1997 marque aussi et surtout pour lui un nouvel épisode dépressif, qui sera aussi son dernier. Le problème est détecté à temps, Pat est efficacement pris en charge et soigné comme il se doit.
Pendant son absence, le PSG connaît un début de saison tonitruant. L’équipe pratique un football offensif flamboyant et marque but sur but, au prix parfois de quelques errements défensifs. Elle explose notamment le Steaua Bucarest au Parc 5/0 en barrage de la Ligue des Champions[ix]. Mais à l’automne, lorsque Patrice réintègre le groupe, l’équipe commence à marquer le pas, principalement en Ligue des Champions. Elle est humiliée 5/1 par le Bayern Munich et battue 3/1 à Istanbul. Entre les blessures et la méforme des uns ou des autres, il n’est utilisé qu’avec parcimonie par les entraîneurs Bats et Ricardo. La concurrence au sein de l’attaque parisienne ne semble que de pure forme : le duo Simone/Maurice est systématiquement aligné malgré une entente qui pose question, confirmant de fait les craintes initiales de Patrice. Quant à l’association Gava/Loko, elle ne sera purement et simplement jamais imaginée.

Avec la Coupe de la Ligue 1998

Avec la Coupe de la Ligue 1998

Patrice est pourtant le grand homme de la finale victorieuse de la Coupe de la Ligue le 4 avril 1998 face à Bordeaux[x]. Ce trophée permet à son club de remporter son premier titre de la saison et d’accrocher l’Europe. C’est une bien maigre consolation pour une équipe visant le titre. Mais c’est une consolation tout de même, ajoutant une ligne au palmarès avant une nouvelle Coupe de France glanée quelques semaines plus tard. Le championnat s’achève lui sur une lamentable huitième place après une ultime défaite face au promu Castelroussin.

Pourtant revenu à un excellent niveau, le numéro 11 du Paris Saint-Germain n’a pratiquement pas été utilisé par son entraineur Ricardo au cours de la saison. C’est donc tout naturellement qu’il ne figure pas dans le groupe d’Aimé Jacquet pour la Coupe du Monde 1998. Après celle manquée en 1994, il voit s’envoler pratiquement tous ses espoirs de disputer un jour la reine des compétitions, le rêve de tout footballeur. Ce sera le seul regret de sa carrière.

Avant l’été 1998, après une saison quasi-blanche, Patrice s’attend à quitter un Paris Saint-Germain alors en plein bouleversement. Après sept années de présidence, Michel Denisot est remplacé par Charles Bietry, ancien directeur des sports de la chaine et déjà candidat au poste lors du rachat du club en 1991. « Bye bye » également les cadres historiques des « grandes années Canal » : Paul Le Guen, Alain Roche, Vincent Guérin, Raï…
Bietry enrôle l’entraîneur Alain Giresse, et provoque un « Big Bang » au sein de l’effectif. Breton et grand admirateur du F.C. Nantes version « Coco » Suaudeau, le nouveau président délégué souhaite donner une touche nantaise à son effectif. Il engage Dominique Casagrande, Bruno Carotti et surtout Nicolas Ouédec, qu’Alain Giresse souhaite associer à Patrice. Marco Simone devant soutenir le duo dans une position un peu plus reculée. Telle est l’intention de départ du nouveau technicien parisien.

Photo officielle du PSG 1998/1999

Photo officielle du PSG 1998/1999 (Photo : Ch. Gavelle – PSG)

Les matchs de préparation confirment la relation privilégiée des deux amis. Mais Charles Bietry veut du clinquant pour les spectateurs du Parc et de Canal+. Contre la somme record (à l’époque) de cent millions de francs (quinze millions d’euros), il recrute le meneur nigérian Augustine « Jay-Jay » Okocha, révélation du Mondial et magicien du ballon rond. Celui-ci est présenté en marge du trophée des Champions à Tours fin juillet 1998… Remporté 1/0 par les parisiens face au R.C. Lens, ce sera le seul match officiel où le duo Loko/Ouédec sera titularisé d’entrée. Les stars Simone et Okocha étant des titulaires inamovibles de part leur statut, les anciens nantais vont jouer alternativement aux côtés de l’italien, mais marginalement ensemble.
Le PSG, fortement remanié, balbutie un jeu qui n’a de collectif que le nom. Distancé en championnat, prématurément éliminé lors de son premier tour de la Coupe des Coupes face au Maccabi Haïfa, le début de saison est un chemin de croix pour Alain Giresse. Il est finalement débarqué après seulement huit journées, suite à une défaite malchanceuse au Parc face à Lens.
Charles Bietry, fragilisé en haut lieu par l’échec de ses méthodes peu psychologues, est contraint de rappeler un entraineur qu’il critiquait beaucoup lorsqu’il commentait les matchs pour Canal + : Artur Jorge, champion avec le club de la Capitale quatre ans plus tôt.
Cette arrivée a une conséquence directe pour Patrice. Exceptée douze petites minutes à la fin d’un triste Montpellier/PSG, il ne joue plus. Abonné au banc de touche et comprenant que cet état de fait a peu de chances d’évoluer positivement, il demande son transfert. Il rejoint le promu Lorientais, alors relégable, au mois de Novembre 1998 en qualité de joker.

UNE DEMI-SAISON AVEC LES MERLUS

OL / Lorient – 12/98

Patrice Loko, international français, signant au Football Club de Lorient tout juste promu en première division, voilà qui relève du conte de fées pour les supporters morbihannais. Le club, plus petit budget de première division, découvre le plus haut niveau national. Il a encore le statut associatif et s’appuie sur ses bénévoles. Pourtant, sa réputation sportive est excellente, et elle la doit en partie à un homme : Christian Gourcuff, son entraineur. Ancien professeur de mathématiques, l’homme a des idées bien précises du jeu qu’il veut voir pratiquer par ses joueurs. Idéaliste et jusqu’au-boutiste, adepte d’un football offensif tout en mouvement, il n’a aucune intention de déroger à ses principes pour espérer rester dans l’élite. « Nous nous en sortirons par le Jeu » assène-t-il sans dévier lorsqu’on lui demande s’il croit au maintien de son équipe.
Aussi, l’arrivée de Patrice répond à une logique sportive parfaitement cohérente. Ce dernier a besoin de rejouer pour se relancer après une saison et demie presque blanche, et montrer au monde du football qu’à bientôt 29 ans, il est loin d’être en préretraite. Christian Gourcuff, lui, a besoin d’un attaquant finisseur s’inscrivant dans la logique collective qu’il préconise. Formé et révélé à Nantes, référence française absolue en la matière, doté d’un état d’esprit irréprochable, et financièrement largement abordable vu sa situation, Patrice correspond en tout point au profil recherché.
Aligné d’entrée à la pointe de l’attaque lorientaise, quatre jours seulement après son arrivée en Bretagne et sans repère collectif, il est décisif dès son premier match face à Toulouse[xi]. Un mois plus tard, il retrouve son ancienne équipe au Stade du Moustoir, quelques jours avant Noël. En guise de cadeau à l’entraîneur moustachu du PSG, il oblige Bernard Lama à ramasser par deux fois le ballon au fond de ses filets. Artur Jorge n’affichera jamais le sourire qui manquait tant à son club[xii]. Après cet ultime revers, il rejoindra son ennemi intime Charles Bietry – « démissionné » quelques temps auparavant – dans la charrette des condamnés pendant la trêve hivernale.

La demi-saison lorientaise de Patrice est une réussite totale d’un point de vue personnel. Avec neuf buts inscrits en vingt rencontres et une parfaite adaptation au projet de Christian Gourcuff, il a représenté une indéniable plus-value sportive et humaine. Collectivement en revanche, malgré une qualité de jeu reconnue par tous les observateurs avisés du ballon rond, c’est un échec. Efficace offensivement mais trop friable en défense, l’équipe est reléguée pour une différence d’un but au goal-average[xiii].

[viii] Ce qu’aucun parisien n’a fait depuis Dominique Rocheteau
[ix] Les parisiens ont aligné Laurent Fournier, normalement suspendu, au match aller. S’achevant sur un 3/2 en faveur du Steuea Bucarest, la rencontre est finalement perdue 3/0 sur « tapis vert » par les parisiens, après la sanction de l’UEFA. C’est « l’affaire du fax ».
[x] À peine entré en jeu à un quart d’heure de la fin, et alors que les parisiens sont menés 1/0, il est le seul à suivre l’action consécutive au penalty manqué par le brésilien Raï et offre la balle d’égalisation à Marco Simone d’une talonnade géniale. Lors des prolongations, s’excentrant dans la surface Girondine, il dépose une offrande sur la tête de « Captain Raï » pour le second but parisien. Enfin, alors que l’issue de la rencontre se joue aux tirs aux buts, il est le dernier tireur parisien. Prenant Ulrich Ramé à contre-pied, Patrice Loko donne la victoire et le trophée aux parisiens.
[xi] Comme quelques mois plus tôt au Stade de France, il est le seul à suivre l’action du penalty manqué par Ali Bouaffia et marque l’unique but de la rencontre
[xii] « Il manque un grand sourire au PSG » dira un jour de 1994 Charles Bietry à l’antenne de Canal+, trouvant triste le jeu de l’équipe parisienne, championne cette année-là. Malgré le titre, ayant rempli tous les objectifs assignés par le club en trois saisons, Artur Jorge sera remplacé à la tête de l’équipe parisienne par Luis Fernandez.
[xiii] Le Havre et Lorient ont tous deux 35 points, mais les havrais, malgré une faiblesse offensive criante (seulement 23 buts inscrits contre 33 aux lorientais), ont encaissé 11 Buts de moins que l’équipe de Christian Gourcuff (38 contre 49). Le goal-average est en définitive de -15 pour Le Havre et -16 pour Lorient.

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