Patrice LOKO – juillet 2014

Patrice en 2009 dans les rues de Vannes

Patrice en 2009 à Vannes

Dix ans après l’arrêt de sa carrière de footballeur, nous retrouvons Patrice pour jeter un petit coup d’œil en arrière sur la décennie écoulée… et pour regarder celle qui vient !
Cet entretien s’est déroulé à Vannes le 16 juillet 2014.

Patrice, tu as stoppé ta carrière professionnelle voici donc tout juste dix ans. Comment résumerais-tu cette dernière décennie ?
Ma femme, mes enfants et moi-même sommes venus nous installer ici à Vannes après mon dernier match avec l’A.C. Ajaccio. Nous avions tous envie de nous fixer quelque part après des déménagements incessants.
J’ai passé directement mes diplômes d’entraîneurs en trois ans, d’abord le BE1, qui est le premier niveau dans la profession, le BE2 qui le suit, et enfin le DEF (Diplôme entraîneur de Football), qui me permet d’entraîner un club de National. Pour entraîner en Ligue 2 et Ligue 1, il faut un diplôme de troisième degré sur lequel je n’ai pas commencé à plancher.
Récemment, j’ai travaillé pendant quelques mois avec la Ligue Atlantique de Football pour faire de la détection et de la sélection de jeunes.
En 2008, j’ai crée par ailleurs une société d’événementiel sportif avec mon frère William, « Loko Sport Évènements ». Depuis, je travaille principalement dans les relations publiques.

Peux-tu nous en dire davantage sur la société Loko Sport Événements ?
Nous organisons des déplacements dans des grands stades français et européens pour des sociétés qui souhaitent récompenser leurs clients ou leurs collaborateurs. Nous organisons un cocktails ou un diner autour d’un match, et c’est aussi l’occasion pour ces personnes de discuter avec d’anciens joueurs professionnels.
L’idée vient de William. Il était convenu que je l’aide à lancer la société les deux ou trois premières années. Depuis, j’interviens de temps à autre, mais c’est lui qui fait tourner « la boutique » (rires).

C’est amusant de le retrouver avec ce genre de responsabilité. Messieurs Gaspéroni et Laurent, qui vous ont connu jeunes, opposaient ton caractère très sérieux et assez terre à terre à la personnalité beaucoup plus lunaire de William.
(Rires) Mon frère a fait énormément de progrès de ce point de vue là. Avoir la responsabilité d’une société, à fortiori utilisant notre image, nous force à être extrêmement rigoureux. Nous avons toujours été sur la même longueur d’onde à ce sujet.

Le D.E.F. Spécifique en janvier 2006

Le D.E.F. promo 2006

Concernant plus spécifiquement le football : As-tu prévu de passer ton troisième degré d’entraîneur et d’entraîner, à terme, en professionnel ?
Pas pour le moment. Entraîner une équipe de National, qui plus est aux échelons supérieurs, me conduira vraisemblablement à changer de région un jour ou l’autre. Je ne le souhaite pas pour le moment. J’ai beaucoup voyagé au cours de ma carrière et j’apprécie la stabilité que m’offre ma retraite sportive. Pour nos enfants et leurs études, c’est très profitable.
Mais il n’est pas impossible que ma position évolue à l’avenir. Je reste dans le milieu du football, j’ai toujours le virus en moi, tout est possible.

Et par rapport à la détection de jeunes ?
Ma mission auprès de la Ligue Atlantique de Football, qui était de suivre des jeunes sur toute une saison, m’a énormément plu. J’ai été à leur place, je sais combien c’est important et valorisant d’avoir des référents dans sa progression, pour un jour, peut-être, devenir joueur professionnel.

As-tu entraîné des équipes de jeunes ?
Oui, mais sur des modules assez courts. Je n’étais pas leur entraîneur sur toute la saison, je n’avais donc pas de suivi sur la durée. J’ai pu voir leurs progrès, mais je n’ai pas joué de rôle quotidiennement.

T’imagines-tu davantage entraîneur, avec une certaine pression, des objectifs à atteindre, ce qui correspondrait au compétiteur que tu étais ou plutôt formateur ?
Formateur. Je crois avoir fait le tour du monde professionnel en quinze années de carrière. La formation de jeune m’a toujours intéressé, je pense que j’irai dans cette direction.

Patrice face aux stagiaires du Football Stages Atlantique en 2006

Patrice face aux stagiaires du F.S.Atlantique – 2006

Est-ce lié aux personnages que tu as croisés depuis tes premiers pas de footballeur ?
Bien sur. Il est évident qu’un Jean-François Laurent, un Patrick Gaspéroni, puis plus tard des Denoueix et Suaudeau, m’ont beaucoup marqué. J’ai envie de transmettre à mon tour ce que j’ai vécu et appris avec eux. Donner les meilleurs repères possibles aux jeunes m’intéresse au plus haut point.
La formation telle que je l’entends est totalement imprégnée de celle que j’ai connue au F.C. Nantes, et avant cela en sport études à Gien. J’ai appris beaucoup de choses avec Patrick Gaspéroni, qui m’ont servi immédiatement à Nantes parce que mon profil correspondait totalement avec le jeu qu’ils aimaient développer.
Mais la formation, seule, n’est rien. Les résultats du centre de « La Jonelière » étaient excellents car en amont, il y avait une cellule de détection et un recrutement de jeunes de tout premier plan. Il est évidemment plus facile d’arriver à pratiquer le jeu que tu souhaites mettre en place si tu as de bons éléments à ta disposition. Je m’inscris donc totalement dans cette optique là, si je suis amené un jour à m’occuper de jeunes footballeurs.

Maintenant que tu as une petite expérience de technicien en plus de celle de joueur, quels sont les coachs qui t’inspirent ? Dans quelle mesure ?
Le jeu que j’ai toujours aimé, celui que j’ai dans la peau, c’est celui que j’ai pratiqué avec Denoueix et Suaudeau, à Nantes. Ce n’est pas un hasard si je me suis instantanément intégré et que ça a si bien fonctionné pendant mes dix années là-bas.
C’est un jeu aussi bien technique que collectif, tout en mouvement, où tu dois toujours savoir à l’avance ce que tu vas faire, à qui tu vas donner le ballon avant même de le recevoir.
Alors évidemment, Suaudeau est pour moi LA référence ultime. Très influencé par le jeu léché et technique de l’Ajax des années 70, il l’a également été par la rigueur et le respect des consignes du grand Inter Milan. Les entrainements étaient très riches et très complets. Quant au résultat sur le terrain, je crois que tout le monde s’en souvient.
Plus généralement, j’ai eu la chance de croiser la route de pas mal d’entraîneurs de premier plan au cours de ma carrière. J’ai beaucoup appris à leur contact. Le paramètre principal lorsqu’un club me contactait, outre l’envie réelle de l’entraîneur de m’avoir dans son collectif, c’était surtout l’approche tactique et collective de celui-ci.
À Lorient avec Christian Gourcuff ou à Troyes avec Alain Perrin, j’ai côtoyé des tacticiens très pointilleux et très rigoureux sur le placement, le replacement… Chaque joueur savait exactement ce qu’il devait faire, c’était très cadré. Ces deux-là ont obtenu des résultats probants avec des moyens très limités et des effectifs sans grande individualité, c’est vraiment remarquable. On voit bien que le jeu de base de Lorient n’a pratiquement pas varié avec Christian jusqu’à son récent départ. Les joueurs recrutés l’étaient pour leurs capacités à se fondre dans ce collectif et ce style de jeu. C’est évidemment une grande source de réflexion pour moi.
J’ai aussi beaucoup apprécié Jean-Louis Gasset. On ne lui a sans doute pas laissé assez de temps pour s’exprimer lorsqu’il y a eu des difficultés à Montpellier, mais c’est un excellent entraineur. Il suffit de regarder son parcours depuis quinze ans… Dans les équipes de Laurent Blanc, c’est lui qui fait tous les entrainements…
Luis Fernandez – avec qui Jean-Louis a travaillé – s’il est moins pointu tactiquement que d’autres, est un meneur d’hommes hors pair, proche de ses joueurs. Il sait les motiver comme personne, et c’est un aspect du métier important…

Et les autres ?
Les autres m’ont moins marqué, c’est certain.
À peine arrivé à Nantes, Blazevic voulait me prêter ! Il a fallu toute la conviction de Denoueix et Suaudeau pour l’en dissuader. Il a vu mes qualités par la suite et j’ai pu faire mon trou. Mais je me souviens que pour ma première titularisation à Marseille, il m’a quasiment fait jouer arrière gauche (rires) !
J’ai vaguement souvenir de ses « gueulantes » une demi-heure avant le match pour nous motiver, mais c’est à peu près tout. Comme il avait de bons joueurs qui avaient conservé le vécu avec Suaudeau, il s’en est plutôt bien sorti.
Ricardo à Paris ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Tactiquement je n’ai rien appris, et j’ai trouvé sa relation avec les joueurs très limitée.

Profs Denoueix & Suaudeau devant les élèves Nantais, année scolaire 1994/1995 !

Profs Denoueix & Suaudeau

Penses-tu que ces expériences moins enrichissantes ont eu une influence négative sur ton rendement à ces moments-ci ?
C’est possible, je ne sais pas. Je suis quelqu’un de très respectueux des consignes. Si celles-ci n’étaient pas très claires, je jouais comme je savais le faire en faisant ce que je pensais être bon pour l’équipe. Je pense que ça n’a pas trop mal fonctionné.
Je dois dire que j’ai une expérience assez atypique dans ce métier, car j’ai débuté avec ce qui se faisait de mieux. Peut-on rêver meilleur entraîneur français que Jean-Claude Suaudeau ou Raynald Denoueix ? Mes coéquipiers qui venaient de Nice ou d’ailleurs étaient impressionnés lorsqu’ils débarquaient au FC Nantes. Ils n’avaient jamais vu des entraînements aussi riches, créatifs…et rapides ! Les premiers temps, certains ne comprenaient absolument RIEN à ce qui se passait (rires) !
Évidemment, après mon départ du F.C. Nantes j’avais une base de comparaison très solide. Je voyais immédiatement si un coach n’était pas vraiment au niveau qui devait être le sien. Mais fort heureusement, j’ai eu des expériences plutôt marginales de ce côté-là.



Reportage de Philippe Houy sur Jean-Claude Suaudeau en 1982


 


Jean-Claude Suaudeau décortique le jeu Nantais devant les caméras de TéléFoot en 1994



Jean-Claude Suaudeau parle de la génération Nantes 1995


As-tu déjà quelques objectifs de carrière en tant qu’entraîneur ?
Non. J’ai encore besoin de m’enrichir professionnellement avant de décider quoi que ce soit. C’est une démarche au long cours. Il me manque encore du recul pour savoir quoi faire exactement, et comment le faire. Si je m’engage dans cette voie, si je prends la responsabilité d’une équipe, je sais que je devrais être à 100%, voire davantage. Or je ne le suis pas encore.

À l’instar de ton ancien professeur Patrick Gaspéroni, regardes-tu chaque match avec l’œil du technicien qui cherche à en tirer des exercices ?
Non, pas à ce point (rires). Il est vrai que je ne suis pas passif devant un match et que j’ai un regard technique que je n’avais pas auparavant, c’est vrai. Je m’imagine de temps à autre à la place de l’entraîneur lorsque je vois un problème dont la solution m’apparaît – de ma place très confortable – évidente (rires). Mais je conserve globalement une approche assez ludique des matchs. Depuis que j’ai arrêté ma carrière, je suis retourne voir beaucoup de matchs en tribune. Je ne le faisais plus lorsque j’étais professionnel, puisque je cherchais davantage à couper avec le football lorsque je ne jouais pas. Je me rends souvent au Parc des Princes, à la Beaujoire, à Lorient et à Rennes. L’ambiance des stades, des avant-matchs, des vestiaires, me manque beaucoup. Me replonger dans cette ambiance me procure beaucoup plus de plaisir qu’une simple retransmission télévisée.

Alexandre Lacazette / Patrice Loko

A. Lacazette / P. Loko

Tes anciens entraîneurs, et plus généralement les connaisseurs, se souviennent de toi principalement pour ton intelligence sur un terrain, la pertinence, la fréquence de tes courses et de tes appels de balle, la dimension très collective de ton jeu… Quel joueur actuel pourrait se rapprocher de celui que tu étais, selon toi ?
Il m’est très difficile de me comparer à d’autres. Mais si je ne devais citer qu’un seul joueur français actuel, je dirais Alexandre Lacazette de Lyon. Il bouge beaucoup en attaque, il a une technique très propre, marque des buts… J’ai l’impression que son profil est assez semblable au mien.

Lors de ta dernière demi-saison parisienne, tu étais très critiqué par certains observateurs pour tes courses « inutiles », pour ton inefficacité devant le but… Peu relevaient le travail que tu effectuais pour l’équipe en général et ton partenaire d’attaque en particulier… J’ai l’impression qu’on formule les mêmes critiques – injustes – à l’encontre de l’argentin Lavezzi. Qu’en penses-tu ?
J’aime beaucoup ce joueur, il est vraiment très bon. Il était systématiquement titulaire lors de la dernière Coupe du Monde et son équipe est arrivée en finale. Ce n’est pas un hasard.
Il semble que la tendance soit de garder l’énergie pour les phases d’attaque et donc moins demander aux attaquants de défendre comme je l’ai moi-même appris, et comme j’aimais le faire d’ailleurs. Personnellement, je n’aimais pas rester sur un côté donc je me baladais devant, à droite et à gauche. J’aimais courir, je défendais… Cette fatigue occasionnée était parfois préjudiciable à la lucidité dans la surface de réparation, c’est évident. Benzema ou Ibra ne participent qu’aux phases offensives et très peu au repli défensif… C’est plus facile dans le dernier geste. Mais si j’avais eu cette démarche, je me serais fait sortir du terrain. Et là, pour mettre le ballon au fond des filets, ça devient compliqué (rires).
Plus sérieusement, Lavezzi court beaucoup, fait énormément d’efforts collectifs. En ce sens, il est assez atypique dans le jeu aujourd’hui, et je crois que c’est une caractéristique que j’avais moi aussi.

Lorsque Christian Gourcuff est revenu à Lorient lors de ton deuxième passage là-bas en 2003, il te demandait ce genre d’efforts. Il savait donc parfaitement que c’était au détriment de ton réalisme devant le but…
Le jeu voulu par Christian était comme ça : tout le monde devait attaquer, tout le monde devait défendre. J’avais trente-trois ans à l’époque, j’étais fatalement beaucoup moins explosif que des joueurs plus jeunes, donc je ne pouvais plus lutter sur ce terrain-là

Lorient 2002

Lorient 2002

Quand as-tu senti que tu déclinais physiquement ?
Lorsque je suis revenu à Lorient. Pas immédiatement, mais petit à petit. Je sentais que la récupération devenait compliquée. Ma dernière année, il est arrivé à Christian Gourcuff de me dispenser d’entraînement pour que je puisse me reposer. Il voyait bien que je fatiguais plus et plus rapidement.

Tu as perdu ta place de titulaire à cette époque, comment l’as-tu vécu ?
Ça ne fait jamais plaisir, évidemment, mais j’étais parfaitement lucide sur ce qui m’arrivait. Je voyais bien que mon physique ne me permettait plus de faire les efforts nécessaires et influait sur mon rendement technique. Ça s’est fait naturellement.

As-tu pensé à ta reconversion avant la fin de ta carrière ?
Les trois, quatre dernières saisons, j’ai commencé à me mettre ça en tête, oui. Je ne l’ai pas vraiment planifié et pour tout dire, je ne me suis pas spécialement mis de pression à ce sujet.

Tu n’as pas eu de période de « blues » lorsque tu as décidé d’arrêter ? Quel était ton état d’esprit ?
Non. J’avais conscience d’être arrivé au bout de cette histoire. Physiquement, j’avais du mal à terminer les matchs. Comme je viens de l’évoquer, la récupération était plus longue. Je ne voulais pas faire l’année de trop… me retrouver sur le banc et m’ennuyer. La décision s’est imposée naturellement.
Je me souviens que le club de Vannes (NDLR – le V.O.C.), alors en National, voulait m’enrôler pour les aider. Ça ne m’intéressait pas du tout. Je voulais couper avec le football. J’étais fatigué. Fatigué des voyages notamment. Alors faire de la route en bus ne m’enthousiasmait pas du tout… Le V.O.C. m’avaient proposé de ne faire que les matchs à domicile, mais je ne voulais pas être un membre de l’équipe « à la carte ». Il n’était pas question que je me mette en marge du groupe. Soit on fait les choses à fond, soit on ne les fait pas.
Je voulais me stabiliser, pour moi d’abord mais surtout pour mes enfants… Durant toute ma carrière, ils ont dû changer dix ou onze fois d’école… Johan vient d’avoir son examen dans une grande école, Vanille est tout juste bachelière, ça veut dire qu’ils ont bien vécu tout ça. Je suis très fier d’eux et je suis content d’avoir arrêté au moins pour cette raison-là. Mais je dois être honnête : si j’avais senti que mon corps pouvait continuer, j’aurais continué un peu.

L'équipe de France à l'Euro 96

France – Euro 1996

As-tu des regrets concernant ta carrière ?
J’ai mené la carrière que j’ai eu envie de mener. J’ai fait de mon mieux à chaque fois, et j’ai pris beaucoup de plaisir. Je ne vais pas dire que je suis heureux de la descente de Lorient en 1999 par exemple, mais on avait fait une belle demi-saison.
En revanche, ne jamais avoir disputé de phase finale d’un Mondial est un vrai regret. J’ai fait de gros matchs européens, j’ai été international, j’ai disputé l’Euro96, mais la Coupe du Monde, c’est l’objectif suprême de tout footballeur.

Regarde la France voici quatre ans, ou même en 2002. Regarde l’Espagne cette année, le Portugal, l’Italie… Et le Brésil ! Tu ne te consoles pas en te disant que ce rêve de gosse peut devenir ton pire cauchemar ?
Évidemment, vu comme ça (rires) ! On ne pense pas à ça avant d’y aller, heureusement.
C’est quelque chose de très fort à vivre, je pense qu’on retire quelque chose de ce genre d’événement même si ça peut s’avérer ponctuellement négatif. Ne serait-ce que de l’expérience, notamment pour les jeunes joueurs.

À quoi as-tu pensé en regardant Brésil/Allemagne en demi-finale ?
J’ai toujours aimé voir jouer le Brésil, mais cette année je me suis vraiment ennuyé. Le match contre l’Allemagne était pathétique, mais le résultat tellement logique. Tactiquement, physiquement, collectivement, techniquement, il n’y avait rien. En réalité, seul le maillot était brésilien (rires) !

La question était un peu plus perfide… Tu as disputé un match équivalent (PSG/JUVENTUS en 1997, perdu 6/1). Je me suis demandé si, par empathie, tu t’étais mis à la place des joueurs brésiliens…
Je me suis mis à leur place, j’imaginais très bien la situation de naufrage où tu te dis « quand est-ce que le match va finir ?« , ou « J’espère que l’entraîneur va me sortir à la mi-temps » (rires). Tu as honte d’être sur le terrain, devant des milliers, des millions, peut-être des milliards de supporters ce soir-là, et toi en quelques minutes, tu fiches tout en l’air. Mais je n’ai pas repensé au match contre la Juve, non. Je suppose que c’est une forme de déni (rires) !

Couriol - Lama - Cyprien - Loko - Bibard - Bellone - ? - Ferratge - Germain - Simba - Lafon (UNFP)

L’équipe du CIF en 2006

Tu disais tout à l’heure que l’ambiance des stades et des vestiaires te manquaient. Que représente pour toi le Club des Internationaux Français (CIF) ?
C’est une manière pour moi de continuer à jouer, de rester en contact avec mes amis footballeurs. Mais en réalité, ça représente très peu de temps dans une année, les matchs ayant lieu principalement en mai/juin.

As-tu gardé de vrais contacts avec le milieu du football ?
J’appelle régulièrement mes copains joueurs. Ils sont peu à habiter dans la région : Christophe Pignol vit près de Marseille, Martin Djétou est à Strasbourg, Nico Ouédec est basée dans la région Nantaise. Reynald est à Orléans, je passe le voir quand je vais voir ma famille dans le Loiret. On a chacun nos vies, on se voit malheureusement trop peu, mais le football – un match à voir ou à jouer, un tournoi – représente souvent une occasion pour se retrouver.

As-tu gardé des contacts dans les clubs pour lesquels tu as joué, notamment Paris et Nantes qui ont changé plusieurs fois de propriétaires ?
J’ai gardé des contacts avec certaines personnes à l’intérieur des clubs, qui étaient déjà en place lorsque j’y étais. Mais avec le temps et tous les changements qui sont intervenus, petit à petit, ça devient compliqué.
J’ai parfois du mal à m’y retrouver, car les repères que j’avais n’existent plus vraiment. C’est vrai à Nantes, mais ça l’est plus encore à Paris. Le club a complètement changé de dimension avec l’arrivée d’investisseurs étrangers.
En revanche, quand je repense à ce que j’ai vécu dans ces clubs, il y a toujours de la nostalgie. Je regarde prioritairement les résultats de Paris, de Nantes ou de Lyon et Lorient, toujours avec beaucoup de plaisir.

Quelle est l’attitude de ces clubs-là avec les « glorieux anciens » ?
À Nantes, les anciens joueurs sont toujours invités au stade ou pour certains événements. J’y étais encore récemment pour les soixante-dix ans du club. Le lien n’a pas été rompu. Il me semble qu’assez peu de clubs essaient d’entretenir cette petite flamme avec ceux qui ont construit l’histoire du club, fut-ce modestement. Ça me semble important. Paris pratique ça aussi, les anciens joueurs sont toujours les bienvenus au Parc.

Pat et la C2 - 8/05/1996 (photo : Ch. Gavelle - PSG)

Pat et la C2 (C. Gavelle – PSG)

Quelle fut ta réaction lorsque Ibrahimovic a déclaré qu’avant l’équipe actuelle, « il n’y avait rien » ?
À vrai dire, tu me l’apprends, je n’étais pas au courant !
Il est exact qu’on ne parlait plus vraiment du PSG à l’échelon européen depuis une quinzaine d’années. Le club a pris une dimension inédite depuis l’arrivée de Qatar Sport Investissement.
Enfant, je supportais Paris, j’allais voir des matchs au Parc… M’Pelé, Susic, Dahleb, étaient des joueurs incroyables et je n’avais jamais imaginé fouler un jour la pelouse… Et puis il y a eu la grosse équipe époque Weah, Ricardo, la nôtre qui a gagné la Coupe des Coupes… Donc, je ne dirais pas que tout ça n’est « rien ». Cette déclaration me « pique » un peu (sourires), mais je suppose que c’est une provocation à chaud d’Ibra, sans doute encore sous le coup de l’adrénaline d’un match. Elle traduit aussi une méconnaissance de l’histoire du club.

Les gens ont souvent un regard désabusé sur le milieu du football. Le « c’était mieux avant » est souvent de mise. Quel est ton sentiment ?
J’ai toujours entendu ça, mais ce n’est pas du tout mon état d’esprit. Je ne suis pas passéiste. Les choses évoluent parce qu’il y a plus d’argent, plus de gens intéressés, davantage de médias donc davantage de pression médiatique… Je suppose que ça n’ira pas en régressant. Mais le football ne m’intéresse pas moins maintenant qu’avant. Certainement pas.

Beaucoup d’observateurs de ce sport pointent du doigt les comportements individualistes des joueurs actuels. Qu’en penses-tu ?
La tentation de comparer un présent décrié à un passé idéalisé existait, existe et existera. Toujours. Il est vrai que les joueurs actuels sont plus individualistes que ceux que j’ai pu connaître. Mais notre époque est comme ça. Je vois difficilement comment les joueurs de football pourraient échapper à ce qui frappe toute la société.
Il ne faut pas non plus perdre de vue qu’un joueur réagit comme il peut face à un milieu qui l’utilise comme bon lui semble. On t’achète, on te revend… Il est rare que les clubs cherchent à bâtir une équipe sur la durée. Aussi, quand des dirigeants ne pensent pas d’abord au collectif, comment veut-on que de jeunes joueurs ne pensent pas d’abord à eux ? Chacun s’est adapté au système tel qu’il est, c’est humain.

Et l’image déplorable des footballeurs, notamment internationaux ?
Concernant la sélection nationale, je pense qu’on en a beaucoup trop fait ces dernières années. Pour une raison assez simple : il y a désormais une quantité impressionnante de chaînes et d’émissions dédiées au football. Les journalistes, les commentateurs, les consultants – d’anciens joueurs la plupart du temps – sont légion. Tout cela créé un bruit médiatique incroyable et la pression qui va avec.
Les événements de Knysna sont assez inédits, c’est certain, mais quatre ans après, on voit bien que l’équipe nationale est à nouveau dans une dynamique positive. Il ne faut pas grand chose finalement pour inverser une image négative.
Enfin, il faut accepter qu’une sélection – comme une équipe – connaisse des cycles… Peut-être que la génération qui pointe actuellement est un cran au dessus de sa devancière, voilà tout.

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