ARTICLES DE PRESSE – ÉQUIPE DE FRANCE


logo_lequipe13 janvier 1993

Lekipe130193Dakar, c’est tout bon
L’équipe de France A’ n’est pas venue pour rien à Dakar. Contre le Sénégal, elle a gagné tout en se montrant convaincante. L’Afrique aura offert à Gérard Houillier de beaux sujets de satisfactions.

SENEGAL – FRANCE A’ : 1-3 (0-2)
Beau temps. Pelouse bosselée. Éclairage en seconde période. 50000 spectateurs environ. Arbitre : M. Padara Sène (Senegal). Buts : Loko (9e, 63e), Prunier (38e) pour la France. Sané (88e) pour le Sénégal
    SENEGAL : Faye – Tambellou (Ale Malé, 46e), Cissé, M.A. Diallo (Diagne 77e), A. Mendy (cap.) – Ayanda, Mangane, M’Bengue (M. Diallo 59e), Sène (Gassama 49e) – Badiane, Sané. Entr. : Dieng
    FRANCE A’ : Lama (Nadon 66e) – Karembeu (Deguerville 60e), N’Gotty (Djorkaeff 48e), Leboeuf, Prunier (cap.), Cobos – Gava, Garde (Dogon 52e), Martins (Keller 72e) – Loko, Nouma. Entr. : Houillier

[…] D’ailleurs, dès la 9e minute, les hommes de Gérard Houillier ouvrent le score sur leur première véritable occasion. Au départ, un centre court de Karembeu qui a parfaitement utilisé son couloir droit. A premier poteau, Loko a parfaitement senti le coup et devance Cissé pour battre de près Faye d’une reprise du droit croisée. Un action estampillée F.C. Nantes.
(…)
Ce qui n’est pas le cas du contre français emmené par Gava à droite. Son centre pour Loko, totalement oublié au point de penalty, est malheureusement mal exploité par le nantais qui rate son contrôle de la poitrine. Faye a le temps de venir au contre mais le ballon échoue dans les pieds de Prunier qui a suivi, et l’auxerrois, sur la ligne de but, n’a plus qu’à catapulter le ballon dans les buts vides.
A la reprise, Djorkaeff remplace N’Gotty, ce qui implique une sérieuse réorganisation tactique chez les bleus. Sur l’in de ses premiers ballons, le Monégasque, grâce à un centre aérien parfait, offre sur un plateau le but du 3/0 à Loko, qui, d’une tête croisée, trouve la lucarne droite du but de Faye (63e) […].

LE JEU ET LES JOUEURS
Karembeu et Loko en vue

[…] En attaque enfin, LOKO s’est souvent sorti facilement du marquage adverse lâche et a eu le mérite de marquer deux buts. Il devait même en marquer un troisième, mais sa maladresse allait permettre d’offrir un cadeau à Prunier. (note 8/10) […]

Erick BIELDERMAN


logo_lequipe21 janvier 1993

Au lendemain des premières sélections en équipe de France A’ et A de Patrice. La sélection en A ne compte pas comme telle puisqu’il s’agissait d’un match « de gala » des « bleus » contre le Sporting du Portugal, équipe du championnat portugais.

Lekipe210193Loko, buteur dans le malheur
Frappé il y a un mois par un terrible deuil, le nantais s’est raccroché au football. Depuis la reprise, la réussite lui sourit. Même en équipe de France.

Les cinq buts inscrits par les équipes de France A et A’ à Dakar et Lisbonne ont un dénominateur commun : Patrice Loko. Le Nantais, qui débutait doublement à ce niveau, a en effet réussi une sorte de grand chelem en étant de tous les bons coups. A Dakar, il a marqué le premier et le troisième but et raté d’un poil le second, dont Prunier, finalement, se chargea.
Déjà bien noté par Gérard Houllier pour sa contribution africaine, Patrice allait faire plus fort encore mardi soir. Un but et une passe décisive en quinze minutes de présence. Le sélectionneur pouvait difficilement espérer meilleur rendement de son remplaçant. Pour être complet, il convient d’ajouter à cette série un but refusé et un centre décisif pour Ouedec, samedi dernier à Auxerre.
Loko canonnier, on ne peut pas dire que ça vient de sortir, mais c’est tout de même assez nouveau. « J’évolue en D1 depuis deux ans et demi et avant cette saison je ne marquais pas beaucoup de buts. Je pensais surtout à bien jouer, à fair des passes décisives, mais je ne prenait pas assez de risques dans la conclusion. J’ai fini par comprendre qu’un attaquant se devait de marquer. C’est pourquoi j’essaie désormais de gérer mes courses et mes appels de façon à être plus efficace devant le but. Avec Nantes, j’ai marqué six fois pour l’instant.« . Doucement, Patrice est en train de se dégager d’une réputation de maladroit qui lui collait à la peau depuis plusieurs années. « Marc Bourrier m’a toujours dit qu’avec les Espoirs, il se créait beaucoup d’occasions mais qu’il ne marquait pas, confie Gérard Houllier. Or là, il atteint un niveau intéressant. C’est un attaquant moderne, constamment en mouvement, et qui harcèle les défenses.« 

« Je dois reprendre le dessus »

A vingt-trois ans, on découvre chez lui des qualités que beaucoup ne soupçonnaient pas. « Le problème, c’est qu’il voulait faire tout trop vite, remarque Suaudeau. Ce qui est souvent le propre des jeunes de talent. Mais je ne connais pas un coach qui n’ait pas besoin d’un élément aussi mobile que lui. qui soit aussi vite en action.« 

On ne saurait mesurer ses mérites actuels à leur juste valeur si on ne Ies replaçait pas dans le contexte dramatique qui est le sien. Il y a un mois, Patrice a perdu son petit garçon de huit mois, Romain, emporté par une méningite fulgurante. Depuis, il vit et il joue avec ce souvenir accablant dans la tête. Les yeux dans le vague, la voix douce et posée, c’est avec une grande pudeur qu’il évoque ces semaines terribles où le destin, en un rien de temps, s’est fait meurtrier et souriant.
« D’abord, on ne pense plus à rien. Tout s’arrête. On se laisse porter, on ne sait pas comment réagir, comment se concentrer sur son boulot. Ma femme tenait à ce que je ne lâche pas prise. Quand je suis parti à Dakar. elle m’a dit que je devais marquer pour Romain. Quand j’ai vu la balle au fond des filets, c’est à lui que J’ai pensé.« 

Au Sénégal ou au Portugal, à des milliers de kilomètres de Nantes. les idées noires ne se sont pas évaporées. Mais l’environnement étant différent Patrice a pu, l’espace d’un entraînement ou d’un entretien. mettre son malheur entre parenthèses. « Quand je suis à la maison, c’est très pénible. Tout me rappelle mon petit garçon, qui était heureux. Quand il est né. ça m’a donné une grande confiance en moi, sur le terrain et en dehors. Je ne l’oublierai jamais. Mais je suis jeune, je dois reprendre le dessus. Le Football peut m’aider à apprécier à nouveau l’existence.« 

Didier Deschamps, qui a vu débuter Patrice au centre de formation à Nantes, ne le contredira pas. Il y a cinq ans, lui aussi a vécu semblable tragédie. « J’ai perdu mon frère quelques jours avant Noël. C’est vrai que, dans un premier temps, on s’accroche encore plus sur le terrain. On a envie de tout donner pour compenser. Et puis après. il y a le contrecoup, le moment où on réalise vraiment. Ça peut découler d’un petit problème sportif qui vient se superposer au reste. Mais Patrice est costaud. Il s’en sortira. »

Tellement costaud qu’il a étonné Jean-Claude Suaudeau : « Il était un peu fragile, mais là je le sens fort. Chacun est intervenu auprès de lui comme il le sentait, sans en rajouter. On n’a pas à se lamenter ensemble. Pat a su assumer. Il a démontré qu’il avait une force de caractère. Et puis Il aime trop son métier pour s’en détacher. Même si pour l’instant, le plaisir est limité.« 

En 1992, la vie a beaucoup pris à Patrice. En 1993, elle lui a déjà donné de petits bonheurs. L’équilibre ne sera jamais rétabli. Mais puisse-t-elle persévérer dans cette voie.

Remy LACOMBE


logo_FF26 janvier 1993

FF_011993Loko : « J’ai du mal à goûter à ces buts »
Buteur des A’ à Dakar et des A à Lisbonne, Patrice Loko, un espoir de la nouvelle génération nantaise, aurait pu vivre le plus beau des débuts d’année. S’il n’y avait eu ce cruel deuil familial qui l’a frappé récemment.

PROCHAINEMENT


logo_lequipe12 décembre 1994

Lekipe121294LOKO : « Je veux gagner »
L’équipe de France a une bonne défense mais n’a pas inscrit le moindre but. C’est dans ce secteur qu’Aimé Jacquet cherche des solutions. L’attaquant nantais, meilleur buteur de D1, retrouve une place de titulaire.

Patrice Loko était le 17è homme en Slovaquie, puis titulaire devant la Roumanie. Blessé, il n’a pas été appelé pour le déplacement en Pologne. Jacquet lui a fait à nouveau confiance pour affronter L’Azerbaïdjan. Il jouera devant a côté de Jean-Pierre Papin. Son copain de club, Nicolas Ouédec, en fait les frais. Mais pour définitivement convaincre, il faudra marquer mardi soir.

En allant jouer à Trabson contre l’Azerbaïdjan, il n’y a pas d’alternative. Il faut gagner.
Mais moi, tous les matchs je les commence en me disant que je vais gagner. Je ne me dit pas que le vais gérer un résultat. L’Azerbaïdjan, même si on n’en connais pas grand-chose, c’est une équipe qui n’a pas gagné un seul match. On doit aller là-bas pour la victoire.

Il fallait aller aussi gagner en Pologne il y a un mois.
Sur ce que j’ai vu à la télé Il y avait quand même de mauvaises conditions de jeu. Un terrain pourri, une équipe réduite à 10, finalement c’est plutôt bien d’avoir tenu le 0-0.

Vous vous doutiez qu’il y aurait des changements pour ce match contre l’Azerbaïdjan ?
C’est vrai que ça change au niveau de l’attaque depuis la Pologne mais l’équipe mise en place me parait bien équilibrée.

Jacquet cite beaucoup l’experience pour expliquer ses changements. Quand un sélectionneur parle d’une préférence à l’expérience, cela peut passer pour une excuse ou un vrai argument ?
Il y a certains matchs où l’expérience est vraiment déterminante mais je crois que de jeunes joueurs peuvent aussi s’imposer dans ces circonstances. De toute façon, Aimé Jacquet a encore bâti une équipe pour jouer offensif. Donc cela me plaît.

A partir du moment où l’on se doutait que Jean-Pierre Papin allait être titulaire, vous êtes vous dit avec Nicolas Ouédec que l’un de vous deux allait rester sur le banc ?
Oui, on y a pensé. Mais, bon, on ne jouera jamais avec cinq ou six attaquants. Donc Il y en aura toujours sur le banc.

Pensez-vous que l’on a donné assez de temps au trio offensif nantais pour montrer ce qu’il sait faire ?
Contre la Roumanie cela s’est bien passé. En Pologne Il y a eu d’autres faits de matchs.

L’absence de Martins, un vrai numéro 10, la regrettez ?
Jouer avec Eric ou Corentin c’est différent, mais je crois que la cohésion offensive est la même sur le terrain.

Le président de la F.F.F., M. Simonet, a souhaité que l’on prenne les joueurs les plus en forme en sélection. En cette fin d’année, c’est le cas ?
Je crois que oui, et cela doit se voir sur le terrain. Cela ne servirait à rien de se mettre un handicap en prenant des joueurs fatigués alors qu’il y a un match très important ou il faudra beaucoup donner.

Pourtant il y a eu cette accumulation de matchs importants avec les clubs.
Oui, mais en ce moment, les entrainements sont surtout basés sur la récupération. Donc ça va. Et si on ne peut pas tout donner sur un match comme celui contre l’Azerbaïdjan, alors…

Justement, certains internationaux en appellent à une prise de conscience, à une vrai révolte.
Je ne suis pas d’accord avec ce discours. On se prépare bien dans sa tête quand on vient en sélection. Je ne crois pas que ce soit mentalement que nous avons échoué lors des derniers matchs.

Il faut prouver à chaque fois

Il pourrait y avoir des joueurs retenus non en raison de leur forme mais plutôt sur leur rôle complémentaire dans un système de jeu.
Malheureusement, les résultats moyens de nos derniers matchs ne permettent pas d’utiliser quelqu’un qui soit seulement à 50 ou 60 % de ses moyens. On doit être physiquement au top.

Donc tout le monde est en forme ?
On ne peut pas venir en sélection en étant seulement à 50% de ses moyens, car il y a toujours une remise en question. La seule chose dont on est sûr en arrivant en sélection, c’est qu’un jour on va la quitter. Sinon, il faut prouver à chaque fois.

Pourtant aujourd’hui, dans le groupe d’Aimé Jacquet, la défense, efficace, n’est jamais remise en cause.
En club ou en sélection, c’est encore le résultat qui compte. Quand on fait l’analyse aujourd’hui, on constate qu’il n’y a aucun but marqué et aucun encaissé. Donc s’il y a des changements à effectuer quelque part, ils sont là où on ne marque pas.

Si on résume : aujourd’hui la défense est bonne et l’attaque n’est pas satisfaisante.
Dans les chiffres, c’est ça. Une attaque est bonne quand elle marque des buts. On a beau faire de bonnes choses sur le terrain, on ne met pas de buts.

propos recueillis par Etienne BONAMY


logo_FF14 novembre 1995

Le challenge de Loko
Nouvelle étape pour Patrice Loko. Devant ses bonnes performances avec le PSG, Aimé Jacquet n’a pas hésité à le rappeler en équipe de France. L’ex-Nantais a la côte.

Assis à une table, sous une tente installée dans le stade de Bayeux où se déroule le point presse des Bleus, Patrice Loko plonge à à nouveau dans l’environnement d’une rencontre internationale. Il en connaît les us et coutumes. A vingt-cinq ans, il compte huit sélections. Une pression légère flotte dans l’air autour de lui, souvenir d’un transfert à sensation et d’un été agité. Les questions portent naturellement sur sa présence en Normandie et son degré de forme. « Ça va très bien, dit-il, je suis content de reprendre ma place dans le groupe. Ces derniers temps, j’ai fait des matches intéressants, je suis de mieux en mieux et Aimé Jacquet a jugé utile de me retenir.  »

Une explication toute simple pour un retour que l’on n’attendait pas si rapide. Mais sous le maillot du PSG, Patrice a apporté la preuve en cinq semaines de ses progrès, atteignant un premier petit sommet à Glasgow contre le Celtic avec un doublé magistral, ce qui n’a pas échappé au sélectionneur national. « J’en ai discuté longuement avec Luis Fernandez, Patrice a retrouvé toutes ses sensations. Il manque juste un peu de compétition. A partir de là, compte tenu des prestations de qualité qu’il a toujours réussies en sélection, il m’a semblé que le moment était propice pour le retenir. C’est un garçon qui colle bien à notre jeu, à ce que je veux faire. Il est toujours en mouvement, en rupture, il ne se pose pas de question, il est sans calcul. En plus, il n’a pas la phobie du but. Il possède au contraire une générosité, une abnégation, une disponibilité souvent déterminantes. Et pour lui, c’est également un bon challenge. « 

Sept mois après son dernier match en équipe de France, à Nantes face à la Slovaquie, Patrice Loko dispose ainsi d’une belle chance de caracoler à la tête de l’attaque française, demain à Caen. A peine s’il avoue être « quelque peu surpris d’être là  » et manquer encore de « confiance « , mais on sent que ses réponses il souhaite les donner sur la pelouse, non pas autour d’une table, dans le brouhaha d’une conférence de presse. Son dernier but avec l’équipe nationale, bien sûr il s’en rappelle, « aux Pays-Bas, en janvier« , bien sûr il espère « jouer, même si l’important, c’est davantage la sélection  » et comme il l’a confié à Marianne Mako, sur TF 1, il répète qu’il va maintenant « très, très bien « . Juste avant de se lever, signifiant la fin d’un entretien empreint d’une certaine émotion. Impatient ou trop fragile encore, il a hâte d’aller participer à un premier entraînement très ludique sur le terrain Henri-Jeanne de Bayeux. Seule chose qui l’intéresse.

Ce qu’il a vécu en arrivant à Paris, il le garde enfoui au fond de lui-même, comme toute personne ayant traversé une période difficile. « Mais aucune précaution particulière n’est prise à son égard« , précise le médecin des Bleus, Jean-Marcel Ferret, qui a reçu le feu vert du staff médical du Paris-SG. « Le fait qu’il en soit là aujourd’hui parle en sa faveur, c’est même fantastique. « 

Joueur comme un autre – « ce fait plaisir de le revoir, mais nous n’avons pas à le bichonner « , dit Marcel Desailly -, Patrice Loko doit maintenant franchir un nouveau cap dans sa jeune carrière. « C’est un peu une nouvelle naissance pour lui dans ce monde tellement agressif, confie Christian Karembeu. Il ne faut pas trop le bousculer, je le trouve un peu renfermé par rapport à avant, mais il va y arriver. « 

S’il joue d’entrée, ou s’il entre en cours de match au stade Michel­d’Ornano, Patrice Loko sait déjà que sa neuvième sélection aura la même importance que la première.

Jean-Marie LORAND


logo_FF27 février 1996

Loko : « Je commençais à trouver le temps long »
Il n’avait plus marqué avec les Bleus depuis Pays-Bas – France, à Utrecht, le 18 janvier 1995. Dans la période trouble qu’il traverse avec le Paris-SG, ses deux buts contre la Grèce tombent à pic. Patrice Loko espère qu’ils lui donneront l’élan nécessaire pour réussir la fin de saison et tenir tous ses objectifs. Sur les Bleus, sur PSG, sur Nantes et sur son cas personnel, il s’est longuement confié à France Football.

Patrice, vos deux buts contre la Grèce ont dû vous faire un bien fou ?
Oui, disons que je me suis montré opportuniste. Nous avions une réelle envie de bien faire, mais le terrain ne nous a pas favorisés. D’où un nombre réduit d’occasions en première période. Avec l’apport de joueurs plus offensifs après le repos, on a pu évoluer plus haut. A l’arrivée, on a encore marqué trois buts. Pour la confiance, c’est excellent.

Vous avez marqué de la tête et sur penalty, deux domaines dans lesquels vous ne vous exprimez pas souvent…
C’est vrai. Mais j’évolue dans une position d’avant-centre et je dois être à l’affût. Comme sur le premier but, où je suis bien placé pour prolonger le ballon dans les filets. Sur le corner, j’ai senti que c’est là qu’il fallait être.

Vous étiez le tireur de penalty désigné ?
Non, c’était Youri Djorkaeff. Moi, je n’arrivais qu’en deuxième position. Comme Youri n’était plus sur le terrain… Zidane aurait également pu s’en charger, puisqu’il les tire à Bordeaux. Mais il venait de rentrer et n’était pas encore chaud.

« On est plus sûr de nous qu’il y a un an »

Vous n’aviez plus marqué en match International depuis Pays-Bas-France…
Je commençais à trouver le temps long. Un attaquant qui ne marque pas perd toujours un peu de sa confiance. En ce sens, j’espère que ma réussite aura des retombées positives au niveau de mon club. Physiquement, je subissais un petit contrecoup depuis le début de l’année. Ces deux buts devraient me relancer.

Une fois de plus, l’équipe de France a bafouillé en première mi-temps…
Oui, mais nous savons désormais que nous sommes capables de surmonter les moments difficiles. On est fort dans nos têtes, on ne se laisse pas abattre. On sait renverser des situations. Et ça, c’est un atout très important dans un tournoi comme l’Euro.

Vous appréhendez mieux désormais ce rôle d’avant-centre ?
J’essaie d’améliorer mon placement, de faire moins de courses inutiles afin d’être plus présent devant le but.

Ca vous convient de jouer seul en pointe ?
Je suis sans doute plus à l’aise et plus efficace avec un autre attaquant à mes côtés. Quand on est seul, on touche moins de ballons et on trouve moins facilement ses partenaires. Ce n’est pas seulement à moi, mais à toute l’équipe de s’adapter à ce système. Nous sommes sur la bonne voie. Mais on n’évoluera peut-être pas systématiquement dans ce schéma-là.

Vous êtes quand même obligé de vous sacrifier ?
On me dit que je cours beaucoup et que je touche peu de ballons. C’est mon rôle qui veut ça. L’idée est de renforcer le milieu de terrain, a fin d’avoir au maximum la maîtrise du jeu. Moi, le dois ouvrir des brèches pour les partenaires qui viennent de l’arrière.

Avez-vous touché plus de ballons que face au Portugal ?
Oui, peut-être. Mais cela tient en partie à la qualité de l’adversaire. Le Portugal était plus solide que la Grèce.

L’attaque est un secteur où la concurrence est encore ouverte. Pensez-vous avoir pris une longueur d’avance sur les autres ?
Non, en équipe de France, il faut démontrer son utilité à chaque match. Au moindre raté, on peut se retrouver sur la touche. Rien n’est joué.

La France peut-elle gagner l’Euro ?
On n’ira pas là-bas seulement pour participer. Ces moments sont trop rares pour que l’on n’en profite pas à fond. La France est capable de rivaliser avec les meilleurs. Même si elle a eu du mal à se qualifier, elle est invaincue depuis deux ans. C’est la preuve que les bases sont solides. Et puis l’équipe a progressé mentalement. Elle est beaucoup plus sûre d’elle qu’il y a un an.

Au PSG, vous découvrez un mode de fonctionnement assez éloigné de celui de Nantes. Deux défaites et hop, Michel Denisot pique un coup de sang et c’est la crise…
L’exigence est grande, effectivement. Vu nos performances avant la trêve et la qualité de notre effectif, ça fait désordre dès qu’on perd plusieurs matches de suite. On doit être à la hauteur en permanence. Et, actuellement, ce n’est pas le cas. Il est normal que le président mette la pression.

Pourtant, PSG est toujours leader du classement ?
Oui, mais on n’a plus de marge de sécurité comme avant. Cela dit, le problème n’est pas tellement le classement, mais le fait d’avoir perdu des matches en jouant mal. A l’automne, on ajoutait toujours la manière au résultat.

« Mon jeu, ce n’est pas seulement de marquer »

A Nantes, les défaites passaient mieux ?
La saison dernière, il n’était pas nécessaire de pousser des coups de gueule, puisque nous étions constamment en tête. Paris possède les meilleurs joueurs français. A partir de là, les résultats sont impératifs.

On dirait qu’après le 5-0 contre Nantes en décembre, PSG s’est vu trop tôt dans la peau du champion ?
Ça, c’était l’analyse des médias. Inconsciemment, elle s’est peut-être répercutée dans nos esprits. Vu notre potentiel, on a cru qu’il suffisait de se présenter sur le terrain pour gagner. Eh bien, non ! Même le PSG doit se battre à chaque match. Question engagement, on était moins présent ces derniers temps.

Comment jugez-vous vos six premiers mois sous le maillot parisien ?
Dans l’ensemble, ils sont conformes à ce que j’en attendais. Je suis quand même revenu assez rapidement, même si j’ai souffert physiquement au début. Mais l’équipe tournait tellement bien que mon intégration s’est faite en douceur.

La pression qui règne au PSG est-elle difficile à supporter ?
Non, parce que c’est exactement pour cela que je suis venu à Paris. Pour me remettre en question chaque week-end, connaître le haut-niveau, la Coupe d’Europe. Toutes les autres équipes attendent avec impatience un match dans la saison, celui qui les oppose au PSG. Nous sommes très attendus, ça, je l’ai vite constaté. Mais c’est aussi ce qui nous fait avancer, progresser.

Justement, avez-vous progressé à Paris ?
J’attendrai la fin de la saison pour faire le bilan et répondre à cette question. Pour l’instant, ça se passe plutôt bien. Déjà, le fait d’évoluer dans une équipe au style très différent de celui que je connaissais est une source d’enrichissement. Mais j’ai à cœur de m’améliorer. Je suis toujours persuadé que je peux faire mieux. Même après un match réussi, je me trouve des défauts.

Avez-vous été obligé de modifier certains aspects de votre jeu ?
Oui. A Nantes, on se connaissait tellement bien que les enchaînements se faisaient de façon automatique. Je n’avais pas besoin de lever la tête. A Paris, je regarde davantage mes partenaires afin d’anticiper leurs choix. On ne peut pas obtenir des réglages parfaits en l’espace d’un mois ou deux. Mais, avant la trêve, on réussissait déjà de très belles choses.

Avez-vous craint de ne pas avoir à Paris le même rendement qu’à Nantes ?
La saison dernière, on a beaucoup souligné mon efficacité devant le but. J’estime qu’on me juge trop à travers ça. Or, mon jeu, ce n’est pas seulement de marquer, même si, pour un attaquant, c’est toujours plus valorisant. A Paris, mon objectif était avant tout de m’intégrer dans un nouveau style de jeu, de m’y sentir à l’aise, d’apporter ma contribution.

Il faut dire qu’avec 22 buts et un titre de meilleur buteur, vous aviez placé la barre très haut ?
Je n’ai jamais dit que je voulais faire mieux. Je ne cherche pas à me mettre en valeur sur le plan individuel. En général, on obtient l’inverse du but recherché.

Quel a été le match où vous avez pris le plus de plaisir cette saison ?
Probablement celui contre Nantes au Parc. On a inscrit cinq buts, et on s’est créé énormément d’occasions. Mais c’est lors de notre double confrontation contre le Celtic Glasgow qu’on a vraiment pris conscience de nos possibilités. A cette époque, il ne pouvait rien nous arriver. Il faut absolument retrouver ces sensations.

Vos deux buts à Glasgow ont-ils constitué une étape décisive ?
Ce n’est pas ce que je retiens en priorité de ce match. Le plus impressionnant, ce soir-là, c’était notre force collective.

Après le succès fleuve contre Nantes, auquel vous aviez contribué en inscrivant le troisième but, Michel Denisot a déclaré que vous aviez la rage et que vous auriez marqué même avec dix défenseurs lancés à vos trousses. Vrai ?
Il y avait de ça. C’était la première fois que je jouais contre mon ancien club. Bon, tout le monde connaît les problèmes que j’ai eus cet été. Dans de telles circonstances, on aime bien être entouré. J’étais déçu de ne pas avoir eu plus de manifestations de soutien de la part des Nantais.

« Ouédec et Guyot m’ont aidé, point à la ligne »

Vous avez fait le compte de vos amis ?
Nicolas Ouédec et Laurent Guyot m’ont beaucoup aidé, point à la ligne. Je n’ai reçu aucune nouvelle des autres. Du coup, je ne suis pas allé tous les voir au Parc. Je voulais me concentrer sur le match.

En sortant des vestiaires pour l’échauffement, Suaudeau vous a appelé et vous ne vous êtes pas arrêté. Pourquoi ?
Là, il y a une erreur d’interprétation. Je n’ai pas dû l’entendre. Mais j’ai vu Coco juste avant le match. Nous nous sommes serré la main. Je n’ai jamais eu de problèmes avec lui et je n’ai rien contre lui. D’ailleurs, il avait pris de mes nouvelles par l’intermédiaire d’autres personnes.

Les problèmes rencontrés par Nantes cette saison vous surprennent-ils ?
On ne peut pas rééditer chaque année une saison aussi parfaite. Surtout quand des joueurs s’en vont et qu’il faut intégrer des jeunes. Si l’on prend la saison du titre comme référence, la critique est facile. Mais Nantes n’est pas si loin que ca au classement, et il sera européen. En Ligue des champions, l’équipe a réussi un très beau parcours et elle a les moyens d’aller encore plus loin.

Vous espérez revivre une saison aussi idyllique ?
Pourquoi pas ? Bon, avec le PSG, nous avons déjà perdu cinq matches contre un seul à Nantes. Mais l’objectif est de terminer en tête, pas de battre des records. Nantes dégageait une grande impression de facilité. Mais il a fallu beaucoup de travail pour en arriver là. Quand tout baigne, on ne se rend plus compte de la somme d’efforts à fournir. C’est pourquoi je voulais me remettre en cause.

On prétend que les attaquants nantais ont du mal à s’épanouir dans un autre contexte ?
On est peut-être désorienté parce que Nantes est l’un des clubs où le collectif est le plus affirmé. On se repose entièrement dessus. Alors, quand on arrive dans une équipe où il faut parfois faire la différence individuellement, cela nécessite un temps d’adaptation.

« PSG sera champion »

Qu’est-ce qui vous a étonné au PSG ?
L’esprit de famille. On emploie fréquemment ce terme pour certains clubs de province, jamais pour le PSG. Et pourtant, il existe bel et bien. Lorsque j’ai eu mes problèmes, j’ai trouvé des gens qui ont pensé à l’homme avant de penser au joueur. Je ne croyais pas que le PSG était un club aussi humain. Il a des principes, certes. Le professionnalisme, la rigueur, mais ce n’est pas que cela. Si j’ai pu revenir aussi vite, c’est parce qu’on ne m’a pas laissé tomber une seule minute. J’ai fait le bon choix en signant ici et j’espère y rester longtemps.

Vous n’avez jamais décelé d’impatience ?
Jamais. J’étais placé dans les conditions idéales. Aussi bien au niveau de ma famille que du club. Quand j’étais à Nantes, mon ami Paul Le Guen me parlait souvent du PSG. Il m’en disait beaucoup de bien, mais je n’imaginais pas y rencontrer autant de chaleur.

Et vous êtes désireux de renvoyer l’ascenseur ?
C’est évident. On m’a fait confiance et j’ai envie de donner le meilleur de moi-même.

PSG va être champion ?
Oui. L’écart sera peut-être moins important que prévu, mais on va être champion, c’est sûr. On n’est pas à Paris pour accrocher une place d’honneur.

Aucune équipe ne peut vous coiffer sur la ligne d’arrivée ?
Je ne crois pas. PSG est au-dessus du lot. Si les autres sont revenus, c’est parce qu’on s’est relâchés. En retrouvant toute notre détermination, on ne terminera sûrement pas deuxièmes.

Rémy LACOMBE


logo_FF18 juin 1996

(analyse technique du jeu de l’équipe de France contre l’Espagne durant l’Euro 96. Il y est question du rôle de Patrice Loko)

[…] Que peut-on reprocher à l’équipe de France face à l’Espagne ? Mentalement, rien. Les joueurs français, dans la récupération collective du ballon, sont tous de plus en plus concernés.
Zidane le surdoué en panne momentanée d’expression de talent a joué contre nature mais pro-groupe, en taclant et gagnant ses duels. C’est qu’il n’est pas là pour ça, mais ce comportement ne trompe pas. Chacun cherche à donner le maximum de ses possibilités du jour. Patrice Loko, le marathonien des distances courtes, a proposé sans cesse des solutions par ses appels de balle, ses courses contrariées. Ses fausses pistes offrent des autoroutes à Youri. Il a manqué à l’équipe de France une deuxième vague de cylindrées pour venir s’y engouffrer. Peut-être cherche-t-on quelquefois trop vite devant alors que l’on a des joueurs au milieu pour mettre en place notre jeu. […]

La Formule Un

L’équipe de France a fait le choix de la « Formule Un ». Que ce soit Dugarry ou Loko, un seul véritable attaquant qui doit fixer, dévier (Dugarry) ou créer des brèches, appâter sur des fausses pistes (Loko). Le problème face à l’Espagne qu’on a déjà évoqué, c’est le soutien le plus rapide possible à ce joueur « Formule Un ». C’est difficile en jouant trop long trop vite à partir de derrière, c’est aussi difficile si le pressing-harcèlement, qui est une des très grandes forces de cette équipe, ne se fait pas assez haut. Devant l’Espagne, ou est venu quelquefois s’asseoir trop bas et plus on s’assoit bas, plus il est difficile de se relever. […]

Claude LEROY


logo_FF2 juillet 1996

Bilan individuel des joueurs français à l’Euro 96
Loko
Matchs joués : 5 (3 fois titulaires, 2 fois sorti, 2 fois remplaçant, 298 minutes) – Etoiles : 8 (3 notes) – Buts : 1 (Bulgarie)
Il s’est totalement sacrifié dans d’incessants appels et un pressing constant sur les relanceurs adverses. C’est ce qu’on lui demande, mais dans ces conditions, il lui est difficile d’apporter plus. D’autant qu’il n’est pas vraiment un joueur de un contre un et aurait besoin d’appuis plus proches pour exprimer ses qualités « nantaises »

Claude LEROY


logo_FF12 novembre 1996`

(interview de Youri Djorkaeff après la 1ère défaite de l’équipe de France d’Aimé Jacquet, en Norvège.)
Djorkaeff : « J’admire Loko ! »
Seul en pointe lors d’une calamiteuse première mi-temps, Youri n’en a que plus apprecié le travail ingrat de son prédecesseur.

[…] Vous avez occupé trois postes différents. Difficile ?
Oui. Après tu essaies de voir où tu es le mieux. C’était plus facile quand Loko est rentré et Pirès aussi, à gauche. Mais quand on perd, il n’y a plus de poste. J’essaie d’être là où je pense être le plus dangereux. Je ne me dis pas : reste dans l’axe.

 « Je n’ai pas pris celà comme une corvée »

Tout de même, l’expérience « seul » devant était une nouveauté pour vous…
Et pas évidente. Tout seul, il faut se battre sur tous les ballons. Ca ne me fait que plus apprecier, plus respecter le travail des autres attaquants. Après un match comme celui là, je ne suis que plus admiratif encore pour Loko !

Fatigué ?
Non, non. Et ne croyez pas que j’ai pris tout celà pour une corvée. Pour moi, le malheur, c’est que l’on ait perdu. Ce fut une experience enrichissante. J’ai vécu des choses que je n’avais pas l’habitude de vivre. Avoir un ballon ou deux à gerer le mieux possible, ce n’est pas évident.
[…]

Jean-Marie LANOË


 

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