ARTICLES DE PRESSE – PARIS SAINT-GERMAIN (1995/1998)


SAISON 1995 / 1996

L'Equipe23 septembre 1995

Lekipe230995PARIS-SG – STRASBOURG : 2-0
PARIS À LA RELANCE

(…)
Loko rentre

    Pour attaquer la seconde période, Allou a remplacé Cobos dans les rangs du PSG. Mais c’est Loko que le public réclame. Un public qui n’a guère l’occasion de vibrer sur des phases de jeu, les déchets techniques étant trop fréquents de part et d’autre. On en veut pour preuve cette action à trois Fournier-Djorkaeff-Allou qui se termine par un tir beaucoup trop mou du dernier nommé (55e).
    Le PSG gère son avance en père peinard tandis que Strasbourg n’a visiblement pas les moyens de lui contester sa suprématie. En s’y efforçant tout de même, les Alsaciens dégarnissent leur arrière-garde au profit plus souvent d’un Fournier qui s’y entend pour avaler les espaces. C’est encore lui que l’on retrouve sur le côté droit pour adresser un centre au deuxième poteau à destination de Djorkaeff. Après avoir un peu tergiversé, Youri alerte Allou qui laisse filer pour Dely Valdes. Le Panaméen ne se faisant pas prier pour expédier le ballon sous la barre (64e). Et de huit !
    Voilà qui a le don de réveiller le public. On a même droit à une « Ola » très généreuse compte tenu du spectacle proposé. Enfin, le PSG tient sa victoire et c’est bien là l’essentiel pour lui après sa défaite à Montpellier.
    Luis Fernadez doit le sentir. À la 78e minute, il donne satisfaction aux supporters en remplaçant Dely Valdès par Loko. Ovation dans les tribunes ! Mais grosse frayeur quelques minutes plus tard sur un tir croisé de Baticle qui rase le poteau (82e), rapidement suivi d’une combinaison qui place Frankowski seul devant Dutruel, la gardien parisien sortant vainqueur de ce duel (85e).
    Trop tard, le PSG a couse gagnée. Aujourd’hui, c’est le coeur léger que les partenaires de Guérin se rendront à Châteauroux pour participer aux Vendanges dans les vignes de Michel Denisot, passant ainsi d’une récolte à l’autre.

Remy LACOMBE

 

LOKO A JOUÉ !

    Lundi, Luis Fernandez confie qu’il « faut laisser passer la semaine ». Mercredi, il a sa « petite idée ». En fait, c’est ce jour-là qu’il prend la décision : Loko sera sur le banc contre Strasbourg. Jeudi, les Parisiens partent au vert à midi à Saint-Quentin-en-Yvelines et s’entraînent sur place. L’ancien nantais ne les rejoint que dans la soirée
    Fernandez ne va toutefois prendre qu’un minimum de risques en faisant rentrer Loko à douze minutes de la fin, alors que le PSG mène 2-0. Le public lui réserve un accueil très chaleureux. Mais il faut patienter près de dix minutes pour le voir toucher son premier ballon, qu’il rend aussitôt à Colleter sur une rentrée en touche. Ce n’est qu’une petite passe pour l’équipe, mais un grand pas pour Loko.
    Au coup de sifflet final, il quitte la pelouse en compagnie de son ami Le Guen et reçoit au passage les tapes amicales des ramasseurs de balles. « Tout le monde est content de son retour » commentera Michel Denisot ».
    « Patrice m’a avoué qu’il devait encore beaucoup travailler pour retrouver le rythme, ajoutera Fernandez. Enfin, j’ai beaucoup apprécié le comportement du public à son égard. J’avais besoin de sang neuf. C’est pour cela que j’ai fait rentrer Patrice un quart d’heure. Il a beaucoup couru. Il sera très certainement dans les seize contre Mölde. Il fait partie de nouveau du groupe depuis le début de la semaine et sa présence dans le groupe ce soir était décidée depuis deux jours. Nous l’avons caché pour qu’il n’ait pas sur lui une pression médiatique excessive. Le public a été génial avec lui, mais aussi avec toute l’équipe. »
    Jacky Duguépéroux, lui, a refusé de s’exprimer face à la presse.

Remy LACOMBE et Pierre MENÈS


L'Equipe25/09/1995

Lekipe250995LOKO TITULAIRE CONTRE MOLDE

Avec l’assentiment de Fernandez, la sérénité du médecin et la confiance de ses coéquipiers, Patrice Loko jouera jeudi en Coupe d’Europe. Il semble bel et bien sorti de son cauchemar.

    La casquette est toujours à l’envers. Mais il semble bien que cet accessoire soit le seul élément qui ne soit plus dans le bon sens chez Patrice Loko. Son visage est reposé, serein. Même s’il est toujours accompagné d’un « stewart » pour quitter le Camp des Loges. Patrice prend son temps. Il discute avec des amis, signe des autographes, fait des photos.

    Loko a rejoué quatorze minutes en D1 contre Strasbourg vendredi au Parc des Princes et cela prouve qu’il est désormais sorti du mauvais rêve où il s’était plongé.
    Si le docteur Lepage reste évidemment très prudent, la tendance est à l’optimisme. « On ne peut jamais dire que l’on est guéri de ce genre de choses, mais Patrice est de toute évidence sur la bonne voie. Je n’ai ressenti aucune appréhension lorsque je l’ai vu rentrer sur la pelouse du Parc. Il faut dire que le public a été génial avec lui. Aujourd’hui il ne prend presque plus aucun médicament, en tout cas rien qui puisse lui nuire au niveau de la vivacité comme c’était le cas auparavant. »
    Et le docteur Lepage de prendre congé avec une réflexion qui en dit long : « Je me sens beaucoup mieux ».
    Luis Fernandez est moins bavard sur le sujet. De toute évidence, l’entraîneur parisien a envie de banaliser au maximum le retour de son attaquant, de ne pas faire de chacun de ses pas un évènement exceptionnel. « Désomais, Patrice fait partie intégrante du groupe. Contre Strasbourg, même s’il a très peu touché le ballon, il a beaucoup bougé et fait des appels. Je l’ai trouvé concentré et silencieux. Maintenant, Patrice doit travailler à l’entraînement pour retrouver un meilleur niveau. »

« C’est le jour et la nuit »

    Loko sera titulaire contre Molde ? Fernandez annonce : «J’ai ma petite idée là-dessus ». Autant dire que la réponse est oui. Il n’y a d’ailleurs pas besoin de forcer Luis pour qu’il confirme la nouvelle : « Oui. Patrice va débuter la rencontre ».
    Pendant ce temps-là, Patrice est reparti chez lui sans dire un mot comme l’exige Mme le Juge qui suit son dossier. Ses coéquipiers sont heureusement plus bavards, ce qui ne fut pas toujours le cas sur un sujet où il leur a été , l’espace de quelques semaines, demandé de garder un silence pudique. En plus, quelques joueurs parisiens commençaient à être exaspérés à la fois par l’attitude de Loko et par celle des médias. Dans ce domaine également, tout est rentré dans l’ordre.
    Pascal Nouma, un des proches de Loko, résume la pensée générale : « Honnêtement, c’est le jour et la nuit. Avant, il ne parlait que pour se vanter. Aujourd’hui, il est bien, calme, doux, gentil. Maintenant c’est à l’entraînement, sur le terrain, qu’il doit revenir à 100%. »
    Youri Djorkaeff, qui connait Loko depuis des années – ils ont fait leur armée ensemble – l’a beaucoup observé durant son retour contre Strasbourg : « Nous avons pas mal parlé ensemble, notamment durant la mise au vert où il ne semblait pas avoir d’appréhension particulière. Sa rentrée constitue une bonne mise en route. Il est cohérent dans ses gestes. De toute manière, c’était l’homme qui était malade, pas le joueur. Aujourd’hui, il est effacé, tranquille. Il faut être naturel avec lui et ne pas employer de langage spécial. Il a désormais besoin de retrouver sa confiance sur le plan sportif. On y croit tous ! »
    Loko est déjà revenu un joueur. Pour le buteur et l’international, il suffit maintenant d’être patient.

Pierre MENÈS


logo_FF26 septembre 1995

Mahé, le journal inattendu.

En compagnie de Stephane Mahé, Parisien émancipé et ex-enfant terrible de Bourgogne, balade sur une planète foot chahutée par les violentes turbulences qu’elle mérite. Avenir Perso, retour symbolique de Loko vendredi dernier au Parc contre Strasbourg, furia autour de Patrick Viera… Le tout sur l’air de Foule sentimentale.

Accessoirement, Stephane Mahé fredonne volontiers quelques acidités de Renaud, avec un net penchant pour le Sirop de la rue et ses douces émanations de l’enfance. Principalement, ce type de vingt-sept ans, arrière gauche de formation et stoppeur parisien par obligation, joue de la balle dans la capitale après onze ans dans la vitrine de l’AJA. On choisirait quant à nous plutôt Souchon pour le laisser musarder dans l’ère du temps, pour le faire s’éterniser sur sa situation personnelle comme sur les dispersions, du milieu qu’il fréquente. Pourquoi le foot ne générerait-il pas lui aussi les « Claudia Schiffer et Paul-Loup Sulitzer » qu’il mérite ? « Bien sûr, c’est kif-kif. Moi, je suis tranquille, je ne suis pas à la mode ».

Catapulté à Paris en ce début de saison après avoir rué à maintes reprises dans le patriarcat de Guy Roux, Mahé est devenu adulte seul, en Bourgogne, « et surtout pas grâce à mon ex-entraineur, dont l’intérêt n’est justement pas d’aider ses joueurs à mûrir… » Un petit garçon à couver, une famille comme point d’ancrage, et les mêmes énigmes à résoudre que celles de ses collègues footeux. « Voir Pat Loko rejouer, c’est un profond plaisir pour moi. je partageais sa chambre avant ce match contre Strasbourg. C’est un type bien, cool, que j’ai connu en A’, et à qui il est arrivé quelque chose qui peut tomber sur la tête de tout le monde. Moi y compris. »
[…]

« Pat reprend goût à la vie »

Propre et libre dans son boulot, la tête balisée par ses propres repères (« Mon fils avant tout. S’il le faut, j’abandonne tout pour lui. »), Mahé pratique aussi le respect tous azimuts. « C’est bizarre, peut-être, alors qu’aujourd’hui l’égoïsme règne partout. Mais je ne veux pas juger, et j’espère que personne ne juge Loko. Nous avons fait ce qu’il fallait dans l’équipe pour qu’il aille mieux. Et lui assume. Il sait ce qu’il a vécu, il en a pris conscience. Pat reprend goût à la vie et j’en suis personnellement heureux. »

Heureux pour lui. Heureux pour les 33 000 personnes au Parc, encore « foule sentimentale », qui ont longuement acclamé l’ex-Nantais lorsqu’il a remplacé Dely Valdes, vendredi dernier lors de la victoire parisienne sur le Racing. Pour quatorze minutes de jeu. « Tout va vite. On s’est dispersés après le match, comme d’habitude, sans contact particulier, mais il souriait ». Chacun chez soi ? « Non, Paris n’est pas le club déshumanisé que l’on prétend. Ici, tu es considéré comme un adulte, on te responsabilise. Rien à voir avec Auxerre, où l’on ne te voit même pas mûrir, où l’on ne se rend même pas compte que tu es devenu un homme. A Paris, Luis aime ses joueurs et mérite, entre autres, qu’on le respecte pour cela. »
[…]

Aujourd’hui, Stephane Mahé s’accommode « d’une vie libre » , tend encore à « se libérer semblablement dans le jeu » et n’oublie pas qu’à quatorze ans, alors qu’il épousait la vie trépidante de footballeur, le lait lui coulait encore des narines. « Quand je suis arrivé à Paris, je me sentais fier d’évoluer avec un gars comme Loko. Aujourd’hui, je le suis encore plus ». Chic et sain, Stéphane Mahé. Ouf

Damien RESSIOT


L'Equipe29 septembre 1995

Lekipe290995PARIS-SG – MOLDE : 3-0
UN HOMME DANS LE MATCH
LOKO RETROUVE SON MONDE

Il a disputé hier son premier match complet au Parc des Princes. Malgré sa bonne volonté, il n’a pas marqué.

    Patrice Loko court. À droite, à gauche, devant, derrière. L’attaquant du Paris-SG, titularisé pour la première fois de la saison au Parc des Princes, n’a pas vraiment de repères. Chacun de ses gestes respirent l’hésitation.
    Pourtant, sur son premier ballon, guetté par tout le stade, le contrôle de la poitrine est impeccable. La suite est un peu plus brouillonne.
    Il est bien au départ de l’action conclue par le premier but de Pascal Nouma, mais cela ne suffit pas. L’ancien Nantais est lent, battu par ses adversaires directs sur chaque course.
    Passé à droite, il continue à appeler la balle à contre-temps, embarquant ses partenaires sur de fausses pistes. Mais il manque visiblement de souffle.
    Youri Djorkaeff lui offre une magnifique ouverture, mais son sprint n’en n’est pas franchement un et les Norvégiens sauvent la situation. Loko se replace en marchant, les mains sur les hanches, à la recherche d’un peu d’air. Il n’est pas toujours dans les bons coups, tandis que son compère de l’attaque, Pascal Nouma, fait un numéro conclu par un deuxième but. Peu à peu, ses partenaires orientent le jeu à l’opposé. Loko trottine gentiment là-bas, de plus en plus excentré.

Il avait marqué

    Il ne reste plus qu’un quart d’heure avant le repos. Servi par Francis Llacer, Loko vient de manquer un contrôle. Il profite pourtant d’un bon travail de Djorkaeff pour accompagner le ballon dans le but vide (33e). Il était là au bon moment. Mais l’arbitre a sifflé un hors jeu inexistant. Loko ne marquera pas cette fois.
    À la reprise, le meilleur buteur du dernier Championnat est toujours là. Sa remise en confiance ne saurait tolérer un désaveu précoce et inutile. D’autant que Loko remue davantage. Toujours à son rythme. La plupart du temps, ses appels de balle, plus nombreux et plus tranchants qu’en première période, restent sans réponse. Malgré sa bonne volonté, il demeure encore trop timide. Toutefois, il se montre plus entreprenant à l’heure de jeu.
    D’abord un centre qu’il reprend légèrement au dessus de la barre transversale de Bakke. Ensuite, une balle venue de la gauche : seul dans la surface, il tarde à se retourner et se fait chiper le ballon (65e). Quelques instants plus tard, il décoche un tir des trente mètres, comme s’il voulait provoquer un déclic.
    Mais rien ne sourit. Surtout pas la chance. En ce début d’automne, Patrice Loko a fait un match de rentrée. Le sien, celui qu’il n’a pas pu jouer depuis plus de deux mois. Youri Djorkaeff avait beau dire : « C’est l’homme Loko qu’il fallait retrouver », le joueur n’est pas tout à fait là. Ses premières quatre-vingt-dix-minutes d’affilée sous le maillot du PSG se terminent. Il n’a pas marqué. Ce sera pour une autre fois.

Fabrice JOUHAUD


L'Equipe20 octobre 1995

Lekipe201095PARIS-SG – CELTIC GLASGOW : 1-0
Un homme dans le match

Loko tient la distance
prochainement


logo_lequipe3 novembre 1995

CELTIC GLASGOW / PARIS-SG : 0-3
Et voilà le printemps !

Avec un doublé de Loko et un but de Nouma, les parisiens ont assuré, de belle manière et sans jamais douter, leur accession aux quarts de finale de la C2 au mois de mars.

(…)
Ils (NDLR : les supporters parisiens) vont être rapidement rassasiés grâce à un Loko cette fois bien rodé. Après avoir vu, sur un bon décalage de Djorkaeff, une nouvelle frappe repoussée par Marshall (33e), l’attaquant parisien ne rate pas son coup trois minutes plus tard sur un tir de Fournier repoussé par le gardien écossais. Il est à l’affût et sa reprise du droit libère le PSG. Sa joie et celle de tous ses partenaires en témoignent.

Loko blessé au pied

On se dit que l’affaire est bien engagée. Mais décidément, Paris a pris de bonnes résolutions comme on a pu le constater cette dernière quinzaine. Pas question de laisser passer l’occasion de doubler la mise et de se dégager complètement « la route du printemps ». Alors à trois minutes de la mi-temps, sur un centre de Guérin, Loko, au premier poteau reprend le ballon d’une volée du plat du pied droit et double le plaisir.
(…)
Headpark applaudit. Ses troupes, puis celle du PSG. Ça s’appelle le fair-play.

Frédérique GALAMETZ.

 

Le retour du buteur
Patrice Loko a inscrit ses deux premiers buts depuis sa rentrée il y a un peu plus d’un mois. Meilleur buteur la saison dernière, il informe qu’il est à nouveau au top.

LOKO : Il a joué seul en pointe durant son heure de présence sur la pelouse de Headpark. Il a beaucoup couru, toujours cherché le meilleur appui. Mais surtout, il a marqué deux buts d’attaquant qui annoncent son grand retour au top niveau. On a retrouvé le Loko de Nantes. Et ça fait vraiment plaisir.

Pierre MENÈS

 

RÉACTIONS
Loko : « Merci à tous »

Forcément, le sourire est radieux. Après « l’affaire » de la nuit du 19 au 20 juillet, après plusieurs semaines d’inefficacité, après deux buts refusés pour des hors-jeu inexistants contre Molde et Metz la semaine dernière, après ce doublé de belle facture en coupe d’Europe, qui plus est sur un terrain adverse. Patrice Loko a enfin pu laisser éclater sa joie hier soir à Glasgow. Sans débordement particulier, mais avec juste ce qu’il faut de quiétude pour comprendre qu’il vient de franchir un nouveau palier.
    « C’est important pour moi de marquer, mais aussi pour l’équipe. Le premier but surtout car il nous libérait. J’ai pu suivre un ballon relâché par le gardien. Je le fais toujours. Ce soir, ça a encore marché. On a tous fait un très bon match, il ne fallait surtout pas prendre de but et on a tous réussi à bien quadriller le terrain. Je ne suis pas encore à 100%, plutôt à 80%. Même si, avec mes partenaires, tout va de mieux en mieux. On se trouve bien sur le terrain avec Youri et Rai. Il me reste à m’améliorer, notamment dans mes courses, mes appels, au niveau de la prise de risques.
C’est vrai que c’était important pour ma confiance de marquer ce soir, surtout après les deux buts valables qu’on m’a refusés. Mais je préfère finalement qu’on me laisse marquer ces deux-là. Ils sont plus importants pour mon équipe. Sur le premier but, tous mes partenaires sont venus m’embrasser et m’ont dit : « enfin on t’accord un but ! » C’est capital et je remercie tous mes coéquipiers. Ils m’aident au fil des matchs. J’en profite aussi pour remercier le public parisien. J’ai trouvé au PSG des gens qui ont su me comprendre. Aujourd’hui, je peux leur montrer que je suis capable de faire de bonnes choses. J’essaie de retrouver le niveau qui était le mien auparavant. Je ne me suis pas fixé de délai pour l’atteindre et j’espère que cela reviendra très vite, même si je sais que c’est très difficile. »

F.G. et P.M.


logo_lequipe4 novembre 1995

Lekipe051195Loko pour l’amour du jeu
Malgré ses deux buts contre le Celtic, jeudi (3-0), l’attaquant parisien n’est toujours pas satisfait de ses prestations. Dès demain soir, contre Nice, il veut retrouver son niveau et rendre très vite à son club tout ce qu’il estime lui devoir.

    La journée est passée si vite. Il y a eu d’abord de longues heures consacrées à chercher le sommeil. Puis une séance de soin pour une cheville gauche douloureuse (qui ne devrait pas l’empêcher de jouer contre Nice demain) et un petit entretien avec Luis Fernandez ont eu raison de l’après-midi. Patrice Loko n’a même pas eu le temps de revoir le match ou du moins les deux buts qu’il a marqués contre le Celtic Glasgow.
    Au fond, peu lui importe. L’intérêt des médias pour son doublé européen, les félicitations des supporters pour un retour au sommet plus rapide que prévu. Il s’en moque même carrément : « Je ne sais pas si j’ai fait un grand match », explique-t-il très posé, alors que pour la première fois depuis des semaines il accepte de commenter ses matchs au PSG. « J’ai fait mon boulot à Glasgow. Chaque joueur avait sa tâche à remplir, j’ai fait la mienne. Mes deux buts ont servi la qualification, surtout le premier qui nous a libéré. »
    On attendait plus de joie débordante, peut-être même une réflexion du genre : « Ça y est, je suis revenu ». Erreur. Sans chercher à la jouer tout bêtement modeste après ses douloureuses mésaventures de l’été, l’attaquant parisien ne peut s’empêcher de constater qu’il n’est pas encore revenu à son niveau de la saison dernière : « L’an passé, j’ai fait une bonne saison parce que j’ai mis des buts mais aussi parce que j’étais bon dans le jeu, par rapport à l’équipe. Je montrais ce que je savais faire avec un ballon. Aujourd’hui, il me manque encore 20% pour retrouver le niveau de jeu qui était le mien. »

«  Je ne suis pas un buteur »

    Alors deux buts, même en Coupe d’Europe, ne suffisent pas. « Évidemment, marquer des buts, c’est important, reprend-il. Mais moi, je ne suis pas un buteur, je suis un attaquant qui aime participer au jeu, trouver des espaces, provoquer des adversaires. Et tant que je n’aurais pas retrouvé mes sensations au niveau du terrain, je ne serai pas satisfait. Je ne m’arrête pas à deux buts marqués. Il y a des joueurs qui marquent deux buts et qui font un mauvais match. Moi, je ne veux pas en faire. Je suis toujours déçu à la fin des rencontres, je sais que je peux mieux jouer. »
    Pourtant, il affirme ne pas gamberger, ne pas douter de son retour. Pour assumer, il y a d’abord le soutien sans cesse renouvelé de son entourage dans la vie de tous les jours, « entre mes parents, mes beaux-parents et ma femme, qui a été un soutien moral important à la clinique ». Ensuite, il y a aussi l’appui du club, jamais démenti depuis le mois de juillet. « J’ai retrouvé au PSG un côté humain : tous les dirigeants, les docteurs ont su m’aider, me comprendre et m’entourer sans jamais me laisser tomber. Je ne sais pas si j’aurais retrouvé cela ailleurs ». Et puis il y a bien sûr l’aide de Luis Fernandez et de ses joueurs : « Depuis que j’ai repris, Luis est proche de moi. Il m’aide en paroles, il me met en confiance à l’entraînement. »
    Quant à ses partenaires, leur attitude dans la vie de groupe n’est jamais prise en défaut. Loko est un joueur du PSG comme les autres, avec qui ils discutent, plaisantent, ils le chambrent même à l’occasion. « Je suis vraiment bien entouré, confirme Patrice. Ils savent tous que pour moi, c’est difficile, que je ne suis pas à mon niveau, qu’à Nantes j’étais meilleur, que je faisais des choses plus belles, plus entreprenantes. Je pensais d’ailleurs que je retrouverai tous mes moyens beaucoup plus rapidement. » Mais de discussions avec Djorkaeff ou Rai « pour encore mieux se comprendre et se trouver sur le terrain » et dans l’attente du retour de Dely Valdès « avec qui je pense qu’on peut faire de bonnes choses », la confiance revient forcément à grands pas. « Heureusement qu’ils sont là avec moi. Les gens ici me soutiennent tous vraiment et j’ai à cœur de leur rendre ce qu’ils me donnent. »
    L’attaquant parisien n’est ainsi pas prêt d’oublier l’accueil réservé par le public pour ses débuts en championnat au Parc contre Strasbourg (2-0) « J’avais peur, ce soir-là, raconte-t-il aujourd’hui. Après plus de 150 matchs en D1, j’ai ressenti pour la première fois la pression lors d’un match. Comme si c’était mon premier… Je ne savais pas ce qui allait se passer. J’avais entendu le public m’encourager à l’échauffement et j’avais peur de le décevoir. Et puis, petit à petit, tout est allé de mieux en mieux. » Aujourd’hui, un vrai retour au premier plan passe aussi forcément par un rappel en équipe de France : « Mais on y va quand on est bon, à l’aise dans son club. Cela ne me déplairait pas d’y aller, mais je veux être sûr de moi. Mais de toute façon, si on fait appel à moi, j’irai ».

Frédérique GALAMETZ


L'Equipe27 novembre 1995

Lekipe271195PARIS-SG – BORDEAUX : 3-0
BUTEUR

Loko : « Il me faut d’autres sensations »

    L’air de rien, on commençait à trouver que Patrice Loko ne marquait pas beaucoup avec le PSG. Seulement un but en neuf matches de championnat pour le meilleur buteur la saison dernière. Loko lui-même ne pensait d’ailleurs pas le contraire puisqu’il estimait régulièrement, ces derniers temps, ne pas être revenu à son top niveau.
    
    Mais samedi contre Bordeaux, il a marqué deux buts et offert le troisième à Rai. Trois buts inscrits en dix rencontres de Championnat, c’est un bilan déjà plus flatteur. Pourtant, Patrice ne semble pas plus enthousiaste que ça : « Je n’ai pas encore le sentiment d’avoir retrouvé toutes mes sensations. Il faut que je revois ce match. Je n’arrive pas à analyser à chaud. Tout ce que je peux dire, c’est que je bénéficie d’une excellent centre de Vincent Guérin sur mon premier but, et je mets la tête ; sur le second, je vais toucher les filets avant le corner de Youri – j’aime bien ce genre de gestes – ensuite le ballon arrive sur moi. J’essaye toujours d’assurer mes frappes. Mais il me faut encore d’autres sensations. »
    Sur l’excellente forme actuelle du PSG, Loko lance : « Tout le monde est solidaire. On prend des points importants. C’est une belle période pour Paris. »

    Quelqu’un demande à Loko si Paris va être champion. La réponse est d’une lumineuse clarté : « Mais je suis venu à Paris pour être champion ! En attendant, notre ambition est de prendre un maximum de points avant la trêve. Au club, tout est fait pour que cet objectif soit atteint. Notre système à quatre attaquants fonctionne de mieux en mieux. Il y a des centres, des frappes. Ça laisse augurer de choses encore plus belles. » Pour lui aussi, sans doute.

Pierre MENÈS


L'Equipe10 décembre 1995

LOKO EN FACE
Patrice, mon ami, mon frère
prochainement


logo_lequipe11 décembre 1995

Lekipe111295Ce Paris fait rêver
prochainement

 

 


logo_lequipe19 avril 1996

Lekipe190496

Loko a pris son pied
L’attaquant parisien, malgré une cheville gauche douloureuse, a beaucoup pesé sur la défense espagnole. Et a libéré ses partenaires à l’heure de jeu.

La douleur est là, sous cette chaussette rouge. Entorse de la cheville gauche. Pas vraiment grave. Pas vraiment bénigne. Simplement présente pour que Patrice Loko souffre un peu. Sur ses courses, sur ses frappes. Il le sait, il le sent. Jamais il ne laisse sa plante de pied s’enraciner dans une pelouse trop tendre pour être fidèle. Ce gazon maudit-là, il l’aborde félin, comme s’il avait des coussinets à la place des crampons.

Pour autant, Patrice Loko ne se cache pas. Bien sûr, il serre les dents en silence. Mais il veut aussi faire un peu de mal à ceux qui sont en face. Voro, qui le materne virilement dès qu’il approche du point de penalty, ou Ribera, qu’il croise le plus souvent sur sa route. Les deux défenseurs de La Corogne sont souvent mal orientés par des contrôles qui le sont davantage. Malgré cela, aucune occasion ne se présente.
Alors Loko pèse. De tout le poids que sa jambe droite l’autorise à mettre dans cette partie.
Le jeu est à gauche ? Il part à droite, ouvre des boulevards pour ses partenaires. Chaque fois ou presque, Voro plonge et part avec lui, nulle part. Ça ne suffit pas. Liano n’a toujours pas tremblé. Ses filets non plus.

Son quinzième but européen

Mais la cheville de l’ancien Nantais tient les chocs. Il est là, à nouveau, en seconde période. Lui qui était « optimiste » deux jours avant la rencontre avait donc raison. On le voyait souffrir en silence, sortir la tête presque basse des vestiaires du camps des Loges. Et on se disait que c’était cuit, qu’il serait dans les tribunes, au mieux sur le banc. Luis Fernandez a finalement tranché et fait le bon choix.

Loko le démontre peu avant l’heure de jeu. A la cinquante-neuvième minute exactement. Djorkaeff a le ballon. Voro a le regard divergent. Un oeil sur le maitre à jouer du Paris-SG, l’autre sur cet attaquant qu’il sait sur une cheville. Alors, quand Djorkaeff donne cette balle, le défenseur espagnol a choisi le mauvais côté. Un contre-pied dont profite l’ancien Nantais. Contrôle du droit. De ce côté-là, pas de pépin. Ça va partir. A ras de terre, des seize mètres, sur la gauche de Liano écartelé, mais pas assez.

Peut-être, le premier tir cadré des Parisiens. En tout cas, ce quinzième but de Loko dans une Coupe d’Europe, libère les 43965 spectateurs du Parc. Aimé Jacquet, qui devra se passer de Nicolas Ouédec pour l’Euro est certainement de ceux-là. Loko, lui, a été plus fort que sa douleur. Et grâce, à lui, Paris, cette fois, a pris son pied.

Fabrice JOUHAUD


SAISON 1996 / 1997

logo_FF22 octobre 1996

(après la défaite en Coupe d’Europe, 4/2 en Turquie contre les turcs de Galatasaray)

Et si Paris était surfait ?

[…] Car PSG s’est procuré un nombre ridicule d’occasions, signe d’une indigence offensive qui ne date pas d’hier. Même lorsque la défense adverse a l’air d’un assemblage en carton pâte comme celle de Galatasaray, le duo Loko-Dely Valdes ne constitue pas une réelle menace. Le premier s’épuise dans des courses inutiles, à croire qu’il est jugé sur le kilométrage parcouru. Forcément, lorsque le ballon lui parvient, il n’a plus la fraîcheur nécessaire pour en faire bon usage. Le second, lui, s’épuise dans d’interminables allers et retours au Panama pour les éliminatoires de la Coupe du Monde. Même en occultant ses heures de vols, il n’est de toute évidence pas l’attaquant percutant dont le PSG a besoin. Si Ricardo était vraiment convaincu de l’efficacité de ce tandem, il l’alignerait systématiquement en championnat. Or , c’est loin d’être le cas. […]

Jean-Philippe BOUCHARD


logo_FF21 mars 1997

(lendemain du 1/4 de finale retour de la C2 – AEK Athènes – P.S.G.)

FF_041997Loko : « J’espère revivre ça »
TRIPLÉ. L’attaquant parisien se réjouit d’abord de la cohésion retrouvée de son équipe. Sa formidable réussite personnelle en passerait presque au second plan.
Loko happé par la meute, Loko auteur d’un hat-trick probablement unique dans les annales du football français à cet échelon européen, n’a qu’une idée en tête: « Où est le bar ? » C’est vrai quoi, il peut boire un coup. Il a probablement soif tellement il a couru et marqué. Et puis, il peut arroser ça en toute simplicité car il ne semble pas avoir conscience de la portée de son exploit.

Patrice, dans quel état d’esprit aviez-vous abordé cette rencontre ?
On avait surtout l’espoir de marquer au moins un but.C’était bien parti, assez vite finalement.

Ce fut un bon scénario…
Idéal! A l’occasion de ce déplacement, personne ne nous voyait faire un bon match comme ça. Mais on a l’habitude d’être critiqués et de ne pas toujours se préparer dans les meilleures conditions.

Paris a retrouvé son football ?
Oui. Ce soir, on a été très bons et très sérieux. On avait une bonne cohésion sans être mis souvent en difficulté.
En fait, on a mis une occasion de but au fond presque d’entrée. A partir de là, marquer si vite nous a fait comprendre que nous avions la main-mise sur le match.

Comment se fait-il que le PSG réponde présent en Coupe d’Europe ?
C’est une histoire de rendez-vous très important. Celui-là, on l’avait dans nos têtes. Je pense que ce doit être un déclic pour nous. En Championnat dimanche contre Metz et en Coupe d’Europe.

Vous pouvez aller encore plus loin, en C 2 ?
Si on joue comme ça, on peut mettre en danger n’importe quel adversaire.

Vous avez une préférence ?
Non. Aucun a priori.

Et vos trois buts ? On imagine que votre satisfaction doit être grande…
Ça fait toujours plaisir. Surtout quand on peut marquer sur chaque occasion que l’on se procure. Sur le premier but, je devine que Leroy va la piquer. J’espère revivre ça.

Jean-Marie LANOË


logo_lequipe28 avril 1997

(au lendemain de son quadruplé en championnat contre Nice.)

Lekipe280497Loko : « Je veux marquer en finale »
Avec ce quadruplé, Loko fait grimper son total à quinze buts : une réussite qui profite au P.S.G. et qui lui donne encore plus d’ambition.

Quatre buts en un match, cela n’arrive pas tous les jours. Est-ce la première fois de votre carrière ?
En pro, oui ! Chez les jeunes ça m’est déjà arrivé, mais à ce niveau c’est la première fois. J’espère que ce n’est pas la dernière…

Pascal Nouma, avec Strasbourg à Montpellier (4-1), a réussi le même exploit au cours de cette journée. Vous vous étiez donné le mot ?
(Sourire.) Non, on ne s’est pas téléphoné mais on était tous contents pour lui lorsqu’on a su qu’il avait marqué quatre buts à Montpellier: c’est un ancien coéquipier.

Au-delà de votre festival, le PSG a profité de ce match pour prendre trois points d’avance sur Nantes. Est-ce le plus important ?
Absolument ! Ces trois points sont très importants. En plus, nous faisons également une bonne opération. au niveau de la différence de buts, cette seconde place qualificative pour la Ligue des Champions est très importante pour nous. Nous sommes dans une bonne phase, mais il faut confirmer mercredi à Lille et samedi contre Bordeaux. En tout cas, nous avons montré que nous avions encore des forces. On ne va pas lâcher et on se battra jusqu’au bout.

Vous n’avez pas semblé trop fatigué par le match à Anfield (0-2)…
En ce qui me concerne, je suis sorti contre Liverpool en seconde période et je n’ai pas eu à m’épuiser pour préserver nos buts d’avance. Aujourd’hui, j’étais peut-être un petit peu moins fatigué que les autres.

Après votre hat-trick à Athènes (3-0), un doublé contre Metz (2-0), voilà un quadruplé contre Nice. A chaque fois que le PSG gagne, c’est Loko qui fait la décision. Comment expliquez-vous une telle réussite ?
Elle est collective. On joue des matches importants et je suis peut-être un peu plus concentré. Ce soir j’ai su me libérer du marquage, sur mon quatrième but j’avais encore la possibilité de faire la différence. Je suis surtout content pour le public du Parc, qui nous a toujours soutenus.

Maintenant, quel est votre objectif ?
D’un point de vue personnel, je veux marquer un but en finale contre le Barça… celui de la victoire !

Recueilli par Pierre MÉNÈS


logo_lequipe13 mai 1997

FF_051997L’ÉVÈNEMENT FINALE COUPE DES COUPES
Le but de Loko
DEFI. À la veille de la finale contre Barcelone, l’attaquant parisien, qui flambe depuis quelques matchs, se déclare prêt à se mesurer à Ronaldo, la nouvelle star mondiale. Sans complexe, il se verrait bien dans la peau du buteur victorieux.

PROCHAINEMENT


SAISON 1997 / 1998

72dpi-logo-Loiret-2coul28/10/1997
coteloiret-gensdicir39-lokophoto-article-complet1PATRICE LOKO : UN TALENT FOOT

Une étoile est née à Sully-sur-Loire. Son nom : Patrice Loko. Son métier : footballeur professionnel. Il espère grimper au somment du monde, l’été prochain, avec l’équipe de France. Itinéraire d’un surdoué.

« Un coup de pot ». Lundi 11 août 1997, 10h30 : au camp des Loges, ça ne rigole pas. Sous une chaleur accablante, les joueurs du PSG préparent leur entrée en Ligue des Champions face à Bucarest. Patrice Loko travaille son entente avec Florian Maurice. Derrière le grillage, le public regarde en connaisseur. Le foot, Patrice Loko est tombé dedans dès son plus jeune âge. Il est né avec le talent. D’ailleurs, dans la famille Loko, de père en fils, on a toujours joué au football.Mais de là à devenir une star, comme dit son père, Pascal Loko : « C’est un coup de pot. Il était doué. » Pourtant, au début raconte encore Pascal Loko « Je doutais. Je ne croyais pas qu’il allait jouer. Il ne voulait pas regarder les matches à la TV. Il allait tout le temps auprès de sa mère qui repassait et moi ça m’agaçait« . Patrice Loko confirme : « Au début, j’aimais bien taper dans le ballon mais sans plus. C’est vers 7-8 ans que je m’y suis mis un peu plus. Je marquais des buts.« 

Le bon choix : Nantes. Pour autant, il ne pensait pas encore devenir un jour une star du ballon rond. « C’était un rêve, explique-t-il. On venait souvent voir des matches au Parc des Princes avec un ami. Et moi aussi je courrais après les autographes. » Le rêve est donc devenu réalité. Après avoir joué au club de Sully-sur-Loire, Patrice Loko dispute un tournoi à Vichy avec l’équipe d’Amilly. Là-bas, une quinzaine de clubs le remarquent.

Parmi eux : Nantes, où il a déjà fait un stage d’une semaine, Monaco, Auxerre, Saint-Etienne et Nice. Tous veulent le prendre dans leur centre de formation. Mais, comme dit Patrice Loko, « fallait pas s’emballer. Mon père m’a expliqué qu’on devait bien réfléchir. » Pascal Loko se souvient lui aussi très bien de ce moment délicat : « J’avais choisi 5 équipes. On a été pendant 3 jours à Monaco. Mais, à Patrice, ça ne lui a pas plu. Guy Roux est venu me voir içi, à Sully. Moi, je voulais pas pousser mon gamin à aller quelque part. C’était à lui de choisir.« 

La course à la célébrité. Finalement, Patrice Loko décide de partir à Nantes. « J’ai choisi au feeling, avoue-t-il. Nantes, c’était Auxerre mais en plus grand. C’est l’environnement qui m’a séduit. J’avais une chambre pour moi tout seul. » A partir de cet instant, commence l’aventure du football de haut niveau. Rien n’est encore gagné mais la course à la célébrité est lancée.

Cette course, Patrice Loko la finira dans les premiers. Avec en apothéose, un titre de champion de France remporté haut la main par Nantes. Cette année, Patrice Loko a été rejoint au PSG par son ami Franck Gava. « Je suis content d’avoir retrouver Franck, précise-t-il. Maintenant, il faut essayer de savourer ça. » En 1998, il espère bien disputer la Coupe du Monde. Et la gagner. L’étoile Loko n’a décidément pas encore fini de briller dans le ciel de la planète foot.

M.Vassal


logo_lequipe6 avril 1998

après la finale de la coupe de de la ligue P.S.G. / Bordeaux

Lekipe060498Loko : « J’ai envie de jouer davantage »
Entré à un quart d’heure de la fin du temps réglementaire, l’attaquant parisien a distillé deux passes décisives et réussi le dernier tir au but, celui qui envoie le PSG en coupe de l’UEFA un mois avant la fin de la saison.

« Je n’ai pas eu peur, je n’ai pas eu peur ». Si la lèvre inférieure du quatrième tireur parisien lors de la séance des tirs au but se veut encore hésitante, son pied droit, lui, n’a pas tremblé. Il est 23 h 19 samedi, et Patrice Loko vient officiellement de qualifier le PSG en Coupe d’Europe, une épreuve qui lui a si bien réussi, comme lors de son triplé athénien la saison dernière. « C’est symbolique que ce soit Patrice qui inscrive le dernier tir au but, lui qui revient du bout du monde », se réjouit Claude Le Roy, le directeur sportif parisien, une coupette de champagne à la main. Non loin de là, imperturbable, Patrice continue son furtif exposé. « Vous savez, une séance de tirs au but, c’est toujours à pile ou face. Je n’ai pas ressenti de pression particulière, car j’ai l’habitude de tirer les penalties ».

Ricardo « C’est reparti pour lui »

Si, à l’instar des quatre derniers matches de Championnat, l’ancien Nantais est entré en jeu en fin de match, il a cette fois-ci bénéficié de plus de temps pour peser sur l’issue de la rencontre. « Grâce à la prolongation, j’ai pu jouer une demi-heure de plus et montrer, autrement qu’à l’entraînement, que j’étais bien en ce moment. Si je ne pense plus du tout à l’équipe de France, j’ai envie de jouer davantage, avoue-t-il. Je ne dis pas cela au regard de ma prestation de ce soir, où j’ai simplement eu la chance de me trouver dans les bons coups ».

A commencer par celui qui a amené l’égalisation du PSG, six minutes après avoir remplacé Florian Maurice. « J’anticipe toujours sur les frappes de mes coéquipiers, reprend l’intéressé. Sur le penalty, j’ai donc suivi le tir de Rai. Quand j’ai vu qu’il y avait un bleu derrière moi, je lui ai remis instinctivement le ballon ». Sa talonnade a ainsi permis à Simone d’égaliser (80è). Une première passe décisive qui a bientôt été suivie par une deuxième (106e), qui a forcé l’admiration de son entraîneur. « Patrice donne une super balle piquée à Rai, raconte Ricardo. Il a réalisé ce que je demande toujours à mes joueurs de faire dans ces phases de jeu : glisser le ballon au second poteau. Face à Bordeaux, il a été égal à lui-même ». Multipliant les courses croisées et les appels, l’international français s’est ainsi dépensé sans compter. « On a retrouvé un grand Patrice Loko, relance encore Marco Simone, deux passes décisives dans une finale, vous vous rendez compte ? »

Ce retour en forme, Michel Denisot tient également à le souligner. Lors de la remise de la Coupe, il a chaleureusement happé son joueur sur le podium pour l’embrasser. « On a vu son rôle samedi soir, justifie le président-délégué. C’est une grande satisfaction pour lui et pour nous ». Et Ricardo, tout sourire, de glisser. « Ça y est. C’est reparti pour lui ! »

Bernard LIONS


logo_lekimag11 avril 1998

Portrait_WeinbergerPatrice Loko à nouveau sur la pente savoureuse

Après sa parenthèse dépressive, Patrice Loko est redevenu lui-même. Et s’il se refuse à trop penser à l’équipe de France, son entrée a été décisive pour la victoire du PSG en finale de la Coupe de la Ligue… En attendant la demi-finale de la Coupe de France, dimanche, face à Guingamp

Deux passes décisives, le penalty de la victoire, Patrice Loko a signé, samedi dernier en finale de la Coupe de la Ligue, un retour trop longtemps espéré. Sous les veux des 77 000 spectateurs du Stade de France, il a du à nouveau déployer son jeu de feu, mouvement perpétuel de l’esprit et du corps. Dévoreur d’espace, buteur ou passeur selon les exigences de l’instant, tel apparaît Patrice Loko dans son habit de footballeur. Hors du champ de jeu, l’homme retrouve des allures de Pierrot lunaire. Son regard est celui d’un doux rêveur qui aime naviguer sur des mers lointaines. Loko aurait pu, en toute quiétude, balader sa hargne et sa placidité dans tous les recoins de l’univers, jongler avec ses paradoxes sans que personne ne songe à y redire. Mais l’interrogation naitra toujours de cette brutale explosion qui, à deux reprises, l’a installé quelque temps dans le Pavillon blanc et bleu d’une clinique du Vésinet. Par deux fois, Patrice Loko s’est égaré dans ces lieux.

Par deux fois. l’esprit et les nerfs en déroute, il y a suivi une thérapie. Un passage que son médecin traitant, le docteur Sonnier, s’efforce de banaliser. « N’importe quel individu peut un jour s’effondrer nerveusement. Les symptômes sont différents, tristesse et abattement pour les uns, colère et frénésie pour les autres. Inutile de préciser dans quelle catégorie s’est classé Patrice Loko. Le malheur, lorsque l’on est un homme public, c’est que l’on ne peut tomber malade discrètement. »
Le choc a été d’autant plus grand que l’international parisien renvoyait l’image d’un homme timide et modéré. « Mes proches m’ont toujours trouvé trop calme », confie-t-il en souriant. Alors, comment imaginer ce modèle d’équilibre, cabossant les tôles des voitures qui ne demandaient rien à personne et insultant la force publique avec son pantalon comme étendard. Personne n’a vraiment compris. À Nantes, club de ses débuts, encore moins qu’ailleurs. Il faut dire que, dans la maison nantaise, grande accoucheuse de talents, on garde un souvenir ému, de son passage. Et comment oublier ce jeune garçon à l’exquise politesse et au talent déjà si marqué et si remarqué ?

A quatorze ans, ce sociétaire du petit club d’Amilly, sélectionné en équipe de France cadets, intéresse tous les centres de formation. « J’avais le choix. J’ai donc privilégié les deux meilleurs : Auxerre et Nantes. Finalement, j’ai opté pour le second. La Jonelière me paraissait plus confortable et on m’offrait une chambre individuelle ». Le temps de l’apprentissage fera son œuvre en douceur. Un parcours rectiligne sans le moindre faux pas. Raynald Denoueix, entraîneur du FC Nantes et ancien patron de l’école nantaise, en témoigne : « La progression de Pat a été d’une régularité étonnante. Son gabarit frêle lui a interdit une progression foudroyante, mais il s’est toujours inscrit dans la logique du succès. A aucun moment on ne s’est posé la question, finalement fréquente durant la période d’apprentissage : doit-on le garder ? Sur le plan mental, il était aussi très fort. Pas l’ombre d’un problème. Pat, c’était un modèle d’équilibre. Autant vous dire que j’ai été totalement surpris par ce qui lui est arrivé ».

Le petit gosse de Sully-sur-Loire fait l’unanimité. On apprécie sa politesse, sa gentillesse et sa discrétion. Tout juste Alain Garnier, ancien journaliste et secrétaire de l’association du FC Nantes, discerne-t-il quelques failles dans ce portrait idyllique. « C’était le plus correct, mais aussi le plus pro de tous les résidents du centre. Je trouvais même qu’il s’appliquait presque maladivement dans tout ce qu’il entreprenait, que ce soit une partie de cartes ou de boules nantaises. Et puis, les serveuses du restaurant du centre peuvent en témoigner, il réagissait vivement lorsqu’il s’estimait victime d’une injustice ». À Nantes, heureusement, on ne souhaite que sa réussite. Et lorsqu’il dispute son premier match pro contre Bordeaux en 1989, à l’âge de dix-neuf ans, tout le personnel de la Jonelière partage sa joie. L’heure des succès est arrivée. Les dernières hésitations de Blazevic, l’entraîneur yougoslave du FC Nantes, seront balayées par les certitudes de Denoueix et Suaudeau. « Ils ont dit à Blaze que s’il ne me faisait pas jouer, le Centre de formation nantais n’avait plus aucune raison d’exister ».

Pour Coco Suaudeau, le technicien et dépositaire de la philosophie du jeu à la nantaise, Patrice Loko représente le joueur idéal. « Il a parfaitement intégré le sens du don en football. Donner et recevoir, pour faire vivre le jeu. Dans mon esprit, Pat est resté le même. Pas différent des autres, juste plus sensible ».
Un être sensible qui connaît la douleur de perdre, un soir de Noël 1992, son fils Romain âgé de huit mois. Patrice Loko encaisse durement le coup mais, pour rester debout, continue à disputer des matches. Ainsi, malgré sa peine, il répond présent au premier rendez-vous que lui fixe l’équipe de France en janvier 1993. « Un match amical contre le Sporting de Lisbonne. Je marque le premier but. Pour ne pas m’effondrer, je n’ai pas cessé de jouer. Je sais aujourd’hui que j’ai eu tort ». A la fin de la saison, il sera handicapé par une blessure à la cheville, qui refusera obstinément de cicatriser. « Comme si la blessure de l’âme empêchait celle du corps de guérir », se souvient Jean-Claude Suaudeau.
L’embellie succède à ces sombres moments. La jeune équipe nantaise s’invite de belle manière au concert des compétitions européennes avant de s’installer en 1995 sur le trône du Championnat national. Nantes est champion de France et Patrice Loko en est le meilleur buteur (22 buts). Pour de nombreux joueurs nantais, l’aboutissement de cette consécration se traduit par un juteux transfert. Ziani signe à Rennes, Karembeu à Gênes. mais pour Loko. qui est pourtant l’un des plus âgés de la bande, la route du départ est semée d’embuches. Les négociations engagées entre Nantes et le PSG s’éternisent. On doute même un moment qu’elles puissent être menées à leur terme. Au fil des jours, le comportement du gentil Loko évolue. Au stage d’été des Canaris, à Crans-Montana, il fait de l’obstruction. « Mais pas plus que n’importe quel joueur dont le départ est contrarié, précise Suaudeau. Ils ne font que suivre les instructions de leur manager. Ils se rendent insupportables pour mieux obtenir le ticket de sortie ».
Mais, pour Patrice Loko, ce petit jeu tournera au drame. Et si le reste de l’histoire appartient aux rubriques des faits divers, elle sème stupeur et incompréhension chez ceux qui le connaissent le mieux. « Personne n’a pu comprendre, explique Robert Budzinski, le directeur sportif de Nantes. Le sang-froid et la force de caractère sont des qualités propres à Patrice. Il faut être fort mentalement pour dépasser le décès d’un enfant, s’affirmer comme le meilleur buteur du Championnat et devenir titulaire en équipe de France ». Même surprise pour son frère William, attaquant à Villeneuve-d’Ascq : « C’est l’exemple de Pat, sa manière de traverser les galères qui m’ont conduit à m’engager dans le football professionnel. J’étais à l’armée lors de la première crise. J’ai découvert ce qui lui est arrivé par les journaux. Je suis resté sur le cul. L’homme dont on faisait le portrait, ce n’était pas lui ».
À ce comportement irrationnel, on essaiera de trouver les réponses les plus folles. Rupture maritale, usage de drogue, influence d’une secte, ego hypertrophié. « On a tout dit, raconte Patrice Loko. On m’a fait tout dire aussi. J’ai même dû assigner en référé au tribunal de Paris les auteurs d’un livre : « PSG, les nouveaux mystères ». Trois jours après la parution, ils ont été obligés d’intégrer un paragraphe nous déniant, à ma femme et moi, les propos qui y sont tenus. Cela précisé, j’ai vu des émissions sur les drogués et je peux comprendre, compte tenu de mon état, que les gens aient pu m’imaginer sous l’influence d’un produit dopant. Pourtant non. Je me suis seulement trouvé face à une situation qui m’échappait. Ça m’a rendu malade ».
Il lui faudra quatre mois pour redevenir lui-même. Plus précisément pour pouvoir partir à la conquête d’un titre européen avec le PSG et retrouver sa place en équipe de France. Jean-François Domergue, qui l’a assisté durant cette épreuve, en garde un souvenir ému. « À cette occasion, j’ai découvert un personnage attachant, doté d’une extrême générosité. J’ajouterai qu’il est très costaud sur le plan psychologique. Les quolibets, voire les insultes de certains spectateurs après son retour à la compétition, ne l’ont pas empêché de revenir à son meilleur niveau et de réaliser une saison remarquable. C’est un être extrêmement sensible, qui a besoin, plus que d’autres, d’établir avec les gens des relations fondées sur la confiance ».

A écouter ces témoignages, on pourrait croire que Patnce Loko a simplement intégré à son mode d’existence des principes du jeu à la nantaise. Donner et recevoir pour mieux avancer. Le blocage venant lorsque son environnement déroge à cette règle. Ainsi, lorsque le PSG en début de saison, fait appel Maurice et Simone sans l’ombre d’une explication, il se retrouve dans une situation qu’une lois encore il ne maitrise pas. Incompréhension, sentiment d’injustice ? Toujours est-il que, de nouveau, Patrice perd pied. Mais, là, la goutte d’eau ne le noiera pas. « On a compris qu’il n’était pas bien, explique son frère William. On a pu agir d’autant plus rapidement qu’il était très conscient de ce qui lui arrivait ».
Il y aura donc un retour à la « villa des Pages », mais, cette fois, il ne sera pas précédé d’un dérapage incontrôlé. Il retrouvera assez vite les camps d’entraînement du PSG et effectuera de nouvelles apparitions sur les aires de jeu. Un retour que les supporters du club ont souvent réclamé bruyamment. « On n’a pas oublié ce qu’il a apporté à l’équipe explique l’un d’eux, fidèle habitué du Camps des Loges. Maurice est encore loin d’avoir fait aussi bien. Alors, qu’on lui donne sa chance ».
Après le match contre Bordeaux, Patrice Loko peut désormais croire en des lendemains qui chantent. Mais pour avoir si longtemps attendu ce retour, il regarde les contours de son avenir avec prudence. Ainsi il se refuse de trop penser à l’équipe de France et à la prochaine Coupe du monde. Il se veut seulement et totalement guéri. « Ma rechute s’explique par deux raisons : La première, c’est que j’ai arrêté mon traitement trop tôt. La seconde. c’est que je n’avais pas réglé tous mes comptes avec mon passé. Aujourd’hui, je connais les causes de ma dépression. En parlant longuement avec mon psychologue, j’ai compris qu’il me fallait effectuer le deuil de mon fils. Ce qu’inconsciemment j’avais toujours refusé de faire. J’ai porté le deuil. Maintenant, c’est fini. Je n’aspire désormais qu’à faire mon métier ».
Le temps de la reconquête ne devrait pas tarder à revenir pour Patrice Loko. Comme il l’a appris à Nantes, il pourra, de nouveau, donner le ballon pour mieux le recevoir. Pour toujours avancer. Peut-être même dès demain, dimanche, en demi-finale de la Coupe de France face à Guingamp.

Michel NAÏT-CHANAL


SAISON 1998 / 1999

logo_FF24 juillet 1998

Loko pour le plaisir

REVENANT. Dans un Paris-SG nouvelle époque, pour sa quatrième saison au club, l’attaquant international compte bien effacer les frustrations engrangées ces derniers mois. Le voisinage de son ancien complice nantais, Nicolas Ouédec, devrait l’y aider.

« Je n’en ai pas encore fini de mon expérience avec le Paris-Saint-Germain« . La déclaration ne recèle ni violent désir de revanche personnelle, ni quête acharnée de rachat à tout prix. Pas de poing serré et haut levé; au contraire, toujours cette douceur qui coule du regard. Patrice Loko se veut simple joueur professionnel au cœur de l’été, prêt à entamer une nouvelle saison. « Ma quatrième avec le PSG, déjà. Le temps est passé si vite… »

Le très court silence qui suit englobe les mois de troubles personnels mais aussi les soixante quinze matches de Championnat disputés et, surtout, les diverses Coupes engrangées chaque année. « Cette fois, j’espère bien accrocher le titre de champion. Pour l’avoir remporté avec Nantes, je sais quelle joie il procure. C’est mon objectif principal« . Pour l’atteindre, il ne sera plus entouré de Rai, de Guérin, de Le Guen, de Fournier (en partance), ou de Ricardo et de Bats, autant de grognards parisiens qui ont migré plus ou moins de bon gré. « C’est vrai, avec Francis (Llacer) et Bernard (Lama), je suis l’un des plus anciens de l’effectif. Pour autant, je ne me considère pas comme faisant partie des meubles. J’ai encore des choses à prouver« .
La saison dernière, Patrice Loko n’a participé qu’à dix rencontres de championnat (aucun but inscrit), la plupart du temps en situation de remplaçant. « Les deux ou trois derniers mois, c’est vraiment devenu pesant. Ma blessure était guérie et je me sentais capable d’apporter quelque chose à l’équipe Enfin, il faut accepter le choix de l’entraîneur« .
Justement, l’intéressé est reparti au Brésil. Pour Loko, cette grande lessive décidée par le PSG est l’occasion de donner un nouveau souffle au club. « C’est marrant, j’ai l’impression d’avoir été transféré ! Les structures, les lieux sont identiques, mais les têtes sont quasiment toutes nouvelles, dans le staff, chez les dirigeants et chez les joueurs. Le PSG prend un nouveau départ et, grâce à ce rajeunissement, l’équipe va gagner en enthousiasme. Cette politique va nous donner un second souffle et nous permettre de sortir du train-train qui nous a parfois freiné la saison passée« . La remarque le concerne directement. Le milieu et le public attendent de retrouver le Loko jaillissant des heures nantaises. A Paris, ses coups d’éclat ont été trop rares, quoique marquants.

Le mois prochain, il bouclera donc une triste année sans avoir vécu cette sublime fulgurance réservée aux buteurs de calibre. « Ça me manque. Un attaquant ne s’habitue jamais à ne plus marquer. En fait, je suis en manque des plaisirs du football : se concentrer avant un match, courir, dribbler et, bien sûr, marquer« . Pour assouvir ces besoins, l’ex-Nantais, vingt-huit ans, devra d’abord surmonter la concurrence. Le départ prévisible de Marco Simone devrait lui libérer une place au côté de Ouédec, son ami des heures canarie. Mais le brésilien Adailton et le jeune Laurent Leroy sont ambitieux. Pour l’heure, une entorse à la cheville droite a privé Patrice Loko de trois des quatre premières parties amicales du Paris-SG, mais il devrait être sur pied pour affronter l’Athletic Bilbao samedi, à Evry-Bondoufle.

« Le discours de Giresse m’a rassuré »

« De toute façon, comme la préparation est pour l’instant essentiellement axée sur le foncier, il est trop tôt pour présager des choix offensifs d’Alain Giresse. En tout cas, son discours m’a rassuré. Il préconise un football d’attaque avec prise de risques. Avec lui, les attaquants devront tenter, provoquer pour pratiquer un football digne de Paris. » A ce sujet, persuadé de retrouver des automatismes si longuement usinés à la Jonelière, il attend avec impatience d’être associé à Nicolas Ouédec afin de donner de la vie aux futures offensives parisiennes.

Concentré sur la saison à venir, Patrice Loko ne pourra toutefois jamais compenser les tonnes d’extase et de gloire récemment engrangées par vingt-deux Bleus devenus illustres pour la vie. La Coupe du monde, les exploits de ses camarades de promotion, il les a vécus sur les bords de la Méditerranée. Malgré une présence de vingt-sept minutes contre l’Angleterre lors du Tournoi de France en 1997, le parisien n’a jamais entretenu l’illusion de figurer dans la sélection définitive d’Aimé Jacquet. « Dans la mesure où je ne jouais pas en club, je ne pouvais pas y prétendre. C’est triste car, en 1993, j’étais dans le groupe et je m’étais dit que je jouerais la prochaine Coupe du monde« .
Il parle sans émotion apparente, simplement reconnaît-il qu’à l’évocation de l’âge de Thierry Henry, il prend un léger coup de vieux. Mais, pour lui, ce n’est pas le plus crucial. Il veut d’abord retrouver le jeu et le plaisir qu’il procure. Des mots qui reviennent sans cesse dans sa bouche.

Christophe LARCHER


logo_FF15 septembre 1998

Simone, partenaire particulier

CURIOSITÉ. Que ce soit Patrice Loko ou Nicolas Ouédec, les attaquants parisiens, à l’image de Florian Maurice la saison dernière, éprouvent beaucoup de peine à exister aux côtés du virevoltant Italien Marco Simone. La faute à leurs propres insuffisances, à un collectif encore en rodage, ou au talent égoïste de l’Italien ? Éléments de réponse.

Le PSG version Biétry-Giresse n’a certes plus grand-chose à voir avec le PSG tendance Denisot-Ricardo-Bats. N’empêche, Marco Simone est resté. Et, avec lui, ce mal inconnu qui frappe immanquablement le deuxième attaquant titulaire du club de la capitale. Si l’italien marque des buts, son partenaire en pointe, quel qu’il soit, reste muet. Comme si l’indéniable talent du premier annihilait celui du ou des joueurs qui l’entourent. En cinq matches de Championnat – et même s’il est encore trop tôt pour crier à là sorcellerie -, le beau Marco a froissé les filets à trois reprises. Ouédec, Loko et Adailton, qui n’a certes joué que cinq minutes contre Lorient (4e journée), avancent, quant à eux, le même pauvre bilan : zéro but !
A titre de comparaison, les attaquants des autres équipes candidates aux places d’honneur du Championnat ont pratiquement tous inscrit au moins un but. A Bordeaux, Wiltord et Laslandes ont marqué. A Marseille, Ravanelli, Maurice et Dugarry en ont fait autant. A Monaco, Henry, Ikpeba, Spehar et Trezeguet aussi. A Lens, pareil pour Nouma, Vairelles et Smicer.
Le phénomène parisien passerait presque inaperçu si Florian Maurice n’avait pas rencontré pareille mésaventure la saison passée. Tandis que l’Italien flambait en Championnat et passait à juste titre pour le Zorro parisien des finales de Coupes de France et de la Ligue, Maurice, lui, comptait à chaque match ses ballons exploitables sur les doigts d’une seule main et finissait péniblement sa saison avec sept buts au compteur. Faible pour un candidat au Mondial.

Un improbable exploit individuel

Du coup, l’ex-Lyonnais a quitté le PSG pour Marseille sans le moindre regret. « Footballistiquement parlant, il valait mieux que je quitte Paris, déclarait-il en début de saison. J’avais l’impression que mes partenaires jouaient de moins en moins avec moi au fil des semaines. Entre deux solutions devant – Marco Simone ou moi -, ils choisissaient systématiquement Marco. »
Rebelote cette saison. Seul le nom des acteurs a changé. Vendredi dernier à Nancy (0-0), c’est Patrice Loko qui s’y est collé. Titularisé d’entrée, le joueur a multiplié les courses et les appels de balle pour un bien maigre butin. Combien de fois a-t-il été sollicité dans de bonnes conditions ? Aucune, ou presque. Loko n’a pas frappé une seule fois au but en soixante-dix ­huit minutes de jeu (il fut remplacé par Ouédec qui, lui, tenta une fois sa chance d’un tir écrasé sans danger). Et s’il a quand même touché le ballon, c’était soit pour le remettre en retrait, soit pour le dévier en direction d’un partenaire. Triste soirée, même si on ne peut pas dénigrer le travail d’usure et de pressing – aussi ingrat soit-il – du Français dans la gueule d’une défense lorraine aux dents acérées. Mais ce n’était quand même « que » Nancy.
Simone, lui, a donné le tournis à ses adversaires directs et aurait pu marquer sur deux bonnes frappes en première période. L’Italien a tâté du ballon. On l’a vu. Comme à chaque fois. Ce qui appelle deux observations :

1. Soit Marco est à la fois plus remuant, plus guerrier, plus technique, plus personnel et plus réaliste que ses partenaires d’attaque, ce qui fait beaucoup, d’autant que Ouédec, Loko et Maurice (tous trois internationaux) ne sont pas n’importe qui.

2. Soit, et c’est l’hypothèse la plus solide, l’Italien fait l’objet d’un traitement de faveur de la part de ses coéquipiers, Okocha en tête (son ombre en fait, tellement le nigérian peine à retrouver ses sensations de la coupe du monde), qui préfèrent le solliciter lui, plutôt que d’autres. Ce qui cernerait évidemment les limites d’une équipe en panne de confiance, obligée de solliciter quasi systématiquement un improbable exploit individuel de son meilleur attaquant pour sauver les meubles, et qui expliquerait qu’elle soit déjà reléguée à huit points du leader Bordeaux.
« D’après ce que j’ai vu à Marcel-Picot, tout ce que les Parisiens sont capables de faire, ils le font pour eux­-même, a observé Laszlo Bôlôni, l’entraîneur nancéien. Ils jouent peu pour le collectif, surtout Okocha et Simone, même si ce dernier, qui parvient à se retourner face au but en une seule touche de balle, reste toujours dangereux. »

Les footballeurs marathoniens

Pour l’heure, Loko et Ouédec (qui a marqué quand même plusieurs buts en matches amicaux) évitent de dramatiser et s’accommodent tant bien que mal de leur rôle ingrat de « footballeur marathonien » sans ballon. « L’équipe se met en place progressivement, souligne Ouédec. Le PSG est en chantier. Il affine ses réglages et soigne les automatismes entre des joueurs qui, pour la plupart, ont débarqué cette saison. On manque certes de percussion et de complicité devant, mais il est trop tôt pour tirer des conclusions. Comment avoir plus de ballons ? Il faut travailler nos passes à l’entraînement et notre fonds de jeu. C’est la seule réponse que je peux donner aujourd’hui. »
Après l’intermède européen contre les Israéliens du Maccabi Haïfa, jeudi, les Parisiens recevront l’AS Monaco, dimanche, pour un test bien plus significatif.

Laurent CAMPISTRON, à Nancy


capfootN° 15

Loko et Ouédec auront-ils le temps de se retrouver ?

En réunissant Loko et Ouédec, Charles Biétry a reconstitué un duo que tout le monde s’arrachait mais que personne ne pouvait s’offrir il y a seulement trois ans. Les premières rencontres amicales ont permis, à l’ancien attaquant de l’Espanyol, en l’absence de Marco Simone, de faire éclat de tout son sens du but. Malheureusement pour lui, le début du championnat a été bien plus délicat. Contrarié par une blessure au gros orteil contractée à l’entraînement, Nicolas a suivi son compère Loko depuis le banc de touche à plusieurs reprises. Ce dernier a beau se créer des brèches dans les défenses adverses aux côtés de Marco Simone, il n’arrive pas à concrétiser ses efforts en scorant. Si bien que Charles Biétry s’est mis sur la piste d’un autre Breton, Stéphane Guivarc’h, afin de remédier aux carences offensives du PSG.
Pour un président qui voulait se donner du temps, l’ancien patron du service des sports de Canal semble bien pressé de tirer un trait sur ses espoirs offensifs nantais. Ouédec a été acheté près de 41 MF soit 13 MF de plus que Marco Simone, Patrice Loko a été conservé alors qu’il s’était fait à l’idée de partir. Pourtant, jamais les deux hommes n’ont été associés à la pointe de l’attaque parisienne, hormis durant quelques bribes de fin de rencontre. Biétry a évoqué la faute professionnelle après la déroute sochalienne. N’est-ce pas également une grave erreur que de se passer d’un duo d’attaque si complémentaire quand on veut reconstruire une équipe ?


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